15 novembre 2013

Philippines. Logistique : des défis encore plus grands qu'en Haïti

David Gazashvili est le responsable de l'équipe d'intervention d'urgence qui gère les opérations de secours de CARE à la suite du supertyphon Haiyan qui a frappé les Philippines. David est à Ormoc, une municipalité de la province de Leyte, l'une des régions les plus durement touchées. Il nous parle des défis logistiques reliés à une aussi vaste opération d'aide.

La catastrophe s'étend sur plus de trois îles de l'archipel

J'ai géré les mesures d'urgence de CARE après le tremblement de terre dévastateur qui a secoué Haïti en 2010. Et je peux vous dire que les mesures à déployer à la suite du violent typhon Haiyan qui a balayé les Philippines sont encore plus exigeantes qu'en Haïti. Cela signifie que les interventions d'urgence prennent plus de temps à se mettre en place et génèrent de la frustration, sachant que tant de personnes ont actuellement besoin d'approvisionnements de secours.

Le désastre en Haïti était localisé dans une région somme toute petite. Dès que les débris ont été retirés des routes, il a été facile d'atteindre la zone dévastée pour apporter de l'aide. Il n'a fallu que deux ou trois heures pour circuler partout. L'aéroport a rapidement été fonctionnel, ce qui a permis de transporter les marchandises par avion ou par voie terrestre depuis la République dominicaine.

Ici, à Haiyan, la catastrophe s'étend sur trois îles de l'archipel et même plus. Il faut compter des jours pour se rendre quelque part - pas seulement pour envoyer des vivres, mais aussi du personnel. Il faut prévoir prendre un bateau, puis une auto, et les routes sont très encombrées. Il y a des débris à pleine grandeur. L'essence se fait rare. Les bateaux sont pleins. Les files d'attente pour monter dans un bateau sont interminables et les gens patientent des heures pour se faire dire que tous les billets sont vendus.

Les pluies torrentielles continuent de tomber

2013 / CARE

En Haïti, nous avions un bureau qui n'avait pas été affecté par le séisme. Nous avions un endroit où dormir. Ici, à Haiyan, tous les édifices sont en ruines. Personne ne sait où dormir, pas plus les gens sinistrés que les fonctionnaires ou les travailleurs humanitaires. La température est horrible. Il y a eu des pluies torrentielles. L'endroit où nous travaillons aujourd'hui n'a pas de plancher, et c'est inondé à l'intérieur. C'est là que nous devons dormir, mais on ne peut plus s'y reposer parce que nous sommes délogés par l'eau.

Le manque de moyens de communication pour coordonner l'aide

Les communications sont aussi un immense casse-tête. Et pourtant, il faut qu'on puisse communiquer pour coordonner des mesures d'urgence dans une région aussi étendue. On doit pouvoir échanger des informations pour savoir qui a besoin de quoi, pour commander des marchandises et pour travailler avec d'autres organismes en étant sûrs de rejoindre tous les survivants sans dupliquer nos efforts. En Haïti, les communications avaient pu être rétablies rapidement. Mais ici, l'électricité nous a abandonnés, les lignes téléphoniques sont rompues, Internet est coupé. Heureusement qu'il y a les téléphones mobiles.

Nous cherchons des solutions, comme de faire appel à des entreprises maritimes ou des bateaux privés. Nous devons faire venir des voitures et des camions par traversiers. Les instances gouvernementales et la communauté internationale travaillent à rouvrir l'aéroport à Tacloban et à dégager les routes. Mais tout cela exige du temps. C'est extrêmement frustrant et navrant de vivre cette situation. Nous savons exactement quoi faire pour aider les gens et nous avons les bonnes ressources sur place, mais nous devons composer avec le fait que les marchandises ne nous parviennent pas très vite.

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Laury-Anne Bellessa
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