08 août 2014

Soudan du Sud : CARE vient en aide aux populations hôtes et déplacées victimes de sous-nutrition

3,9 millions de personnes sont aujourd'hui menacées par la famine. A Yuai, comme dans de nombreux autres villages de l'état de Jonglei, l'un des plus touchés par le conflit, CARE a mis en place un centre de santé permettant de suivre les enfants souffrant de sous-nutrition, d'effectuer des vaccinations et de délivrer des traitements. Le centre de santé accueille également les femmes enceintes et les mères.

L'ONG humanitaire CARE vient en aide aux populations du Soudan du Sud
Nyanyin Jek devant le centre de santé de CARE à Yuai © Josh Estey / CARE

« Nous n'avions rien à manger hormis quelques feuilles et des fruits »

Nyanyin Jek est épuisée. Elle a marché pendant deux jours, enceinte de 7 mois, dans l'espoir de trouver une aide médicale au centre de santé de CARE à Yuai.

« Je vis dans un village nommé Dakriang, où nous n'avons aucune assistance médicale. J'ai entendu parler de ce centre de santé par des amis. J'ai décidé d'y aller en marchant. Je ne me suis nourrie que de feuilles, je n'ai pas pu emporter de nourriture avec moi », raconte-t-elle.

Quand le conflit a éclaté et que les combats ont atteint son village en janvier dernier, Nyanyin a dû fuir sa maison avec ses quatre enfants.

« J'ai vécue sous un arbre pendant trois mois. Nous n'avions rien à manger hormis quelques feuilles et des fruits. J'étais si effrayée que je cachais mes enfants dans l'herbe à chaque fois que je voyais des soldats passer », se souvient-elle.

En mars, elle est retournée dans son village et n'a trouvé qu'une hutte pillée et ses terres dévastées.

« Depuis notre retour, nous n'avons pas grand-chose à manger. Mes enfants et moi nous nourrissons une fois par jour de pâte de sorgho. Avant le conflit, nous cultivions le sorgho pour le vendre sur le marché, mais nous n'avons plus de semences. »

Au Soudan du Sud, les plantations de cultures suivent le rythme des cycles de sécheresses et de saisons des pluies. Cependant, deux mois après la fin de la saison des pluies, la plupart des familles n'ont pas eu la possibilité de cultiver leurs lopins de terre. En raison des combats, ils ont dû fuir loin de chez eux, trouvant refuge auprès de communautés qui elles-mêmes n'ont pas grand-chose.

La sous-nutrition peut avoir des conséquences à long terme pour l'enfant à naître

Devant le petit bâtiment jaune du centre de santé, Nyanyin est l'une des nombreuses femmes à patienter. A l'intérieur, Chuol Gatwich, le responsable de la clinique, en consultation auprès d'une jeune femme enceinte, explique :

L'ONG humanitaire CARE vient en aide aux populations du Soudan du Sud
Une femme enceinte en consultation dans le centre de santé © Josh Estey / CARE

« Pendant les combats, beaucoup de femmes et d'enfants ont dû fuir leurs villages. Ils se sont cachés dans des fourrés, sans nourriture. Cela est particulièrement difficile pour les femmes enceintes. Si elles sont victimes de sous-nutrition, cela peut engendrer des conséquences à long terme sur la santé et la croissance de l'enfant à naître. »

Les femmes sous-alimentées donnent naissance à des enfants sous-alimentés eux aussi. Chuol nous assure que la faim dont les populations sont victimes est pire que ce qu'ils ont pu connaître les années précédentes :

« Il y a quelques semaines, nous avons visité les villages voisins afin d'évaluer le niveau de sous-alimentation des enfants de moins de cinq ans. La plupart de ceux que nous avons auscultés était en situation de sous-nutrition modérée ou sévère, selon les cas. Et je ne parle que des zones environnantes. Imaginez les familles qui vivent dans des zones plus reculées, loin de toute assistance... »

La distribution de semences va permettre aux familles de cultiver

Pendant ce temps, à quelques mètres de la clinique, les équipes de CARE s'occupent d'aménager une petite place afin d'y organiser des distributions de semences.

Distribution de semences à Yuai © Josh Estey / CARE

« Aujourd'hui, nous allons distribuer des graines de sorgho, de niébé, de sésame, de pastèques, de tomates, d'oignons, d'aubergines et de gombo à 560 familles ici à Yuai », nous dit Mujahid Hussain, coordinateur des programmes pour CARE, alors qu'il donne des consignes sur la manière de garantir le bon déroulé de la distribution.

CARE va ainsi aider 21 000 familles hôtes ou déplacées de l'Etat de Jonglei, l'un des plus touché par les violences.

« Le conflit a rendu la vie très difficile pour les personnes déplacées, qui viennent souvent de loin. Elles sont arrivées sans rien et ont peu d'espoir de rentrer chez elles à la fin des combats. De leur côté, les familles hôtes ont retrouvé leurs huttes détruites par les combats qui ont touché la région en début d'année. Nous espérons que grâce à ces semences, les familles vont pouvoir recommencer à cultiver et ainsi se remettre sur pied. »

Au centre de santé, c'est au tour de Nyanyin de bénéficier d'entrer en consultation. Elle a reçu des médicaments et se prépare à la longue marche qui l'attend pour regagner son village. Elle s'arrête un moment, arrange son foulard coloré et dit : 

« Notre vie est pire maintenant. Nous n'avons plus rien. Nous ne nous attendions pas à cela. Nous étions emplis d'espoir il y a trois ans lors de l'indépendance du Soudan du Sud, mais le conflit actuel est terrible. Nous sommes tous des êtres humains, nous ne méritons pas cette souffrance. »

Contact Média : Laury-Anne Bellessa, 01 53 19 89 92,bellessa@carefrance.org

En savoir plus sur l'action de CARE au Soudan du sud