09 juillet 2014

Soudan du Sud, trois ans et un million et demi de déplacés après l'indépendance

Le 9 juillet 2011, le Soudan du Sud faisait sécession suite à un référendum d'autodétermination. Le pays est en proie aux violences depuis plus de six mois... Découvrez une tribune signée par Philippe Lévêque, directeur de CARE France, publiée sur le site du journal Libération.

L'ONG CARE vient en aide aux populations du Soudan du sud

Près de 51 millions de personnes ont été obligées de quitter leur maison en 2013, un chiffre inégalé depuis la Seconde Guerre mondiale. Un triste record alors que les conflits se multiplient à travers le monde. L'an dernier, de nouveaux déplacements de population ont ainsi eu lieu en Afrique, notamment en Centrafrique et au Soudan du Sud.

Pour ceux qui se souviennent des scènes de liesse qui ont accompagné la création du Soudan du Sud, il y a tout juste trois ans, il est difficile d'imaginer le désastre humanitaire qui se produit aujourd'hui dans ce pays.

Les violences qui déchirent le pays depuis décembre 2013 ont déplacé 1,5 million de personnes.

Si près de 100 000 ont trouvé refuge dans les différentes enceintes des Nations Unies, la plupart se sont installées dans des endroits marécageux le long des rivières ou dans des zones d'herbes hautes. Ils espèrent y être à l'abri des groupes armés. Mais parallèlement, alors que la saison des pluies rend les quelques routes du pays difficilement praticables, il est extrêmement compliqué pour les humanitaires de leur apporter une aide aujourd'hui absolument nécessaire.

Le manque de financements et l'insécurité entravent également l'action des humanitaires.

En décembre 2013, les locaux de CARE à Bentiu ont été détruits et pillés. Cinq tables et treize chaises installées dans une remorque, voilà les bureaux que CARE partage désormais avec cinq autres organisations humanitaires dans le camp de déplacés de Bentiu. La plupart des membres de notre équipe vit dans l'enceinte même de ce camp. Ils y travaillent sept jours par semaine, dans la boue, pour aider 48 000 déplacés.

Mais cela ne suffit pas. Les déplacés manquent toujours d'eau potable, d'installations sanitaires, de nourriture et de soins médicaux. Et là encore la saison des pluies complique la situation. De fortes pluies ont récemment endommagé les tentes et les latrines construites par nos équipes.

La faim menace aujourd'hui 3,9 millions de personnes au Soudan du Sud.

Nos équipes voient des familles se nourrir de feuilles d'arbres dans l'effort désespéré de survivre. Et cela risque de s'aggraver. Le Programme Alimentaire Mondial et le Haut-Commissariat pour les réfugiés ont récemment annoncé la réduction de l'aide alimentaire apportée à 800 000 réfugiés en Afrique, faute de financements internationaux. En Centrafrique et au Soudan du Sud, les rations risquent d'être réduites d'au moins de moitié.

Aujourd'hui, la communauté internationale n'a engagé que la moitié des 1,8 milliard de dollars demandés par l'ONU pour aider les populations sud-soudanaises. Or, si le conflit se poursuit et que l'aide n'augmente pas dans les prochains mois, plusieurs régions du pays sombreront dans la famine. Nous savons pourtant que la prévention coûte moins cher qu'une réponse d'urgence.

Des enfants meurent déjà de faim et de diarrhées.

Le taux de malnutrition aiguë chez les enfants de moins de cinq ans a doublé en seulement six mois.

Dans le camp de déplacés de Bentiu, 18 enfants sont morts en une semaine malgré les soins apportés par nos équipes qui gèrent des centres de santé.

La situation est particulièrement compliquée pour les populations qui vivent en dehors du camp de déplacés. Elles profitent des périodes d'accalmies pour chercher de l'aide dans nos centres de santé. Elles y arrivent épuisées après avoir marché plusieurs jours, sans eau ou nourriture. Les enfants en bas âge sont parfois trop faibles pour survivre. Et l'insécurité est une menace constante, notamment pour les femmes. Elles se retrouvent alors devant un choix épouvantable : elles prennent le risque de se faire violer ou agresser en se rendant à un dispensaire, mais ne pas y aller signifie trop souvent la mort de leurs enfants.

En tant qu'humanitaire, nous dénonçons aujourd'hui l'inacceptable.

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