14 février 2014

Liban : le quotidien insupportable des réfugiés syriens

La lumière s'allume, puis elle s'éteint. Hala, son mari et leurs six enfants vivent à Beyrouth dans une pièce sombre de 10m2 avec de la moisissure sur les murs, des fenêtres sans vitres et un sol humide et froid. Deux lits donnés par le propriétaire libanais des lieux tombent en morceaux.

À Sabra, l'électricité est rare, de même que les abris, l'eau et le travail

l'association humanitaire CARE vient en aide aux réfugiés syriens au Liban
CARE / 2014

A Sabra, l'un des quartiers les plus pauvres et les plus peuplés de la capitale libanaise, l'électricité ne fonctionne quasiment jamais. L'eau et le travail sont également rares. Ce quartier a été construit en 1949 pour accueillir des réfugiés palestiniens. Les habitations provisoires sont devenues permanentes et la plupart des personnes vivent ici depuis des décennies, rejoints depuis par d'autres : des Libanais qui n'ont pas les moyens de vivre ailleurs et des réfugiés syriens comme Hala.

Hala vient de Daraa en Syrie.

Lorsque la révolution a éclaté il y a 3 ans, elle ne voulait pas quitter sa maison. Mais son mari, qui ne trouvait plus de travail, a dû partir pour le Liban. Quand sa maison a été criblée de balles et que leur jardin entièrement brûlé, rester est devenu trop dangereux. Avec ses cinq fils, âgé de quatre à douze ans, elle a rejoint son mari.

Il y a dix jours, Hala a donné naissance à une petite fille.

« J'ai toujours voulu avoir une fille. J'étais tellement heureuse quand elle est née. Mais aujourd'hui, je vis dans la peur qu'elle ne tombe malade ou qu'elle ne meure de froid pendant la nuit. »

La famille de Hala reçoit de la nourriture d'une association locale partenaire de CARE et nos équipes leur ont distribué des couches et des produits d'hygiène.

À Sabra, nombreux sont ceux qui n'ont pas de travail ou qui sont sous payés. Le mari de Hala est charpentier mais gagne tout juste de quoi payer leur loyer. Ils n'ont pas d'argent pour inscrire leurs enfants à l'école.

« Ils ont raté déjà deux ans d'école lorsque nous étions encore en Syrie. C'était trop dangereux de les laisser sortir. Que feront-ils de leur vie plus tard ? », se désespère Hala.

Les ONG n'ont pas les moyens financiers d'aider tous les réfugiés

860 000 réfugiés se sont inscrits auprès des Nations Unies au Liban, mais selon les estimations du gouvernement, plus de 1,2 million de Syriens vivent dans ce pays qui ne comptait que quatre millions d'habitants avant la crise.

La famille d'Hala est en attente d'enregistrement auprès des Nations Unies. Au départ, Hala n'avait pas assez d'argent pour couvrir les frais de transport jusqu'au bureau d'enregistrement. Elle a depuis obtenu un rendez-vous mais elle doit encore attendre plus d'un mois. Elle espère recevoir des coupons alimentaires.

« Aujourd'hui, nous devons nous contenter d'un repas par jour. »

Alors que certains réfugiés ont quitté leur pays les mains vides, le gouvernement, les agences de l'ONU et les humanitaires ne disposent aujourd'hui pas assez d'argent pour aider tout le monde.

Je ne connais personne ici et personne ne me parle

l'association humanitaire CARE vient en aide aux réfugiés syriens au Liban
CARE / 2014

Que fait Hala toute la journée ? Que font ses enfants ?

Leur quotidien est devenu insupportable. Hala essaie d'occuper ses fils pour ne pas qu'ils s'ennuient. L'un d'eux est chargé de faire les lits, un autre d'enlever les matelas et les couvertures au sol le matin, et s'il y a de l'eau, un troisième fait la vaisselle. Quant au plus jeune, il aide sa mère à préparer leur seul repas de la journée.

« Parfois, nous faisons comme si nous préparions un festin. Je ne suis pas certaine que cela améliore les choses, mais ça nous occupe. » 

Hala commence à perdre espoir :

« Je me sens impuissante. C'est comme si je criais de plus en plus fort, que tout le monde pouvait me voir et m'entendre mais que personne ne fait rien. »

Elle marque une pause, puis reprend :

« Aucun de mes voisins ne m'a demandé comment j'allais après l'accouchement. Personne ne m'a félicitée. Je ne connais personne et personne ne me parle. Mes amis, mes voisins et ma famille me manquent. Ici, les gens pourraient tout aussi bien être des arbres, une forêt truffée d'arbres dans l'obscurité. Ça serait du pareil au même. »
LES ACTIONS DE CARE AU LIBAN

Au Liban, CARE effectue des distributions de kits hivernaux dans les régions du Mont Liban et de Tripoli : fuel via un système de cartes bancaires, matelas isolants et couvertures, kits abris (clous, planches et des bâches) pour permettre aux réfugiés de mieux s'équiper contre le froid.

CARE Liban améliore également l'accès à l'eau et à l'assainissement de 7000 personnes au travers de réparations d'infrastructures, de distributions de matériel d'assainissement et de formations en santé et hygiène.