19 novembre 2013

Jordanie/ Liban. Plus de 80 000 enfants syriens obligés de travailler pour nourrir leur famille

Des milliers de familles de réfugiés syriens sont obligés de faire travailler leurs enfants pour subvenir à leurs besoins de base (nourriture, loyer). Au Liban, quelques 50 000 enfants de réfugiés syriens travaillent pour aider leurs familles. Selon le gouvernement jordanien, ils seraient près de 30 000 dans le pays. Ce chiffre pourrait être supérieur selon les estimations de l'Organisation Internationale du Travail.

Une génération entière privée d'école

2013 / CARE

« Nombre des familles que nous enregistrons chaque jour dans nos centres d'aide aux réfugiés sont composées de femmes et d'enfants. Les hommes sont morts ou restés en Syrie. Dans beaucoup de ces familles, c'est l'un des fils qui soutient financièrement la famille », explique Salam Kanaan, directrice de CARE Jordanie.

« Beaucoup de familles ont fui il y a plusieurs mois ou années. La durée de l'exil se prolongeant, les économies des familles s'amenuisent. Il faut aussi rappeler que les réfugiés n'ont pas le droit de travailler. Les parents qui ont un emploi s'exposent à des poursuites. Ces familles n'ont pas d'autre choix que de faire travailler leurs enfants pour survivre », poursuit Salam Kanaan.

Ces enfants sont ainsi privés de leurs droits d'aller à l'école.

« Des centaines de milliers d'enfants syriens ont déjà raté trois années d'école. Si nous n'agissons pas rapidement, une génération entière d'enfants sera privée d'éducation. C'est pourtant un investissement essentiel pour le futur de la Syrie. »

Outre le fait que certains des enfants réfugiés sont obligés de travailler, la plupart des écoles jordaniennes et libanaises ne sont plus en mesure d'accueillir de nouveaux élèves. En Jordanie, moins d'un tiers des 150 000 enfants en âge d'être scolarisés ne vont pas à l'école. Au Liban, premier pays d'accueil des réfugiés, moins de 10% des enfants syriens auraient la chance d'aller à l'école.

Des conditions de travail déplorables

« L'impact psychologique et social de la guerre sur les enfants syriens est considérable. Travailler durant des heures dans des conditions difficiles ne fait qu'amplifier leur détresse. Ils se tuent à la pour des salaires bien en-deca du salaire minimum. Ces enfants sont des situations d'exploitation déplorables et alarmantes», ajoute Salam Kanaan.

Au Liban comme en Jordanie, il est illégal de d'employer une personne de moins de 16 ans.

2013 / CARE

« J'ai récemment rencontré un garçon âgé de 13 ans qui travaille 15 heures par jour. Comme beaucoup d'autres, il accepte un maigre salaire de deux euros par jour. Parfois son patron ne le paye même pas. Il est pris au piège car il n'a pas de permis de travail et il ne peut pas se permettre de perdre son travail. Sa famille n'aurait plus aucune source de revenu », témoigne Salam Kanaan.

Un manque de fonds internationaux

CARE appelle la communauté internationale à soutenir davantage les familles syriennes.

« Si l'assistance financière pour les réfugiés syriens reste aussi limitée, le nombre d'enfants obligés de travailler augmentera encore rapidement »,s'inquiète Salam Kanaan.

A ce jour, CARE a reçu moins de 25 % des 75 millions d'euros nécessaires pour pérenniser ses actions humanitaires dans la région.

L'action de CARE

CARE soutient les réfugiés syriens en Jordanie et au Liban ainsi qu'aux populations locales affectées. En Jordanie, CARE est venue en aide à plus de 150 000 réfugiés en offrant un soutien financier, cela permet notamment aux enfants d'aller à l'école. CARE sensibilise les familles aux risques d'exploitation et d'abus. CARE projette de créer des centres pour accueillir les enfants de réfugiés, leur permettre de jouer en toute sécurité, lire des livres et évoluer dans un environnement rassurant.