11 septembre 2013

Printemps ou automne arabe ? Les femmes au Moyen-Orient et en Afrique du Nord.

Les droits des femmes ne doivent pas être bradés lors de la conférence ministérielle de l'Union pour la Méditerranée (UpM) du jeudi 12 septembre 2013.

L'UE doit faire du respect des droits des femmes une condition sine qua none de ses relations commerciales et humanitaires.

Sally Zohney

A l'occasion de la prochaine conférence ministérielle de l'Union pour la Méditerranée, le réseau humanitaire international CARE demande aux ministres de l'Union européenne de protéger les droits des femmes en faisant de leur respect une condition sine qua none des accords commerciaux et des contrats d'aide au développement signés avec les pays du Moyen-Orient et d'Afrique du Nord.

Axée sur le renforcement du rôle des femmes dans la société, cette conférence a lieu au moment où l'Union européenne évalue et révise les aides et relations commerciales développées avec les pays de ces régions.

Alors que l'approche « More for More » portée par l'Union européenne prévoit l'attribution d'un soutien financier aux pays ayant mis en place des réformes démocratiques, ce dispositif ne fait pas explicitement mention des droits des femmes. Qui plus est, aucune mesure précise n'a été définie dans les cas où les Etats récipiendaires ne respectent pas le droit des femmes à être impliqués dans les processus de prise de décision.

« Les principes de l'approche More for More sont fragiles une fois confrontés à la réalité. L'Union européenne avait déclaré en mars 2013 qu'elle mettrait fin à son soutien à l'Egypte du fait de la dégradation du respect des droits humains, pourtant l'argent continue d'être versé. L'enjeu de cette conférence ministérielle sera de mesurer l'intérêt porté par l'Union européenne au respect des droits des femmes », explique Sherine Ibrahim, directrice adjointe du bureau régional de CARE au Moyen-Orient.

Les aides européennes doivent prendre en compte le critère d'égalité des genres

CARE incite l'Union européenne à impliquer davantage de femmes dans le suivi de ses politiques humanitaires et commerciales.

CARE demande également l'augmentation des budgets européens en faveur des programmes d'égalité des genres. Le lancement par l'Union européenne et l'ONU Femmes, à la fin de l'année 2011, du programme « Aide au partenariat, aux réformes et à la croissance inclusive » (SPRING en anglais) a dégagé un budget de 8,2 millions d'euros pour soutenir le développement économique et la mise en place d'une transition démocratique dans les pays du Sud de la Méditerranée. Pourtant, la même année, le budget « démocratie et droits humains » a réduit de 3% le montant alloué aux actions en faveur de l'égalité des genres.

Ces points font partie des recommandations mentionnées dans le rapport « Printemps ou automne arabe ? Participation des femmes aux soulèvements et à la vie politique » publié aujourd'hui par CARE. Ce rapport met en avant la nécessité pour les acteurs nationaux ou internationaux d'adapter leurs actions au contexte régional en constante évolution suite aux soulèvements du Printemps arabe. Dans le cadre de cette étude, plus de 300 femmes et hommes ont été interrogés en Egypte, au Maroc, au Yémen ainsi que dans les Territoires palestiniens occupés : militants actifs lors des soulèvements populaires, représentants de partis politiques, d'organisations de la société civile, d'organisations internationales, de médias, du secteur privé.

Quelle place jouent les femmes dans les processus actuels de transition ?

Sally Zohney

Les perspectives pour les femmes dans cette région restent incertaines. L'étude 2012 sur l'inégalité entre les hommes et les femmes publiée par le Forum économique mondial fait part d'une baisse des résultats de presque tous les pays du Moyen-Orient. Pourtant, les soulèvements ont contribué à une véritable explosion du militantisme chez les femmes.

Mais quelle place ont-elles dans les processus actuels de transition ? Les femmes arrivent à faire entendre leurs voix dans certains processus tels que la conférence sur le dialogue national au Yémen. Mais la situation est très contrastée. C'est pourquoi, CARE suggère aux bailleurs d'investir dans des programmes de développement pouvant influencer un changement des attitudes et des pratiques qui constituent, aujourd'hui, des obstacles à la participation des femmes dans la sphère publique. Les bailleurs devraient également soutenir des initiatives visant à réduire la séparation de plus en plus marquée entre religieux et laïc.

« Pendant trop longtemps, les droits des femmes au Moyen-Orient et en Afrique du nord ont été perçus comme une formalité. Nous demandons aux gouvernements européens ainsi qu'à ceux des pays du Moyen-Orient et d'Afrique du Nord de ne pas oublier le rôle que les femmes peuvent jouer dans ces nouveaux régimes politiques », conclut Sherine Ibrahim, directrice adjointe du bureau régional de CARE au Moyen-Orient.

Note pour les rédactions

En 2012 et 2013, suite aux soulèvements populaires au Moyen-Orient et en Afrique du Nord, CARE International a commandé une étude pour comprendre le nouveau contexte et identifier des méthodes pour adapter son travail sur le genre et la défense des droits des femmes.

Dans le cadre de cette étude, des équipes de chercheurs ont interrogé plus de 300 femmes et hommes en Égypte, au Maroc, dans les Territoires palestiniens occupés (TPO) et au Yémen.

contact médias

Laury-Anne Bellessa
01 53 19 89 92
bellessa@carefrance.org