30 juillet 2013

Développement post 2015 : la réponse de CARE aux propositions du Groupe de haut niveau des Nations Unies

Un bilan en demi-teinte des OMD

Depuis septembre 2000, la Déclaration du Millénaire des Nations Unies et ses objectifs (OMD) engagent les dirigeants et les organisations humanitaires du monde entier à combattre la pauvreté, la faim, la maladie, l'analphabétisme, la dégradation de l'environnement et la discrimination à l'encontre des femmes.

Des progrès tangibles ont été réalisés dans certains de ces domaines dont :

  • une réduction de moitié de la pauvreté extrême,
  • une réduction de moitié du nombre de personnes n'ayant pas accès à l'eau,
  • l'amélioration des conditions de vie de plus de 200 millions d'habitants des bidonvilles.

Comme l'a souligné le rapport sur les OMD de juillet 2012, il reste néanmoins des efforts considérables à mettre en œuvre notamment dans la lutte contre la faim, dans l'accès à l'éducation primaire et dans la réduction des inégalités de genre.

Penser l'agenda du développement post-2015

Face à ce constat, l'ONU et ses partenaires ont entamé une réflexion approfondie sur les manières de poursuivre cet effort au-delà de 2015. C'est dans cette optique que Ban Ki-moon a institué un Groupe de haut niveau de 27 personnalités éminentes constitué de représentants de la société civile, du secteur privé et public.

Après consultation de scientifiques, de membres de gouvernements ainsi que de plus de 5 000 groupes de la société civile dans 121 pays, le Groupe a publié, le 30 mai dernier, un rapport contenant de nouvelles propositions pour mettre fin à l'extrême pauvreté d'ici à 2030.

Le positionnement de CARE

CARE International salue le rapport du Groupe de personnalités de Haut-Niveau (GHN) sur le programme de développement post 2015 et en particulier, la volonté de non plus réduire mais éradiquer la pauvreté dans une perspective de développement durable.

Le rapport attire l'attention sur des questions considérées par CARE International comme centrales :

  • Promotion de l'égalité des genres et de l'empowerment des femmes
  • Impact des conflits sur les communautés et les perspectives de développement
  • Attention particulière aux principes fondamentaux de redevabilité, participation, transparence et non-discrimination

CARE a cependant identifié certaines lacunes à combler et résumées ci-dessous :

Egalité des genres et empowerment des femmes

CARE se réjouit particulièrement de la reconnaissance accordée à l'égalité des genres et à l'autonomisation des femmes. CARE salue également l'appel unanime à combattre les violences faites aux femmes et aux filles, violation généralisée des droits humains freinant les perspectives de développement.

Néanmoins, CARE recommande :

  • de mettre l'accent sur la lutte contre les causes profondes des inégalités et discriminations liées au genre. Il faut aller au-delà du cadre légal et faire évoluer les normes et pratiques sociales notamment en impliquant les hommes et les garçons.
  • d'intégrer le genre de manière transverse dans l'ensemble des objectifs proposés. Les interventions doivent prendre en compte les dynamiques, relations, capacités et vulnérabilités des femmes, hommes, filles et garçons.

Santé maternelle, sexuelle et reproductive

CARE salue la décision du GHN de considérer la santé sexuelle et reproductive comme un droit humain fondamental et une problématique essentielle du développement.

Néanmoins, CARE recommande :

  • de davantage prendre en compte la santé maternelle, sexuelle et reproductive en situation d'urgence étant donné que les catastrophes naturelles et les conflits menacent les avancées réalisées dans ce domaine.

Faim et sécurité alimentaire

CARE salue l'appel à devenir "la première génération de l'histoire de l'humanité à éradiquer la faim et à s'assurer que tous accèdent à un niveau élémentaire de bien-être".

Néanmoins, CARE recommande :

  • de rendre plus explicite la responsabilité de l'ensemble des acteurs à éradiquer la faim en garantissant dans les textes et au quotidien le droit de toute personne à avoir accès à des aliments sains, nutritifs, en quantité suffisante et à des prix abordables.
  • d'accorder une attention particulière à la malnutrition aigüe sévère et aux retards de croissance.
  • de soutenir les petits exploitants et l'agriculture de conservation pour améliorer la sécurité alimentaire et nutritionnelle des populations.
  • de prendre en compte le rôle des éleveurs et des pastoralistes, gardiens de nombreuses ressources et écosystèmes naturels.

Changement climatique et protection de l'environnement

L'attention particulière accordée au changement climatique et au développement est encourageante. CARE International salue en particulier l'attention accordée à la multiplication des preuves scientifiques sur la menace du changement climatique, aux pressions exercées par nos systèmes de production et de consommation non durables, à la fréquence et la gravité grandissantes des évènements climatiques extrêmes et au fait que ce sont les personnes défavorisées qui souffrent en premier et le plus du changement climatique.

Néanmoins, CARE recommande d'identifier des solutions viables et efficaces pour relever les défis posés par le changement climatique, parmi lesquelles :

  • un soutien accru à l'adaptation au changement climatique,
  • un appui aux populations les plus pauvres pour les aider à faire face aux conséquences liées au changement climatique et à rebondir suite à de tels chocs,
  • la mise en place de nouveaux mécanismes et sources de financements pour lutter contre le changement climatique,
  • la définition claire d'un objectif de réduction des émissions de gaz à effet de serre,
  • la réduction urgente des émissions de gaz à effet de serre,
  • la prise en compte de la problématique de justice climatique : les populations défavorisées ont une responsabilité très limitée dans le changement climatique mais en souffrent le plus.

Pays en conflit

Guerres et conflits limitent toute perspective de développement. C'est pourquoi CARE accueille avec enthousiasme l'appel en faveur de deux objectifs explicites sur la gouvernance et la paix (Objectifs 10 et 11), la mise en place de services d'ordre et d'institutions légales accessibles, professionnelles et redevables et la proposition d'améliorer la participation des citoyens dans les processus de prise de décision.

Néanmoins, CARE recommande :

  • de davantage impliquer les femmes dans les prises de décision, les négociations de paix et processus politiques.
  • de développer des réformes (sécurité, justice) visant à rendre ces services plus accessibles aux femmes.

Croissance inclusive et inclusion financière

CARE salue l'objectif du Groupe d'éradiquer l'extrême pauvreté notamment à travers un accès amélioré des personnes défavorisées aux services financiers dont la micro-finance basée sur l'épargne. CARE approuve également la mise en évidence du rôle joué par des acteurs-clés, dont le secteur privé, pour une croissance durable et salue la volonté de rendre les entreprises redevables quant à leurs impacts négatifs dans les pays en développement.

Néanmoins, CARE recommande :

  • de développer un plan d'action clair pour faire de la volonté d'éradication de la pauvreté une réalité,
  • de mettre en place un filet de sécurité sociale d'au moins 1,25 dollar américain par personne et par jour,
  • de préciser les moyens permettant d'encourager le secteur privé à contribuer à une croissance durable et les investissements nécessaires à long-terme pour créer des modèles plus inclusifs,
  • de proposer des standards que les entreprises devraient adopter pour mitiger leurs impacts négatifs dans les pays en développement,
  • de proposer des solutions pour relancer la réforme sur le commerce international et les régimes d'imposition d'une part et le système financier mondial d'autre part,
  • d'inclure l'éducation financière dans toute cible liée à l'inclusion financière.

Participation et redevabilité

CARE salue le choix du Groupe de placer la participation citoyenne, la gouvernance responsable, la transparence et la redevabilité au cœur du nouveau cadre stratégique. CARE accueille très favorablement la reconnaissance du rôle-clé de la société civile et des populations défavorisées dans la mise en œuvre du programme post-2015, et l'appel lancé aux pays développés de respecter leurs engagements en termes d'aide.

Néanmoins, CARE recommande :

  • de développer un système clair de suivi et de redevabilité aux niveaux national et mondial permettant aux parties prenantes de mesurer les progrès réalisés et ajuster les stratégies le cas échéant, pour que ces engagements deviennent des progrès réels pour les personnes souffrant de pauvreté et d'exclusion.

Prochaines étapes

Un des principaux défis consistera à s'assurer que les recommandations du Groupe ne soient pas édulcorées au cours du processus de négociation. CARE International recommande ainsi :

  • Aux gouvernements d'utiliser le rapport du Groupe de Haut Niveau comme un point de référence, en conservant les éléments positifs et en cherchant à combler les lacunes mises en évidence,
  • Au Groupe de Travail Ouvert sur les objectifs de développement durable de mettre à profit le rapport et d'orienter ses réflexions sur la base de ce premier travail accompli,
  • Aux Etats-membres de s'accorder sur un document commun au terme de la réunion de haut-niveau prévue le 25 septembre 2013, qui inclurait un engagement clair à combler les lacunes dans la mise en œuvre des OMD, et une nouvelle feuille de route pour les négociations prévues de septembre 2013 à septembre 2015 fusionnant les discussions actuelles sur le programme de développement post-2015 et les Objectifs de Développement Durable dans un cadre unique.

CARE travaillera en étroite collaboration avec ses partenaires aux niveaux national et international pour développer et renforcer les propositions émises par le Groupe et contribuer à ce processus au cours des deux prochaines années.

Pour en savoir plus

Lire les commentaires détaillés de CARE

Pour plus d'informations, veuillez contacter Fanny Petitbon, Chargée de plaidoyer : petitbon@carefrance.org