12 décembre 2013

En partenariat avec des journalistes réalisateurs indépendants, CARE France travaille actuellement à la réalisation d'un webdocumentaire sur les associations villageoises d'épargne et de crédit (AVEC).

Ce webdocumentaire présente des groupements de micro-épargne dans 5 pays : Haïti, Côte d'Ivoire, Cambodge, Madagascar et Bangladesh
© Cyril Le Tourneur d'Ison

Sous forme de vidéos, photographies, sons et textes, ce web documentaire présentera la mise en œuvre dans 5 pays différents (Haïti, Côte d'Ivoire, Cambodge, Madagascar et Bangladesh) de ce concept développé par CARE il y a 20 ans, et repris depuis par de nombreuses ONG.

Constituées à 80% par des femmes et entièrement autogérées, les AVEC permettent de mettre en commun les économies des membres pour financer des activités génératrices de revenus (jardins maraichers, ateliers de couture) et des projets d'intérêt communautaire (banques de céréales, dispensaires de soins...). Ces structures favorisent l'autonomie économique et sociale des femmes.

Le webdocumentaire sera accessible sur le portail de TV5Monde en mars 2014. Découvrez-en la bande-annonce.

Partenaires du projet

AFD, TV5 Monde, Cartier Charitable Foundation, Fondation Financière de l'Echiquier.

Réalisation

Phileas Doc, Bela Films

L'histoire de Dorcas Soro, qui préside un groupe d'épargne en Côte d'Ivoire

Dorcas préside un groupe de micro épargne en Côte d'Ivoire
© Cyril Le Tourneur d'Ison

Dorcas Soro habite dans le Nord de la Côte d'Ivoire, à Komborodougou, une sous-préfecture d'environ 5000 personnes dans le département de Korhogo, à 600 kms d'Abidjan. Connue pour sa créativité et son charisme, cette jeune femme d'une trentaine d'années est devenue au fil des ans leader de sa communauté.

L'histoire de Dorcas a démarré en 2008, quand à 26 ans seulement, elle se retrouve mère de 5 enfants, et doit subvenir aux besoins de sa famille. Elle parvient alors à mobiliser un premier groupe de femmes amies autour de la transformation des noix de karité en beurre. Après avoir relancé cette activité traditionnelle, elle parvient à imposer aux grossistes l'achat des produits de sa communauté à un prix décent.

Fort de ce succès, Dorcas veut aller plus loin et crée un groupement d'épargne et de crédit nommé "Nagatinin", constitué des 30 premières femmes qui l'ont suivies avec pour objectif la naissance de nouveaux groupements. CARE Côte d'Ivoire a encadré l'émergence des 10 premiers groupements, et depuis 34 autres groupements ont vu le jour sans l'intervention de l'ONG, mais sous l'impulsion de Dorcas.

Réunies, 3 fois par semaine, sous un manguier, plus de 50 femmes discutent et négocient. Au centre du cercle et autour d'une caisse, le "coffre fort", Dorcas préside le groupement AVEC (Association Villageoise d'Épargne et de Crédit). Ensemble, elles accueillent de nouvelles femmes qui souhaitent entreprendre et innover.

Analphabètes, mères de famille, mères célibataires, ou veuves, ont les yeux rivés sur Dorcas qui s'active avec sa calculette, son stylo et son cahier. Soro comptabilise les apports financiers de chaque activité : Asha vend des produits maraîchers, Bintu a développé un commerce de produits locaux... Et chaque semaine les modestes contributions hebdomadaires (100 Frs CFA) de ses membres permettent de soutenir de nouvelles activités.

Aujourd'hui, après avoir défendu leur projet face à Dorcas et les autres femmes membres du réseau, c'est le projet de Aisha et Sounia qui remporte l'adhésion à l'unanimité. Elles entendent partager et cultiver à plusieurs de petits champs d'arachide. Pour ce faire, elles apportent 10% de la somme qu'elles souhaitent emprunter et qu'elles ont préalablement épargné. Les femmes bénéficient en retour d'un crédit destiné à acheter ou louer des terres pour développer des activités liées à l'exploitation de la noix de karité et aux cultures maraîchères.

Dorcas n'imaginait pas il y a quelques années, que l'épargne à une si petite échelle pouvait changer les choses. Elle n'imaginait pas non plus qu'elle parviendrait à initier de nouveaux groupements à une telle rapidité.

À ces débuts, l'essor de ce réseau solidaire dans la région rurale de Komborodougou a beaucoup surpris les autorités locales et traditionnelles, et déstabilisé quelques maris jaloux de l'autonomie conquise par les femmes. Mais aujourd'hui, la dynamique créée par cette épargne communautaire profite à toute la collectivité, et contribue à renforcer la cohésion sociale.