04 novembre 2013

Libéria : Semer des graines qui pousseront pendant des générations

La guerre civile qui a sévit au Libéria de 1999 à 2003 a déstabilisé la production agricole. Aujourd'hui,des personnes souffrent de la faim alors qu'elles se trouvent sur une terre fertile. Découvrez le soutien de CARE aux agriculteurs de ce pays.

La faim et la malnutrition font rage

Lorsque Fatu entendit les coups de feu, elle comprit que la guerre civile avait finalement atteint son village de Gongorta. Elle rassembla sa famille et s'enfuit. Après avoir traversé une rivière, ils ont trouvé un semblant de sécurité dans la brousse. Pendant un an, ils ont dormi sur un sol humide et ne se nourrissaient que de ce qu'ils chassaient.

« Nous ne pouvions rien cultiver », dit Fatu. « Nous mangions tout ce qui ressemblait à de la nourriture. »

Le bilan de la guerre civile au Libéria est lourd : 150 000 morts et un tiers de la population sans-abri. Pendant la guerre, les champs agricoles ont été abandonnés provoquant une diminution des récoltes, un épuisement des réserves de semences et l'effondrement de la chaîne commerciale des cultures jusqu'au marché.

Du comté de Bong, où vit Fatu, on exportait des denrées alimentaires dans le reste du Libéria. Aujourd'hui, Bong, ainsi que tout le pays, dépend des aliments importés onéreux. La faim et la malnutrition font rage.

« Les personnes souffrent de la faim alors qu'elles se trouvent sur une terre fertile. C'est un paradoxe que nous ne pouvons pas cautionner », explique Henry Khonyongwa, directeur du programme de CARE pour l'agriculture de conservation à Bong.

Soutenir les agriculteurs

CARE travaille aujourd'hui avec les agriculteurs pour les aider à reconstruire l'agriculture du Libéria jadis si florissante. Fatu est l'une des bénéficiaires de ce programme.

Étant veuve et ayant à sa charge six de ses petits-enfants, Fatu a appris des techniques simples, comme la rotation des cultures qui consiste à laisser des champs en jachère et à diversifier les cultures afin de permettre au sol de se réapprovisionner de manière naturelle par ses propres nutriments.

Avant, Fatu croyait qu'il était parfaitement normal qu'une grande partie de chaque récolte soit perdue à cause des oiseaux et des rongeurs. Aujourd'hui, elle cultive une grande variété d'aliments et a appris à stocker son riz de manière à le tenir à l'abri de l'humidité et des insectes.

La famille de Fatu a l'habitude de ne prendre qu'un seul repas par jour lors la période de disette qui précède la récolte. Cette année, elle espère avoir assez de nourriture pour que sa famille puisse prendre deux repas par jour. Elle arrive même faire des économies.

Fatu est membre d'une association villageoise d'épargne et de crédit

« Nous nous sommes joints à une association villageoise d'épargne et de crédit créée par CARE parce que nous voulons que nos enfants aillent à l'école », dit-elle. « Je veux une vie meilleure pour mes petits-enfants. »

Fatu et ses voisins ont économisé ensemble et se sont octroyé des prêts mutuels pour aider à démarrer de petites entreprises. Fatu a ainsi pu acheter de l'huile de palme qu'elle a vendue au marché. Elle a fait suffisamment de bénéfices pour rembourser le prêt et acheter uniformes scolaires et fournitures pour trois de ses petites-filles. Fatu ne sait pas lire mais elle croit que l'instruction est la voie la plus fiable pour assurer un meilleur avenir à ses petits-enfants.

Par sa force et sa détermination, Fatu est une véritable source d'inspiration pour ses voisins. Elle est la seule femme qui siège au conseil du village. Ses voisins l'appellent « la présidente ». Chaque jour, en se rendant à son champ, elle passe par le sentier qu'elle avait emprunté quand elle avait fui la guerre. Seulement, aujourd'hui, au lieu de se précipiter pour sa survie, elle avance en toute confiance.

« J'ai enfin retrouvé mon indépendance », dit-elle.

Retrouvez le témoignage de Fatu en vidéo