03 octobre 2013

Rwanda : 6 000 personnes rapatriées de force depuis la Tanzanie

Entre 1959 et 1998, des dizaines de milliers de Rwandais ont fui les violences ethniques qui ravageaient leur pays vers l'Ouganda, la République Démocratique du Congo ou la Tanzanie. Si les clauses internationales relatives aux réfugiés prévoient que ces derniers rejoignent leur pays lorsque la situation le permet, de nombreux Rwandais ont refait leur vie dans les pays où ils s'étaient rendus. En juillet dernier, la Tanzanie a cependant ordonné l'expulsion des personnes d'origine rwandaise considérées comme des immigrés illégaux. 20 000 personnes pourraient être concernées. Nombre d'entre elles sont nées en Tanzanie et n'ont même jamais été au Rwanda. Certaines affirment également avoir un statut légal de résident ou même de nouveau citoyen.

Déjà 6000 personnes sont rentrées dans la précipitation au Rwanda. Matt Bannerman, directeur adjoint de CARE Rwanda, revient sur les souffrances de ces personnes déracinées.

Quelle est la situation des personnes rapatriées au Rwanda ?

La plupart des 6 000 personnes rapatriées ont dû quitter précipitamment la Tanzanie. Elles ont laissé derrière elles leurs maisons, leurs fermes, leurs biens - tout ce qu'elles avaient mis des années à construire. Beaucoup ont également été séparées de membres de leur famille qui avaient des papiers en règle ou la nationalité tanzanienne. Plus de 60 % des réfugiés sont des femmes et des jeunes enfants, souvent profondément choqués. Imaginez-vous devoir quitter votre famille sans savoir quand, ou même si vous allez les revoir un jour. C'est une situation déchirante.

Comment le Rwanda vient-il en aide à ces personnes ?

Le ministère chargé de la gestion des catastrophes et de la question des réfugiés a mis en place deux camps le long de la frontière afin de les accueillir. Certaines personnes tentent de retourner dans leur village d'origine mais la plupart reviennent au bout de quelques jours parce que leurs familles ne vivent plus dans ces villages ou ne peuvent tout simplement pas les accueillir : le Rwanda est le pays d'Afrique le plus densément peuplé et chaque mètre carré de terrain est déjà exploité.

Le gouvernement cherche des solutions à long terme mais le nombre de personnes ne cesse d'augmenter. Près de 300 personnes rapatriées traversent chaque jour la frontière vers le Rwanda.

Vous vous êtes rendu dans ces deux camps. Quelles y sont les conditions de vie ?

L'aide internationale reste très limitée à ce jour.

Dans le camp de Rukara situé sur un ancien site minier, il y a une cuisine que les résidents peuvent utiliser. Si la plupart des réfugiés vivent sous des abris fabriqués avec des bâches plastiques, des bâtiments en briques pourraient être à terme utilisés. Mais les conditions sont loin d'être idéales. Alors qu'il fait très chaud, il n'y a qu'un seul point d'eau avec trois robinets. Chaque latrine est utilisée par une soixantaine de personnes. L'hygiène et l'assainissement sont des vrais problèmes.

Le camp de Kiyanzi est situé sur un plateau balayé par des vents violents. La poussière risque de causer de sérieux problèmes respiratoires, en particulier chez les enfants. Le terrain rocheux complique également l'élimination des déchets. Aujourd'hui de larges piles d'ordures s'accumulent. Des soins de santé très basiques sont accessibles dans le camp mais nous sommes inquiets de l'augmentation du nombre de diarrhées, de vomissements et de malaria.

Comment les enfants s'adaptent-ils ?

Il n'y a rien de prévu pour les centaines d'enfants qui vivent dans ces camps. L'année scolaire est terminée au Rwanda. Les plus âgés devront donc attendre janvier 2014 avant de retourner à l'école. Aujourd'hui, des enfants de moins de cinq ans se promènent sans surveillance dans le camp. La plupart de ces enfants sont choqués et ont besoin d'un soutien psychosocial d'urgence pour retrouver leur curiosité naturelle, leur envie de s'amuser.

Que va faire CARE pour soutenir ces populations ?

En partenariat avec des organisations communautaires, CARE s'apprête à fournir des services de petite enfance et formera les mères pour qu'elles puissent s'occuper, en groupe, de leurs jeunes enfants, leur donner des compléments alimentaires et dépister les maladies infantiles les plus courantes. CARE organisera également des séances de sensibilisation sur la santé sexuelle et le planning familial. Les résidents des camps auront ainsi accès à des conseils ainsi qu'à des produits contraceptifs et autres.