13 mai 2014

Ethiopie : des groupes de soutien contre le mariage forcé

En Ethiopie, deux filles sur cinq sont mariées avant leurs 18 ans et près d'une fille sur cinq avant l'âge de 15 ans. Depuis 2010, CARE a mis en place un projet pour soutenir 5 000 de ces jeunes filles. Découvrez le témoignage d'Eleni.

CARE soutient les filles de 14 à 19 ans qui sont mariées, divorcées ou veuves

Eleni* se souvient de ce jour où ses voisins se sont rassemblés dans sa maison et de sa rencontre avec celui qui allait devenir son mari quelques heures plus tard. Elle n'avait que 12 ans.

« J'étais tellement effrayée et en colère parce que personne ne m'avait prévenue. La cérémonie était finie avant que je ne comprenne ce qui se passe », explique Eleni.
l'association humanitaire CARE France lutte contre les mariages forcés

Le mariage forcé est une pratique courante en Ethiopie, ancrée dans les traditions et qui se perpétue du fait de la pauvreté qui sévit dans le pays.

Dans la région d'Amhara où Eleni vit, près de la moitié des filles sont mariées avant leur quinzième anniversaire.

Les parents d'Eleni ont décidé de la marier à un homme de cinq ans son aîné car ils avaient du mal à payer son école.

« Je suis la plus jeune de ma famille. Mes parents vieillissent et ont pensé que ma vie serait meilleure si j'avais un mari pour veiller sur moi », raconte Eleni.

« Ma belle-famille me traitait bien mais j'avais vraiment peur de tomber enceinte. Je me suis rendue en secret dans une clinique pour recevoir des contraceptifs. Quand mon mari l'a découvert, il était furieux. J'ai su que je ne pouvais pas continuer comme ça. »

Eleni venait de rejoindre un groupe de soutien mis en place par CARE pour soutenir les filles mariées.

Animé par CARE, le groupe se réunit deux fois par mois pour parler de sujets relatifs à la santé sexuelle et reproductive. Elles apprennent également à mieux communiquer avec leurs époux pour réduire les risques de violences domestiques, à prendre soin d'un nouveau-né et à économiser et investir de l'argent. Ces réunions sont aussi l'occasion de rencontrer d'autres filles de leur âge et de se faire des amies.

Former les communautés sur les dangers des mariages forcés

Le groupe dont Eleni fait partie a été mis en place dans le cadre du programme TESFA (espoir en amharique) qui soutient 5 000 filles. Des programmes radios hebdomadaires et des réunions communautaires sont également organisés. Des parents, des leaders religieux, des travailleurs de santé et des professeurs sont formés sur les dangers du mariage forcé et les moyens pour les empêcher.

l'association humanitaire CARE France lutte contre les mariages forcés
2013 / CARE
La mère d'Eleni se souvient : « Au début, nous ne comprenions pas pourquoi Eleni voulait divorcer mais elle nous a expliqué ce qu'elle avait appris avec son groupe. Elle nous a dit que son corps n'était pas prêt à avoir un bébé et qu'avoir une éducation était la meilleure solution pour aider notre famille à avoir une vie meilleure. »

Son mari a accepté de divorcer et Eleni est retournée à l'école. A 14 ans, elle pouvait enfin se concentrer sur ses études au lieu de préparer à manger ou d'aller chercher de l'eau.

Son expérience a eu un réel impact sur sa communauté.

 Ses parents sont désormais de fervents opposants au mariage forcé et n'hésite pas à en parler à d'autres parents. Les filles mariées du village d'Eleni sont également plus nombreuses à faire entendre leurs voix.

Aujourd'hui, Eleni assiste toujours aux réunions du groupe et fait partie d'une association de crédit et d'épargne. Elle veut économiser pour pouvoir devenir infirmière.

« Je veux avoir un bon travail pour avoir une meilleure vie et quand je serai plus grande je choisirai un mari qui me soutiendra dans mes choix », conclut Eleni avec un grand sourire.

* Le prénom a été modifié