17 janvier 2014

Roumanie : Arte diffuse un reportage sur les programmes de planning familial mis en place par nos équipes

Nathalie Georges, journaliste pour l'émission Arte Reportage, a suivi durant une semaine une équipe de planning familial itinérant mise en place par CARE France et SERA Romania entre 2009 et 2012, et qui est maintenant sous la responsabilité des autorités locales. Ce reportage sera diffusé samedi 18 janvier à 18h35. Nous vous proposons de découvrir dès à présent les impressions de Nathalie Georges.

Le quotidien de ces familles sans eau, ni électricité

Ilona, Mariana, Mélinda, Laura, Eleonora, Zsuzsanna, autant de femmes rencontrées au cours de ce tournage, autant de parcours chaotiques.

Avec Antje, la camerawoman et Roxana, la traductrice, nous sommes arrivées dans cette région du centre de la Roumanie, avec l'envie de nous rendre sur le terrain, de rencontrer ces femmes, ces familles pour comprendre ce programme de planning familial itinérant.

SERA a choisi de nous emmener dans le département de Covasna, ni le plus pauvre, ni le plus riche du pays. Une région rurale, proche des montagnes de Transylvanie. En compagnie d'Adèl, l'assistante médicale et de Zsolt, l'assistant social, nous avons parcouru plusieurs centaines de kilomètres, sillonné les campagnes dans la grisaille, sous un ciel bas.

L'association SERA soutient en Roumanie des équipes de planning familial itinérant
2013 / Arte

Dès la fin de la première journée, nous avons compris que dès que la route en goudron se transformait en chemin boueux, nous nous approchions du but et du domicile d'une bénéficiaire ! La gadoue est le quotidien de ces familles. Les plus mal lotis sont les Roms. Pas de travail, pas d'électricité, ni eau courante, une seule pièce pour loger toute la famille, nombreuse.

Les femmes rencontrées dans ces quartiers Roms ne savent en général ni lire ni écrire. Et ne connaissent pas le mot contraception. Et pourtant, quand on leur demande si elles veulent d'autres enfants, elles répondent non. Elles se rendent bien compte qu'elles n'ont pas les moyens d'élever d'autres enfants. C'est d'ailleurs pour cette raison que le chiffre des abandons d'enfants et des avortements est aussi élevé dans ce pays.

Les difficultés de la langue

Entrer dans ces minuscules maisons, aborder des sujets intimes comme la vie de couple, la vie familiale, poser des questions à tout bout de champ, venir avec notre savoir, nos connaissances, nos mots bien trop compliqués....

Ce fut une expérience enrichissante, malgré le barrage de la langue. De nombreuses familles de la région ne parlent pas roumain mais hongrois. Il fallait donc passer du français vers le roumain, via notre traductrice. Puis du roumain vers le hongrois via l'équipe bilingue du planning familial.

Certaines familles ont refusé que nous filmions. D'autres, fort heureusement, ont accepté avec le sourire. Et nous ont ouvert leurs portes. Entrer à 5 ou 6 dans une petite pièce de 10 mètres carrés déjà bondée, avec le matériel de tournage, relevait parfois de l'exploit !

On dirait les bidonvilles de Manille

L'association SERA soutient en Roumanie des équipes de planning familial itinérant
2013 / Arte

Au fil des rencontres, nous nous rendons compte de la misère sociale de ces familles. Dans un village, nous suivons une jeune femme Mélinda qui nous conduit chez elle, et là, surprise, c'est une petite case en terre battue avec un toit, ou plutôt quelque chose qui protège vaguement des intempéries. A l'intérieur, un lit, un poêle à bois fait de bric et de broc et c'est tout. On dirait les bidonvilles de Manille. Certains collègues, en voyant ces images, évoquent Haïti.

La jeune femme a du mal à dire exactement combien d'enfants elle a eu. Cinq dit-elle. Sept dit Adèl qui a son dossier entre les mains. Mélinda n'en a gardé qu'un seul, l'ainé, les autres ont été abandonnés dès leur naissance.

Pourquoi la contraception, le planning familial sont-ils encore tabous ?

L'histoire de Mélinda n'en est qu'une parmi tant d'autres. Ce type de situation pose beaucoup de questions.

Pourquoi des femmes de 20, 25 ans, donc nées après la chute du communisme, n'ont pas accès aux informations sur la santé reproductive, pour pouvoir choisir en toute connaissance ? Pourquoi ont elles un niveau d'éducation générale aussi faible, voire inexistant ? Pourquoi la contraception, le planning familial sont-ils encore tabous ? Pourquoi les services sociaux et médicaux publics sont-ils absents de nombreuses zones rurales ? Pourquoi est-ce une ONG qui fournit les contraceptifs à ce programme, public, de planning familial itinérant ?

C'est le cas dans le département de Covasna où le programme a été mis en place et financé par les ONG SERA et CARE. Désormais, c'est la direction de la protection de l'enfance qui en a la responsabilité, mais pas assez de moyens pour acheter des stérilets, des pilules et des préservatifs.

Bien sûr, nous avons conscience que la Roumanie, bien que membre de l'Union européenne depuis 2007, a encore beaucoup de chemin à parcourir. Mais comme nous a dit Bogdan Simion, directeur de SERA, l'Etat roumain « a oublié d'éduquer ses citoyens ». « Sur 200 000 enfants d'une tranche d'âge, 40 000 ne vont pas à l'école », ajoute-t-il. Quel avenir alors pour ces nouvelles générations ? 

26 équipes de planning familial formées par SERA depuis 2002

Le nombre de femmes continuant de mettre au monde et d'abandonner des enfants non désirés reste très élevé.

Suite à une étude menée dans le département de Tulcea montrant qu'un petit nombre de femmes abandonnaient systématiquement plusieurs enfants, SERA a développé en 2002 des programmes de planning familial itinérant pour aller à la rencontre des femmes qui n'ont pas accès aux services existants dans les villes. L'objectif est de soutenir le droit des femmes de décider librement si elles souhaitent avoir des enfants, quand et combien. Une infirmière et une assistante sociale sillonnent les campagnes et proposent informations, suivi et assistance sur les questions de contraception, grossesse, santé, vie de famille...

100 000 femmes dans 26 départements ont bénéficié de ce programme depuis 2002, dont plus de la moitié a décidé d'utiliser un moyen de contraception. 22 de ces équipes formées par SERA sont désormais gérées par les autorités départementales, partenaires du projet dès sa mise en place. Dans les départements bénéficiaires, le nombre d'avortements baisse de même que le nombre d'abandons d'enfants qui a diminué en moyenne d'un tiers.