08 juillet 2014

Egypte : témoignage d'une réfugiée syrienne qui participe à des sessions de soutien psychosocial

Heba et sa petite fille ont été blessées par balle lorsqu'elles ont essayé de fuir les violences en Syrie. Refugiée en Egypte depuis deux ans, Heba participe aux sessions de soutien psychosocial menées par CARE.

Heba, réfugiée syrienne, blessée par une dizaine de balles

Heba est toujours en état de choc. Il ne se passe pas une nuit sans qu'elle se réveille à cause d'un cauchemar. C'est pour surpasser ses traumatismes que Heba participe aux sessions de soutien psychosocial menées par CARE.

« Je veux guérir. Je ne veux pas que ma vie, mon cœur et mon âme soient aussi meurtris que ne l'est mon corps », dit-elle.

Son ventre, ses bras et ses jambes sont en effet recouverts de cicatrices. En Syrie, elle était dans un taxi avec sa fille Eman de sept ans, lorsqu'elle a vu des bus en flammes et des cadavres gisant dans la rue. Les groupes armés ont ouvert le feu sur leur voiture.

« J'ai essayé de protéger ma fille avec mon corps, en demandant au chauffeur de taxi de tuer ma fille si je mourrais. »

« Je ne voulais pas que ma fille meure dans la douleur, dans cet enfer sur terre. »

Lorsque Heba s'est réveillée après quatre jours de coma, sa fille était étendue sur le lit d'hôpital à côté d'elle. Elle avait été blessée malgré les efforts de sa mère. Son mari ne voulait pas avoir à s'occuper d'une femme et d'une fille blessées, il a demandé le divorce avant de fuir en Turquie.

Les hôpitaux en Syrie ne disposaient pas des équipements nécessaires pour soigner Heba et sa fille. Ce n'est qu'après 22 jours que sa famille a pu emprunter assez d'argent pour qu'elles puissent se rendre en Egypte.

Sa fille va dans une garderie gérée par l'un des partenaires de CARE

Loin de chez elle, la vie d'une mère célibataire et divorcée est difficile. Cela fait deux ans que Heba vit en Egypte. Après son rétablissement, Heba a travaillé pour un physiothérapeute et pouvait envoyer Eman dans une école privée.

« Le directeur de l'école publique de notre quartier m'a dit que je ne devrais pas y inscrire ma jolie petite fille blonde, ce serait trop dangereux », explique Heba.

Mais quand Heba a refusé de devenir la deuxième épouse de son patron, il a commencé à la harceler.

Aujourd'hui, cette ancienne monitrice d'auto-école pour femmes vend des plats traditionnels dans la rue. Sa fille ne va plus à l'école mais dans une garderie gérée par l'une des organisations partenaires de CARE.

CARE organise des sessions de soutien pour les réfugiés syriens

L'ONG CARE vient en aide aux réfugiés syriens
2014 / CARE

Dans une petite salle, Heba a retrouvé d'autres réfugiés syriens pour discuter avec un psychologue.

« La dépression liée à l'isolement et aux traumatismes est une maladie. Nous voulons vous aider à laisser la douleur derrière vous et à trouver un espace sûr dans votre cœur pour que vous puissiez guérir », commence-t-il.

Le psychologue explique alors les symptômes de la dépression : agressivité, nostalgie, évitement, insomnie, cauchemars. Les réfugiés se reconnaissent dans ses propos.

« Chaque matin, je me réveille en pleurs et il ne se passe pas une seule nuit sans que je fasse des cauchemars », explique une femme âgée. « Mon mari est détenu en Syrie et je n'ai plus de nouvelles de lui depuis deux mois », se désole une jeune mère avec ses deux enfants sur les genoux. « Je pense au suicide en permanence », confie un vieil homme.

« La guerre n'est pas seulement en Syrie, elle est aussi en nous. Mais je ne veux pas abandonner. Je ne veux pas seulement être en vie, mais vivre à nouveau », confie Heba.

Contact médias

Laury-Anne Bellessa, 01 53 19 89 92, bellessa@carefrance.org