17 janvier 2014

Roumanie : le drame des enfants abandonnés se poursuit

Après la chute du régime Ceausescu, le monde découvrait les mouroirs où des milliers d'enfants étaient abandonnés. Une conséquence directe de la politique nataliste du dictateur qui avait interdit la contraception et organisé les abandons. Deux reportages d'Arte et France 2 s'intéressent à l'évolution contrastée du système de protection de l'enfance en Roumanie.

En 1989, l'abandon était devenu un acte banal soutenu par l'Etat. Politiques, associations et journalistes français ont alors tenté de comprendre et d'aider les 120 000 enfants qui vivaient dans des orphelinats. Le réalisateur Jean- Jacques Beineix se souvient :

« Les images des enfants abandonnés sont restées gravées dans ma mémoire. En 1992, j'avais assisté à l'abandon d'un nourrisson par sa mère et au combat de docteurs pour améliorer le sort des orphelins, avec l'aide d'ONG comme SERA ROMANIA. »

Comment a évolué ce système ? Pour le savoir, Jean-Jacques Beineix est revenu en Roumanie pour l'émission « Envoyé spécial, la suite ». La première évolution constatée est politique. Le système a été abrogé en 1997 et les docteurs n'encouragent plus les abandons. Pourtant, près de 63 000 enfants vivent toujours sous la tutelle de l'Etat. Ce chiffre n'a diminué que de 24% entre 2000 et 2013.

La lente évolution des mentalités et l'absence de services sociaux et médicaux publics dans les zones rurales expliquent que de nombreuses femmes et jeunes filles continuent d'abandonner des enfants non désirés.

« En 2012, 20 000 adolescentes sont devenues mères en Roumanie. C'est un problème de santé publique alors que de nombreux centres de planning familial ferment et que les stocks de contraceptifs gratuits s'épuisent », s'alarme Bogdan Simion, directeur exécutif de l'ONG SERA ROMANIA.

Comment permettre aux femmes d'être mieux informées et suivies ? La journaliste Nathalie Georges de l'émission « Arte Reportage » a suivi une équipe de planning familial itinérant mise en place par SERA ROMANIA :

« J'ai été choquée par la misère. L'une des jeunes femmes rencontrée vit dans une petite case en terre battue. On pensait aux bidonvilles de Manille. Elle pensait avoir eu cinq ou six enfants. Sept nous a précisé l'assistante sociale. Elle n'a gardé que l'ainé, les autres ont été placés. »

L'enjeu pour l'Etat et les ONG est justement d'améliorer les conditions de vie de ces enfants placés. En 1989, on recensait 600 structures où les enfants vivaient par centaine avec une supervision minimale. On en compte aujourd'hui 1539.

« La moitié des 22 500 enfants placés en institution sont accueillis dans des maisons de type familial accueillant moins de 20 enfants. Mais 11 700 enfants vivent toujours dans des centres de placement plus grands totalement inadaptés à leurs besoins », nuance Bogdan Simion.

Il reste donc beaucoup à faire. Il en est de même pour les 40 423 enfants qui grandissent désormais dans leur famille élargie ou dans une famille d'accueil, soit la majorité des enfants sous la tutelle de l'Etat. Ces progrès sont remis en cause par la crise économique.

« Le gel des budgets départementaux de la protection de l'enfance ne permet pas de former assez de mères d'accueil. Certaines ont même démissionné suite aux mesures d'austérité empêchant le cumul de leur retraite avec leur salaire de mère d'accueil », alerte Bogdan Simion.

En savoir plus

- Le reportage réalisé par Nathalie Georges sera diffusé le samedi 18 janvier dans l'émission « Arte Reportage » sur Arte à 18h35

- Le reportage réalisé par Jean-Jacques Beineix sera diffusé en février dans l'émission « Envoyé Spécial, la suite » sur France 2 à 14h

Contact medias

Pour plus d'informations, nos équipes à Paris et en Roumanie sont disponibles. Contactez Laury-Anne Bellessa, 01 53 19 89 92, bellessa@carefrance.org