09 septembre 2014

Roumanie : le succès d'un projet pilote pour réunir les enfants placés en institution et leur famille

En Roumanie, un projet pilote mis en place par CARE et son partenaire SERA a permis la réintégration dans leurs familles de 184 enfants placés dans les institutions. Cécile Tissot, responsable des programmes Roumanie chez CARE France, revient sur les enjeux et réussites de ce projet, désormais dupliqué dans d'autres départements.

L'ONG humanitaire CARE vient en aide aux enfants abandonnés en Roumanie
Après six ans de séparation Elena vit de nouveau avec ses cinq enfants dans leur maison nouvellement construite grâce aux matériaux de construction fournis par les équipes de SERA. © 2014/ CARE

Pourquoi favoriser la réintégration des enfants dans leur famille ?

Une des particularités de la Roumanie est que de nombreux enfants placés dans les institutions ou en famille d'accueil ont en fait une famille. Leur abandon est souvent dû à la pauvreté et aux difficultés sociales de leur famille. Or, nous savons qu'un environnement familial favorise l'épanouissement psychologique et cognitif des enfants.

Depuis des années, SERA travaille à la réintégration des enfants dans leur famille biologique. En avril 2012, nous avons démarré un programme qui couvrait l'ensemble du département de Vaslui. C'est la première fois qu'un projet de cette ampleur apporte un soutien social et économique à des familles ayant dû placer leurs enfants.

Pourquoi mettre en place ce programme dans le département de Vaslui ?

Cette région à l'Est de la Roumanie a été fortement touchée par la crise. Il y a une forte augmentation de la pauvreté au sein de la population qui vit essentiellement de la petite agriculture. Vaslui est aujourd'hui le second département présentant le plus fort taux d'enfants placés sous la protection de l'Etat, par rapport à sa population totale (6 ‰).

Quelle aide a été apportée aux familles ?

L'équipe, mise en place par SERA sous la responsabilité du département de la protection de l'enfance locale, comptait trois assistants sociaux et un psychologue. Après avoir identifié les familles susceptibles de pouvoir ré accueillir leurs enfants, ils ont rencontré 537 familles. Ils ont ainsi pu confirmer que 200 familles pouvaient envisager une réintégration qui serait bénéfique pour l'enfant.

L'ONG humanitaire CARE vient en aide aux enfants abandonnés en Roumanie
Une maison nouvellement construite grâce aux matériaux de construction fournis par les équipes de SERA. © 2014/ CARE

Pour cela, SERA leur a apporté une aide matérielle ponctuelle. Il pouvait s'agir d'améliorer les logements en fournissant du matériel de construction et de rénovation, en apportant du mobilier approprié pour les personnes en situation de handicap, ou en installant des sanitaires. Le soutien pouvait également prendre la forme d'un don en nature comme un animal domestique (une vache, un cheval,...) afin de fournir une source de revenus pour la famille. Certaines familles ont également reçu des fournitures scolaires, des vêtements ou une aide alimentaire.

L'équipe a accompagné les enfants et leur famille tout au long du processus de réintégration, et 8 mois après celle-ci. Et les familles sont aujourd'hui suivies par les assistants sociaux des mairies. Dans la cadre de ce projet, le rôle et la proactivité des autorités locales ont en effet été déterminants.

Quel est le bilan de ce projet ?

A la fin du projet en octobre 2013, l'objectif initial de 150 réintégrations a été dépassé : 184 enfants ont retrouvé leurs familles. Ce chiffre représente 40% des réintégrations nationales pour l'année 2013 !

Outre les bienfaits pour l'enfant et sa famille, l'intérêt financier est également important. Le coût d'une réintégration est d'environ 1 730€, alors que l'Etat paie 7 500€ pour un enfant placé en famille d'accueil et 10 800€ pour un enfant en institution pour une période de 18 mois.

Comment se poursuit ce projet ?

La méthodologie développée à Vaslui est actuellement mise en place dans le département de Dambovita, avec un objectif de départ plus modeste de 50 réintégrations. Et nous pensons prochainement la répliquer dans deux autres départements.

A Vaslui, nous avons constaté que les frères et sœurs des enfants réintégrés avaient également profité de ce projet. Sans l'aide accordée à leur famille, une vingtaine d'enfants aurait été susceptible d'être placés sous la protection de l'Etat. Ce projet a donc également permis la prévention de l'abandon de ces enfants. Nous avons souhaité approfondir ce volet « prévention de l'abandon ». Nos équipes interviennent désormais auprès des familles en situation de vulnérabilité, avant qu'elles ne se retrouvent obligées de se séparer de leurs enfants.