16 octobre 2013

Relever le défi des villes : anticiper aujourd'hui pour mieux se nourrir demain

En 2008, une série d'émeutes liées à la flambée des prix des denrées alimentaires dans plus de quarante pays, du Bangladesh à l'Italie en passant par l'Egypte, mettait en évidence un phénomène en expansion : l'insécurité alimentaire en milieu urbain. Cette même année, la population urbaine mondiale dépassait pour la première fois la population des campagnes.

Des villes sous pression

CARE

Sur les 9,3 milliards d'individus qui peupleront notre planète en 2050, 6,3 milliards vivront en ville : en seulement quarante ans, la population urbaine va connaître un bond de 75%. L'augmentation du nombre de citadins devrait conduire à une dégradation de l'environnement urbain et créer une pression sans précédent sur l'accès, la mise à disposition et la répartition des services de base tels que l'éducation, la santé, l'assainissement, et des ressources (eau, alimentation, énergie).

Pourtant, alors que les besoins alimentaires augmenteront de 70% d'ici 2050 à l'échelle mondiale et de 97% pour les pays en développement, les experts prévoient dans le même temps une baisse de la production agricole destinée à l'alimentation, pouvant aller jusqu'à moins 34% pour le blé irrigué.

Pourquoi ? L'urbanisation, mais également l'exploitation des terres à des fins non-alimentaires (minières, biocarburants, alimentation pour le bétail, etc.) réduit progressivement l'espace agricole disponible. En parallèle, le changement climatique et l'agriculture intensive fragilisent les écosystèmes en réduisant l'humidité des sols, les rendements des terres utilisées, ainsi que les qualités nutritionnelles des aliments. Les quantités réduites des produits disponibles et l'augmentation des prix qui en résultera auront un impact sévère sur l'équilibre des populations les plus pauvres et risquent d'exacerber les tensions entre les communautés.

600 millions de personnes supplémentaires pourraient souffrir d'insécurité alimentaire d'ici 2080 sous l'effet du changement climatique, venant grossir le nombre de personnes qui souffrent de la faim aujourd'hui.

Adaptation au changement climatique et sécurité alimentaire : des approches qui se renforcent mutuellement

Pour faire face à ce défi, nous devons dépasser le clivage ville-campagne.

Le premier levier à actionner consiste à accroître la capacité de production alimentaire dans les campagnes, sur laquelle repose la sécurité alimentaire des villes.

En améliorant le stockage des récoltes et en assurant une redistribution équitable des denrées au niveau national, les pertes seraient évitées et les inégalités réduites. Investir dans des méthodes agricoles durables permettra aux agriculteurs de mieux s'adapter aux changements climatiques et ainsi de garantir des récoltes suffisantes pour répondre aux besoins croissants.

Mais les solutions à l'insécurité alimentaire ne sont pas que l'apanage des campagnes et les populations urbaines doivent elles aussi construire leur résilience alimentaire.

La période de soudure entre deux récoltes s'avère parfois difficile et c'est pourquoi il est important d'encourager les habitants des zones urbaines à utiliser chaque parcelle de terre. Soutenir l'agriculture périurbaine accroîtrait non seulement les ressources alimentaires des villes mais offrirait également des opportunités d'emploi, notamment pour les jeunes. Potagers suspendus et jardins communautaires, au Nord comme au Sud, contribuent déjà à compléter l'alimentation des familles et à l'améliorer (qualité et diversité de la consommation alimentaire).

CARE

Pourtant, ces solutions n'auront un impact qu'avec le soutien des Etats.

Ces derniers doivent anticiper les scénarios de crises probables avec des stratégies de prévention et de réponse. Il serait ainsi possible de stocker des réserves céréalières en amont d'une possible crise alimentaire, ou de prévoir des semences de contre-saison à fournir aux agriculteurs.

Ils doivent également respecter leurs engagements internationaux pour un accès équitable à la propriété. Aujourd'hui, alors que les femmes réalisent la majeure partie de la production des petits agriculteurs dans les pays en développement, elles ne possèdent à l'échelle mondiale que 2% des terres et sont peu impliquées dans les structures de décision au niveau communautaire.

En 2011, le sommet du G20 sous présidence française prônait l'investissement dans le secteur agricole, la transparence des marchés, la prévention et la gestion des crises alimentaires. C'est un début encourageant ; il est désormais indispensable de transformer des déclarations de principe en actions concrètes aussi bien au Nord qu'au Sud, car c'est aujourd'hui que se façonne le monde de demain.

Baromètre de la faim 2013

Cet article a été publié dans l'édition 2013 du Baromètre de la faim. Cette publication rédigée par différents acteurs mobilisés sur les enjeux de lutte contre la faim dans le monde (ACTED, ACF, Banques Alimentaires, CARE, Croix-Rouge, FAO, PAM, etc.) offre une vision transversale des problématiques de la faim dans les pays du Nord et du Sud.