26 juillet 2013

Le réseau CAN : interview de Terriah Proechel, coordinatrice régionale du réseau CAN de CARE Etats-Unis et du Dr Karen Reichard, volontaire-référente.

Du 17 au 21 juin, CARE France a eu l'honneur d'accueillir Terriah Proechel, coordinatrice régionale du réseau CAN de CARE USA et Karen Reichard, volontaire-référente.
Ce fut l'occasion de découvrir les actions menées par le réseau CAN aux Etats-Unis et de familiariser nos invitées avec les institutions françaises.

Enguerrand Perrot, volontaire CAN de CARE France, Terriah Proechel, coordinatrice régionale du réseau CAN de CARE USA, Dr Karen Reichard, volontaire-référente du CAN de CARE USA, Fanny Petitbon, Chargée du plaidoyer et du réseau CAN de CARE France

Depuis 2008, Terriah Proechel anime le réseau de volontaires CAN (CARE Action Network ou CARE en Action) dans les Etats d'Alabama, Floride, Géorgie, Louisiane, Mississippi, Caroline du Sud et Tennessee.
C'est en Louisiane qu'elle rencontre Karen Reichard, Directrice du Centre de ressources sur les femmes, à l'Université de Loyola, Nouvelle Orléans. En tant que volontaire, Karen informe les gens de sa communauté sur les enjeux de l'action humanitaire et sur le rôle des pays développés dont les Etats-Unis à soutenir les initiatives de réponse aux urgences et de développement.

Comment fonctionne le réseau CAN ?

Terriah Proechel : Le réseau CAN est un réseau de volontaires. Informés sur les programmes mis en œuvre par CARE sur le terrain, les volontaires relaient les campagnes de plaidoyer et les pétitions de CARE au sein de leurs communautés. Ils participent également à divers événements, conférences, projections de documentaires sur les thèmes du développement et de l'humanitaire.

L'objectif de CARE est d'éradiquer la pauvreté mais nous ne pouvons le faire seul. Il est évident que nos actions ont plus de force si elles sont relayées par un ensemble de citoyens. Le CAN est né de la volonté de renforcer nos actions de plaidoyer tout en mettant en avant les bénévoles qui nous suivent et nous soutiennent.

Karen Reichard : CARE USA s'appuie sur ce réseau de volontaires afin de sensibiliser les leaders politiques américains aux problématiques de pauvreté, de développement et de défense des droits de femmes. Car un sujet important pour les citoyens est un sujet important pour les élus.

Terriah Proechel : Ensemble, nous travaillons à faire changer les mentalités dans plusieurs grands domaines :

  • La défense de l'environnement et la lutte contre le changement climatique
  • La lutte contre le mariage des petites filles
  • La sécurité alimentaire
  • Les urgences
  • La santé maternelle et infantile

Qui sont les volontaires CAN et que font-ils ?

Terriah Proechel : Nous savons qu'aux Etats-Unis, il est possible de s'appuyer sur un grand vivier de volontaires. Il existe un fort engagement philanthropique aux Etats-Unis. Nous travaillons avec des représentants de communautés, des professeurs d'université, des chefs de communautés religieuses. Ce sont les personnes les plus enclines à relayer nos messages auprès des citoyens américains parce qu'elles sont déjà sensibilisées aux problématiques portées par CARE et qu'elles bénéficient d'une bonne visibilité et de crédibilité.

Karen Reichard : Ce qui est intéressant dans le principe du CAN, c'est que les volontaires peuvent s'impliquer en fonction de leurs valeurs personnelles et des causes qui leur tiennent à cœur. Parmi les thématiques proposées par CARE, chaque personne choisit celles qu'elle souhaite défendre.

Terriah Proechel : A partir de là, nous organisons des sessions de formations afin d'apprendre aux volontaires CAN comment diffuser les messages, attirer l'attention de leurs élus et communautés et servir ainsi le plaidoyer de CARE.

Concrètement, leur engagement peut prendre différentes formes. Nous leur demandons d'adresser des lettres ou des courriels aux membres du Congrès de leur état, d'être présents à des manifestations publiques, d'organiser des collectes de fonds, ou de convaincre leurs élus à se rendre sur le terrain pour prendre la mesure des progrès à réaliser et de la réponse apportée par CARE aux besoins des plus vulnérables à travers ses multiples projets.

Pour donner un exemple, à l'occasion de la journée internationale des femmes, nous avons encouragé nos volontaires d'engager des discussions au sein de leurs communautés sur le respect des droits des femmes en s'appuyant sur le livre Half the Sky, de Nicholas D. Kristof et Sheryl WuDunn. Ce livre, rédigé par deux journalistes du New York Times, révèle les conditions de vie précaires de nombreuses femmes à travers le monde. Karen a organisé un marathon-lecture autour de ce livre et organisé un débat avec ses voisins, amis et collègues. Des fonds ont d'ailleurs été recueillis à cette occasion et ont pu bénéficier à une association haïtienne dont une représentante est ensuite venue en Louisiane pour témoigner du travail accompli et remercier les citoyens mobilisés pour leur appui.

Pouvez-vous nous raconter un succès du CAN ?

Karen Reichard : Nous sommes fières de pouvoir dire que nous avons contribué à faire retirer un amendement qui prévoyait une coupe du budget alloué à l'aide au développement.

Afin de marquer les esprits de nos concitoyens sur ce sujet, nous nous sommes appuyés sur les résultats d'un sondage au cours duquel il avait été demandé au grand public quelle part du PIB était consacrée, selon eux, chaque année à l'aide au développement. Les personnes interrogées pensaient qu'un quart du budget de leur pays était attribué à l'aide au développement et que 10% suffisaient largement. Or seul 1% du PIB américain est dédié à l'aide au développement. C'est très significatif.

Terriah Proechel : Sur cette action, nos volontaires ont été très réactifs : en 2 jours ils étaient très nombreux à se mobiliser à travers le pays, à passer des coups de fil à leurs élus, à envoyer des emails et signer une pétition. Il faut savoir qu'aux Etats-Unis, il n'y a que 2 semaines de congés payés par an et les gens prennent sur ce temps pour nous apporter leur soutien. Je suis toujours impressionnée par cette motivation : nous pouvons vraiment compter sur leur engagement.

Que vous a apporté cette visite en France ?

Karen Reichard : Ce voyage a été l'occasion de mieux comprendre le fonctionnement du système législatif français, qui ressemble peu à celui des Etats-Unis. D'ailleurs, culturellement, il y a une différence : aux Etats-Unis, pour vous adresser à un élu, 10 à 15 minutes suffisent et vous n'avez pas vraiment le temps de rentrer dans les détails. En France, nous avons été chaleureusement reçus et avons pu approfondir les échanges avec des interlocuteurs très intéressés pendant plus d'une heure à chaque fois sur les questions de droits des femmes, genre et développement.

Nos rencontres au ministère des Droits des Femmes, à l'Assemblée Nationale et à l'Agence Française de Développement ont été particulièrement passionnantes : nous avons rencontré des personnes - majoritairement des femmes - très sensibles aux questions d'égalité. Ces discussions ont ouvert des pistes de réflexion et de collaboration dans une perspective de reconnaissance du rôle des femmes comme actrices du développement et comme levier essentiel dans la lutte contre la pauvreté tant au sein de la cellule familiale que des communautés.

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