25 juillet 2014

Somalie : trois ans après la famine, un risque élevé de rechute

Il y a trois ans, 16 alertes de famine avaient été lancées avant qu'une action soit mise en place ; il convient de tirer les leçons du passé afin d'éviter une nouvelle crise dans la Corne de l'Afrique. 23 ONG lancent un cri d'alarme.

Il y a trois ans, la famine a été déclarée en Somalie. Pendant cette période, 260 000 personnes sont mortes de faim, de malnutrition et de maladie.

Aujourd'hui, les ONG mettent à nouveau en garde contre la résurgence des signes de sécheresse en Somalie et demandent qu'ils ne soient pas ignorés afin d'éviter une situation analogue à la catastrophe de 2011.

« Il est au moins trois fois plus onéreux de lancer une réponse après une crise alimentaire que de mener des actions préventives. Si nous continuons à ignorer ces signes avant-coureurs, cette crise coûtera beaucoup plus cher aux bailleurs et aux États que si nous intervenions maintenant », explique Enze Vecchio, directeur d'Oxfam en Somalie.

Au cours de ces trois ans, le nombre de personnes ayant besoin d'une aide d'urgence a diminué de 4 à 2,9 millions, grâce à des améliorations modérées des financements, de l'accès et des conditions sur le terrain. Les ONG ont intensifié leur soutien aux Somaliens, non seulement pour les aider à se rétablir, mais également pour éviter une nouvelle crise et trouver des solutions durables, flexibles et de long terme aux cycles de sécheresse et à la crise alimentaire.

Mais aujourd'hui, les progrès réalisés risquent d'être anéantis en raison de l'insuffisance des précipitations lors de la saison des pluies, du manque de financements, des conflits et des déplacements.

« Ces précieux acquis, obtenus depuis 2011, ne doivent pas être perdus parce que le monde ne considère plus la Somalie comme une priorité. Les ONG appellent l'ensemble des acteurs à tenir compte de ces mises en garde et à travailler avec nous pour répondre aux besoins urgents de la population somalienne. La Somalie ne doit pas connaître une nouvelle période de famine », répète Tanja Schumer, directrice du consortium des ONG de Somalie.

Actuellement, il y a plus de 300 000 enfants malnutris. Près de 2,9 millions de personnes ont besoin d'une aide d'urgence et d'un soutien pour développer leurs moyens de subsistance.

Ce nombre devrait augmenter alors que la situation s'aggrave progressivement. Les 1,1 million de déplacés internes seront les plus durement touchés.

« Les personnes les plus vulnérables ne se sont toujours pas rétablies des pertes immenses provoquées par la sécheresse et la famine de 2011. Nous ne devons pas laisser tomber les Somaliens », explique François Batalingaya, directeur de Vision du Monde en Somalie.

En mai 2014, les ONG ont déjà mis en garde contre un risque de rechute humanitaire. À cette période, seulement 12 % des besoins humanitaires annuels avaient été financés, sur les 933 millions de dollars US nécessaires.

Depuis, ce pourcentage a atteint les 27%, ce qui est encore bien en deçà de l'objectif fixé de mi-année. Le manque de financement menace aujourd'hui les programmes visant à répondre à ces besoins et à fournir des services essentiels.

Les ONG appellent à une aide urgente et prolongée sur la période des trois à six mois prochains pour éviter une répétition de la catastrophe de 2011.

En 2011, il a fallu 16 alertes préalables et que la famine soit finalement déclarée pour qu'une action soit mise en place et que les fonds nécessaires soient disponibles. 8 alertes contre l'imminence d'une crise alimentaire en Somalie ont été lancées depuis janvier 2014. Pour que les organisations humanitaires puissent continuer à apporter une aide d'urgence et à renforcer la résilience des populations, il est primordial que les dirigeants nationaux et internationaux restent pleinement déterminés à soutenir les activités humanitaires et de développement en augmentant l'accès aux communautés isolées et en fournissant les fonds nécessaires.

« Même si le nombre de personnes ayant besoin d'une aide d'urgence a diminué, les hommes, les femmes et les enfants somaliens ont besoin de davantage d'engagements financiers pour permettre un soutien humanitaire sur le long terme. Toutes les parties au conflit doivent respecter les principes du droit humanitaire international et assurer aux populations dans le besoin un accès libre à l'aide humanitaire afin d'éviter cette crise humanitaire imminente », déclare Degan Ali, directeur exécutif d'Adeso.

Les ONG signataires

AAH-I
ACF Somalia
ACTED
Adeso
ARC
CARE International
CISP
Danish Refugee Council
FCA
Intersos
Islamic Relief Worldwide
Jubbalandese Charity Centre (JCC)
KAALO
Medair
Mercy Corps
Muslim Aid
NRC
Oxfam
Polish Humanitarian Action (PAH) DRC
Solidarites International
VSF Germany
WASDA
World Relief Germany World Vision

Contact medias

Laury-Anne Bellessa, 01 53 19 89 92, bellessa@carefrance.org