23 juillet 2013

Liban : des loyers de plus en plus chers pour les réfugiés syriens

Philippe Lévêque, directeur général de CARE France revient du Liban, premier pays d'accueil pour les Syriens qui fuient les violences. Au cours des évaluations menées par CARE, Philippe Lévêque a rencontré de nombreux réfugiés qui lui ont décrit leurs conditions de vie, leurs difficultés et leurs espoirs.

Chatila est un quartier pauvre de Beyrouth qui accueille de nombreux réfugiés palestiniens. Aujourd'hui, ce labyrinthe composé de ruelles étroites est peuplé de réfugiés Palestiniens et de Libanais très pauvres qui ont pris les places laissées par les morts. Surpeuplé, le camp doit faire face à l'arrivée massive de palestiniens qui vivaient en Syrie.

C'est dans ce quartier où les enfants jouent dans des rues où s'écoulent les eaux usées que nous rencontrons Nada et Houria. Ces deux très jeunes veuves vivent au 6ème étage d'un immeuble branlant. Sous le toit, elles vivent dans 2 pièces nues, sans porte ni vitre aux fenêtres, avec leurs 6 enfants dont un tout petit bébé, et un très jeune garçon handicapé.

Leurs maris ont été tués en Syrie. Les deux familles dorment sur des matelas mousse à même le sol. Nada et Houria ont accès à de l'eau potable une fois par jour. Elles la stockent dans la baignoire. L'installation électrique de l'immeuble est vétuste et piratée par tous les nouveaux arrivants : elle s'enflamme régulièrement, me dit-on, la fumée et l'odeur causant chaque fois la panique dans l'immeuble surpeuplé. La seule aide qu'elles reçoivent est des bons de nourriture par notre partenaire local, l'association PARD.

Pour vivre dans ce grenier vétuste, elles payent 400 dollars de loyer. Et le propriétaire leur a récemment demandé de partir car il a trouvé d'autres personnes prêtes à louer pour 500 dollars !

La question du loyer est un gigantesque problème au Liban. Et cela empire chaque semaine. Des greniers, des étables trouvent preneurs pour des centaines de dollars. Pour l'instant, le gouvernement libanais refuse d'ouvrir des camps officiels comme en Jordanie. Il craint, peut-être à juste titre, que la situation de 1948 ne se reproduise et que les camps deviennent permanents.

Mais d'ici là, que vont devenir Nada et Houria ? Sans ressources, sans famille, sans travail...

Pour CARE et ses partenaires, les réfugiées seules sont à aider en priorité : des programmes de prise en charge spécifique vont être mis en place pour les protéger. Mais pour cela aussi il va falloir beaucoup d'argent et de ressources humaines. Heureusement, le Liban peut compter sur une société civile active et compétente. Notre rôle est de les appuyer.