10 décembre 2013

Jordanie : Abdulwahad, 13 ans, travaille 16 heures par jour pour 2 euros

Des milliers de familles de réfugiés syriens sont obligés de faire travailler leurs enfants pour subvenir à leurs besoins de base (nourriture, loyer). Selon le gouvernement jordanien, ils seraient près de 30 000 dans le pays. Ils pourraient encore être plus nombreux selon l'Organisation Internationale du Travail.

Abdulwahad, 13 ans, travaille dans un petit magasin dans la ville de Mafraq

urgence syrie : 30 000 enfants réfugiés syriens travaillent en Jordanie.
2013 / CARE

Des draps et des écharpes pendent à des présentoirs rouillés, des élastiques pour cheveux et des stylos sont empilés dans de petits paniers, des shampooings sont rangés sur des étagères. Abdulwahad conseille une cliente. « Regardez ce portefeuille, il a un très beau cuir. » Abdulwahad doit se mettre sur la pointe des pieds pour tendre le portefeuille à sa cliente car le comptoir est trop haut pour lui.

Il y a un an, sa famille a fui Homs en Syrie pour rejoindre le nord de la Jordanie. Au début, son père travaillait. Abdulwahad était en cinquième et aimait étudier les maths. Mais son père a été arrêté par la police car il n'avait d'autorisation pour travailler légalement en Jordanie.

« Mes parents étaient désespérés et ne savaient pas quoi faire. Je leur ai dit que je pouvais travailler. Je suis un enfant. C'est plus difficile pour la police de m'attraper », raconte Abdulwahad. « Mon père s'est mis en colère. Il m'a dit que j'étais trop jeune pour travailler et que je devais aller à l'école. Il a dit qu'il préférait retourner en Syrie et mourir plutôt que de voir son fils gagner de l'argent pour la famille. »

Il travaille 16 heures par jour pour 2 euros

Ses parents voulaient retourner dans le camp Zaatari où ils étaient restés cinq jours lors de leur arrivée en Jordanie. Abdulwahad était horrifié.

« Je ne voulais pas y aller. Les gens qui y vivent perdent toute dignité. »

Abdulwahad réussit à convaincre ses parents en leur assurant que cela serait temporaire, d'ici à ce qu'ils puissent retourner en Syrie. C'était il y a six mois. Depuis, il travaille sept jours par semaine, 16 heures par jour. Quelques fois il ne rentre pas chez lui avant deux heures du matin. Il gagne deux euros par jour. Avec son salaire, la famille peut payer le loyer du petit appartement où il vit avec ses cinq sœurs, ses parents et ses grands-parents.

Une adolescence sacrifiée

Au début, il était difficile de s'adapter à ce rythme, de parler aux clients et d'être debout toute la journée. Il a aussi fallu qu'il prouve sa valeur à son patron qui avait licencié trois autres jeunes garçons avant lui. Ils ne travaillaient pas assez vite. Mais Abdulwahad n'est pas seulement rapide, il est aussi intelligent. Il suffit qu'on lui énonce une seule fois les prix de milliers de produits pour qu'il les retienne.

« Je n'oublie jamais rien. Pour le travail, c'est bien. Mais quand il s'agit de la guerre, ça ne l'est pas. » Les cernes autour de ses yeux racontent l'histoire d'un garçon qui est en train de passer à côté de son adolescence.

Abdulwahad n'a aucun ami en Jordanie. Son meilleur ami s'est réfugié en Lybie et cela fait longtemps qu'il n'a plus de nouvelles. Quelques fois, d'autres enfants lui jettent des pierres dans la rue. Ils lui disent qu'il devrait retourner d'où il vient.

« Ça fait mal mais je reste fier de moi. Ils ont le même âge que moi, mais la seule chose qu'ils font, c'est faire des farces aux autres et jouer. Ils ne se rendent pas compte de la chance qu'ils ont de pouvoir aller à l'école et de vivre leurs rêves. J'ai décidé d'aider ma famille et je me sens bien par rapport à ça. »

Le cœur de mes parents se brise quand je rentre du travail

« Pour moi, le pire est de percevoir la douleur dans les yeux de mes parents quand je rentre du travail. Je peux voir et entendre que leur cœur se brise quand ils me regardent. »

Pour leur remonter le moral, il leur raconte des anecdotes drôles du travail et de ses clients. De temps en temps, il raconte aussi les histoires de gens bien plus mal lotis qu'Abdulwahad et sa famille.

Qu'espère Abdulwahad pour son avenir ?

« Je veux me sentir en sécurité de nouveau. Un jour, je veux devenir pilote et entrer dans les boutiques, comme celle où je travaille actuellement, pour pouvoir moi aussi acheter des choses. »
L'ACTION DE CARE

CARE soutient les réfugiés syriens en Jordanie et au Liban ainsi qu'aux populations locales affectées. En Jordanie, CARE est venue en aide à plus de 150 000 réfugiés en offrant un soutien financier, cela permet notamment aux enfants d'aller à l'école. CARE sensibilise les familles aux risques d'exploitation et d'abus. CARE projette de créer des centres pour accueillir les enfants de réfugiés, leur permettre de jouer en toute sécurité, lire des livres et évoluer dans un environnement rassurant.