27 janvier 2014

Roumanie. Le manque de volonté politique pour l'amélioration des conditions de vie des adultes handicapés

En Roumanie, plus de 17 000 adultes en situation de handicap vivent dans d'immenses institutions dans des conditions plus que précaires. 67% d'entre eux resteront en institutions jusqu'à la fin de leur vie.

Des centres hébergeant jusqu'à 350 adultes handicapés

En 2006, SERA avait réhabilité à Târgu Jiu un bâtiment pour accueillir 107 adultes handicapés. Ils sont aujourd'hui 160 et ils seront demain 190 selon une récente décision de l'Etat.

Cet exemple illustre bien les conclusions de la dernière évaluation nationale de l'Institut des Politiques Publiques (IPP)1 qui montrent que l'Etat privilégie les grands centres résidentiels, dont certains hébergent jusqu'à 350 personnes, au développement de petites structures au niveau de la communauté. Et ce, malgré l'engagement international de la Roumanie d'assurer aux personnes en situation de handicap des conditions de vie indépendantes au sein de leur communauté2.

Ces immenses centres sont à l'exact opposé de la stratégie nationale mise en place en faveur des enfants handicapés : développement de services de soins, mise en place de structures à taille plus humaine. Mais une fois ces enfants devenus adultes, ils sont laissés pour compte du système.

« Tous les progrès réalisés pendant l'enfance sont réduits à néant en quelques mois. Ces adultes n'ont aucune perspective d'avenir. Même ceux qui sont le moins lourdement handicapés ne reçoivent aucune formation professionnelle. Ils ne sont pas préparés à affronter la vie et sont condamnés à rester dans ces institutions », explique Bogdan Simion, président de SERA.

Les difficultés auxquelles est confronté le personnel

« Le personnel, composé en très grande majorité de femmes, est confronté à des situations très difficiles. Il est difficile de comprendre comment ces personnes, qui perçoivent un salaire très modeste, réussissent à veiller sur 160 personnes en grande difficulté et à rester motivées », ajoute Bogdan Simion.

140 personnes s'occupent de 160 résidents dont certains sont grabataires et donc complètement dépendants. D'autres ont des comportements imprévisibles. Il faut alors trois à quatre personnes pour immobiliser un adulte en crise.

Les représentants de l'Etat roumain n'ont certainement jamais franchi le seuil d'un tel centre. Ceux qui traitent avec indifférence ces adultes n'ont certainement jamais regardé dans les yeux les médecins, les infirmiers et les aides-soignants qui passent leurs journées à essayer d'adoucir la vie de ceux qui sont handicapés.

Dans ce contexte, SERA demande à l'Etat roumain et à l'Union européenne de concentrer les fonds (notamment ceux qui seront affectés dans le prochain cadre financier pluriannuel 2014-2020 de l'Union européenne) au développement de services au sein des communautés. Il est urgent de fermer ces immenses centres résidentiels.

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[1] http://www.ipp.ro/pagini/raport-de-monitorizare-a-stadiului-de-pr.php[2] La Roumanie a ratifié en janvier 2011 la Convention relative aux droitsdes personnes handicapées de l'ONU.