16 décembre 2013

Jordanie : la situation difficile des réfugiés syriens

Plus de deux millions de personnes ont fui la guerre en Syrie. Réfugiés dans les pays voisins, leurs souvenirs les accompagnent en permanence. Certains de leurs proches ainsi que leurs rêves sont restés dans leur pays d'origine.

Johanna Mitscherlich, qui travaille en Jordanie depuis deux mois, témoigne de ces vies bouleversées.

La plupart des réfugiés syriens en Jordanie ne vivent pas dans des camps de réfugiés mais dans des appartements insalubres

La Jordanie accueille plus de 560 000 réfugiés syriens
2013 / CARE

La ville d'Irbid dans le nord de la Jordanie se situe à environ une heure de route de la frontière syrienne. La peinture blanche des maisons s'écaille, des fils pendent ici et là et des tas de gravats bordent la route. Un escalier nu et étroit mène à l'appartement où vit Maraa, dix ans, et 20 autres personnes. Sa mère nous reçoit dans le salon qui sert également de chambre à coucher. Des tapis sont étendus sur le sol froid et une ampoule est suspendue au plafond. Il n'y a ni photos ni meubles. Les seuls objets de la pièce sont des matelas de l'agence des Nations Unies pour les réfugiés posés contre les murs.

« On nous a autorisé à les prendre avec nous lorsque nous avons quitté le camp de Zaatari, où nous avons séjourné quelques jours », explique Samiha. Elle a quitté la Syrie avec ses huit enfants après que son village ait été détruit et que son mari a été tué.

Alors que Samiha nous raconte son histoire, l'atmosphère est très pesante. Maraa et les autres enfants restent silencieux. Les enfants de leur âge devraient pourtant jouer et plaisanter mais ceux-là sont adossés, immobiles, au mur froid. Leurs yeux semblent fixer une tâche sur le mur, quelque chose auquel se raccrocher dans le chaos qui les entoure.

Les enfants syriens privés d'école ou obligés de travailler

Les enfants réfugiés syriens privés d'école
2013 / CARE

« Je voudrais que mes enfants aillent à l'école non seulement pour apprendre, mais aussi pour oublier ce qu'ils ont vécu ces derniers mois », raconte Samiha. Mais ni Maraa, ni aucun autre enfant de la fratrie ne va à l'école. « Les listes d'attente des écoles sont complètes. » La Jordanie a ouvert ses écoles aux réfugiés. Certaines font même venir les classes en alternance pour que le plus d'enfants possible puissent être accueillis. Cependant, les capacités d'accueil atteignent leur limite.

Pour les frères jumeaux de Maraa, âgés de treize ans, l'école n'est plus une option : ils sont obligés de travailler pour gagner de l'argent. « Sinon, comment notre famille ferait-elle pour survivre ? »

Un centre d'aide pour informer les réfugiés de leurs droits

Il y a quelques semaines, Samiha s'est inscrite au centre d'aide pour réfugiés géré par CARE dans la ville d'Irbid. Ici, comme dans les centres d'Amman, de Mafraq ou de Zarka, les réfugiés peuvent accéder à des informations concernant leurs droits et les différentes manières de recevoir une aide. Certains jours, jusqu'à 500 réfugiés y sont accueillis par des bénévoles et des travailleurs sociaux qui sont également syriens. Ils offrent un soutien psychosocial ainsi qu'une aide financière que Samiha va utiliser pour payer le loyer des prochains mois.

Jallal, l'un des bénévoles, nous fait part de ce qu'il ressent quand il entend les histoires de ses compatriotes :

« C'est particulièrement difficile pour moi de rencontrer des femmes comme Samiha, qui ont perdu leur mari. Quand je procède à leur inscription, il y a quelque chose sur leur visage, une profonde tristesse, qui raconte leur histoire. Cela, je ne peux l'écrire dans aucun formulaire. »

L'ACTION DE CARE

CARE soutient les réfugiés syriens en Jordanie et au Liban ainsi qu'aux populations locales affectées. En Jordanie, CARE est venue en aide à plus de 150 000 réfugiés en offrant un soutien financier, cela permet notamment aux enfants d'aller à l'école. CARE sensibilise les familles aux risques d'exploitation et d'abus. CARE projette de créer des centres pour accueillir les enfants de réfugiés, leur permettre de jouer en toute sécurité, lire des livres et évoluer dans un environnement rassurant.