13 mars 2014

Le destin de millions de Syriens est bouleversé par le conflit qui déchire leur pays. Voici le témoignage d'Omran Almish, volontaire chez CARE. Il participe aujourd'hui et demain au marathon « Dead Sea to Red Sea » pour sensibiliser la communauté internationale au sort de ses compatriotes.

Le jour où ma vie a basculé.

l'association humanitaire CARE se mobilise pour les réfugiés syriens
2014/ CARE

Je n'oublierai jamais le 11 décembre 2012. Le jour où ma vie a basculé. Ce jour-là, ma mère a été abattue par un sniper, ma sœur a perdu son bébé et mon beau-frère a été arrêté. Nous nous rendions à l'hôpital à Damas car ma sœur était sur le point d'accoucher. Je ne sais pas d'où venaient les balles, tout s'est passé très vite. Il y avait du sang partout et nous n'avons rien pu faire pour sauver notre mère. Quinze minutes plus tard, elle était morte. Nous avons emmené ma sœur d'urgence à l'hôpital pour tenter de sauver l'enfant qu'elle portait, mais elle était tellement choquée que le cœur du bébé a cessé de battre quand il a vu le jour. Je me suis dit qu'il ne voulait pas faire partie de ce monde.

Avant le début de la crise syrienne, je vivais une vie normale et heureuse. J'étudiais à l'université. Diplômé en droit, je suivais un master en commerce international. En l'espace de quelques secondes, toute ma vie a été bouleversée. J'étais effondré et j'ai pleuré pendant plusieurs jours, pensant que je ne connaitrais plus jamais la joie et l'espoir. Puis des centaines de personnes sont venus à notre porte le jour de l'enterrement de ma mère, pour lui rendre un dernier hommage. Ma mère n'était pas une femme comme les autres. Elle a appris aux personnes pauvres de notre quartier à compter et les a aidés dans les périodes difficiles. Quand j'ai vu ces personnes lui rendre hommage, j'ai cessé d'être triste. J'étais reconnaissant d'être le fils d'une femme si forte. J'ai décidé de suivre son exemple en aidant les autres.

Je cours pour mes compatriotes syriens

Ces derniers mois, j'ai travaillé en tant que volontaire dans le centre d'aide aux réfugiés de CARE à Amman. Chaque jour de 8h à 16h, j'y rencontre d'autres réfugiés syriens et je fais de mon mieux pour atténuer leur souffrance. Ensuite, de 18 h à 3 h du matin, je travaille dans un restaurant pour gagner de l'argent. Avec deux de mes frères, nous partageons un appartement avec quatre autres jeunes hommes qui sont arrivés en Jordanie seuls, sans leur famille. Nous nous sommes récréés une famille, et traversons ensemble les périodes difficiles. Mon père est toujours en Syrie avec ma grande sœur. Nous ne savons pas où se trouve son mari qui a été arrêté, ni même s'il est encore en vie. Mais ils ne veulent pas quitter le pays sans lui. Après avoir perdu son premier enfant, ma petite sœur a donné naissance à une petite fille il y a environ un mois. Elle se prénomme Delal, comme ma mère.

Quand je participerai au marathon de la mer Morte à la mer Rouge, je ne ferai pas un pas sans penser à ma mère. Je vais courir pour elle et pour tous ceux qui ont perdu un être cher dans cette guerre atroce, en leur demandant de transformer leur souffrance en force pour aider leurs compatriotes syriens. Je vais courir pour que nous puissions retrouver l'espoir, car sans espoir, personne ne peut vivre.

À propos du marathon "Dead Sea to Red Sea"

Le marathon "Dead to Red" s'étend sur 242 kilomètres de la mer Morte à la mer Rouge. La course débute aujourd'hui 13 mars à 16 h (heure locale). Les équipes ont 24 heures pour terminer le marathon.

L'équipe de CARE réunit 10 membres du personnel impliqués dans la réponse d'urgence ainsi que des réfugiés syriens, volontaires en Jordanie et au Liban.

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Laury-Anne Bellessa
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