26 juillet 2013

Syrie : les fausses annonces de la France sur les montants de son aide aux réfugiés

Alors que hier encore, François Hollande soulignait la mobilisation de la France pour des soutiens « indispensables à la population », des ONG françaises engagées sur la crise syrienne rappellent la dégradation continue de la situation sur le terrain et dénoncent la faiblesse des financements français, particulièrement insuffisants, ainsi que les fausses annonces de la France sur son aide aux réfugiés syriens qui sont en réalité des fonds déjà engagés.

Depuis le début de la crise, plus d'1,8 millions de réfugiés ont fui la Syrie vers les pays voisins, en particulier le Liban et la Jordanie. Pour Oxfam France, le Secours Catholique-Caritas France et CARE France, la réponse de la communauté internationale face à cette crise humanitaire sans précédent, en particulier celle de la France, n'est toujours pas à la hauteur des besoins.

Le 7 juin dernier, l'ONU a lancé l'appel à dons le plus important de son histoire : 5 milliards de dollars sont jugés nécessaires afin de venir en aide aux réfugiés dans les pays voisins de la Syrie jusqu'à la fin de l'année 2013 - appel pour l'instant financé seulement à 36%.

Quelques jours plus tard, le G8 a collectivement annoncé un effort de financement additionnel de 1,5 milliard de dollars. Certains pays, comme la Grande-Bretagne (274 millions de dollars), les Etats-Unis (300 millions de dollars), l'Allemagne (267 millions de dollars), ou encore le Canada (115 millions de dollars) avaient précisé dès la fin du G8 le montant de leur contribution supplémentaire à titre national mais, une fois n'est pas coutume, la France s'était alors faite particulièrement discrète. Ce n'est que le 23 juin dernier, lors de son passage en Jordanie, que François Hollande annonçait le déblocage de 85 millions d'euros pour la crise syrienne [1].

Or, les ONG françaises ont eu la confirmation, lors de rendez-vous ultérieurs avec le Ministère des Affaires Etrangères, que ces fonds n'étaient en fait que la mise en œuvre de projets préalablement financés par l'Agence Française de Développement (AFD) et non pas des fonds additionnels pour répondre à l'aggravation rapide de la crise humanitaire au cours des derniers mois.

Les associations dénoncent l'attitude du gouvernement français se montrant peu généreux dans sa contribution au financement de la réponse humanitaire. C'est faire injure aux souffrances des populations touchées par la crise syrienne que d'annoncer des chiffres qui ne sont que des dépenses déjà engagées, alors que les conditions de vie des réfugiés ne font que se dégrader et que l'urgence est de plus en plus pressante.

Les ONG appellent ainsi la France à transformer ces 85 millions d'euros en un réel apport financier supplémentaire, afin de contribuer à une réponse humanitaire basée sur les besoins.

Les déclarations de François Hollande en Jordanie mettent en lumière les limites de la réponse financière de la France aux crises humanitaires [2], et particulièrement à la crise syrienne et les progrès que doit accomplir la France pour rendre plus transparente son Aide Publique au Développement [3].

[1] « Nous ajouterons 50 millions d'euros pour les régions du Nord de la Jordanie, qui sont, bien sûr, affectées par l'afflux des réfugiés. Et nous allons faire aussi une politique pour l'ensemble de la question des réfugiés. Nous avons dégagé 35 millions d'euros dans cette perspective. Je parle là de ce que nous allons faire pour les réfugiés de Syrie » (source)

[2] En 2013, le montant du Fonds d'Urgence Humanitaire (FUH) voté en loi de finances s'élevait à seulement 8,9 M€ :
- la ligne budgétaire post-conflit et sorties de crises à 23 M€ par an
- la ligne budgétaire « dons projets » de l'AFD était de seulement 167 M€ pour l'ensemble des 17 pays les plus pauvres avec lesquels l'agence coopère.

[3] En effet, en 2012, selon l'index de la transparence de l'aide les institutions françaises trustaient les dernières places, le MAE se situant à la 62ème (sur 72 institutions évaluées), le MINEFI 68ème et l'Agence Française de Développement 42ème.
Par ailleurs, cette annonce dénuée de toute réalité intervient à l'heure où le gouvernement s'interroge encore sur l'opportunité de mettre en place les avancées de l'Initiative Internationale sur la Transparence de l'Aide (IATI) auxquels le Président de la république s'est pourtant expressément engagé lors du dernier G8 de Lough Erne.

CONTACTS MEDIAS


CARE France : Rozenn Tanguy, 01 53 19 87 61, tanguy@carefrance.org

Oxfam France : Magali Rubino, 06 30 46 66 04, mrubino@oxfamfrance.org  

Secours Catholique-Caritas France : Sophie Rebours, 01 45 49 73 23, sophie.rebours@secours-catholique.org