01 octobre 2014

Soudan du Sud. « Tout a été brûlé, réduit en cendres ». Témoignage de Mary

Dans les situations d'urgence, les personnes âgées sont particulièrement vulnérables. Ayant des difficultés pour se déplacer, voir ou entendre, elles sont souvent dans l'impossibilité de fuir rapidement pendant les conflits, et ne peuvent se procurer de nourriture, du bois de chauffage ou de l'eau. Elles dépendent ainsi des autres pour survivre. Beaucoup de personnes âgées sont traumatisées par l'isolement auquel elles doivent faire face, et sont dans l'incapacité de gagner un revenu pour assurer leurs besoins.

A l'occasion de la Journée Internationale des personnes âgées du 1er octobre, Mary Mbek Anger, réfugiée sud soudanaise nous livre son témoignage.

« Avant cette guerre, j'étais heureuse »

© Tom Perry / CARE

Mary Mbek ne connaît pas son âge exact. Sans certificat de naissance, elle ne peut que le deviner. Elle suppose qu'elle a environ 70 ans, à quelques années près.

En 2007, la vue de Mary a commencé à se détériorer rapidement. Elle a fait une demande de traitement auprès d'un médecin spécialiste des yeux au Kenya, mais rien n'a pu être fait. En quelques mois, elle avait totalement perdu la vue et ne peut compter depuis que sur le soutien de sa famille pour la nourriture et le logement. Malgré cela, Mary trouve que la vie a été clémente avec elle.

"Avant cette guerre, nous avions nos propres biens, notre propre vie", nous dit elle. "J'étais heureuse. Mon mari, nos enfants et moi pouvions élever des animaux et cultiver de la nourriture."

Pourtant, la veille de Noël, la vie de Mary a changé pour toujours

Le 15 décembre, la guerre a éclaté dans la capitale du Soudan du Sud, Juba, et s'est étendue rapidement à l'ensemble du pays. En à peine quelques jours, les états du Jonglei, d'Unité, et du Haut Nil ont été touchés par les violences. Le 24 décembre, Panyang, la ville de Mary, située au Nord du pays, était à son tour affectée par le conflit.

Mary et sa famille ont trouvé refuge dans leur maison, priant pour garder la vie sauve. Mais en quelques heures, les soldats sont arrives et ont incendié les maisons et les cultures, abattus les animaux.

"Tout a été brûlé, réduit en cendres", raconte-t-elle.

Les hommes ont été arêtes et exécutés. Le mari de Mary, malgré son âge et son état de santé, a tenté de fuir avec sa famille, les mettant à l'abri dans la brousse à proximité. Il a ensuite dû retourner dans la maison pour récupérer quelques biens, mais à son retour auprès des siens, il s'est fait capturer et a été abattu.

Mary et sa famille ont alors commencé à se déplacer lentement à travers la brousse, la nuit, afin d'éviter d'être repérés. Fragile et aveugle, Mary se faisait guider par les voix des membres de sa famille.

"Je ne pouvais entendre que le son faible de leurs pleurs, j'avais besoin d'eux pour me guider", se souvient-elle.

Après un voyage de deux jours à travers la brousse, Mary et sa famille ont rejoint le camp de réfugiés de Yida, près de la frontière soudanaise

Après quelques semaines à dormir dehors, ils ont pu obtenir un peu d'espace dans l'abri d'une autre personne déplacée ayant eu la gentillesse de leur offrir un endroit où dormir.

Aujourd'hui, neuf mois après avoir fui sa maison, Mary est incapable de se déplacer sans l'aide de ses enfants ou de ses petits enfants qui passent beaucoup de temps à mendier, à ramasser du bois ou à cueillir des plantes pour se nourrir. Pour elle, la vie est presque impossible. Sans culture, bétail ni maison, ils doivent compter sur la générosité des autres pour survivre.

"Je me sens triste. Cette maison n'est pas la mienne. Nous avons presque tout perdu, y compris mon mari", nous explique-t-elle. "Je comptais sur lui pour m'aider depuis que j'ai perdu la vue."

"Maintenant, je n'ai plus de source de revenus. A part quelques herbes sauvages que je peux manger, pour le reste nous devons mendier auprès de gens qui nous aident, au jour le jour."

CARE a fourni à Mary et à sa famille des graines et les outils nécessaires pour les cultiver

Ils ont ainsi pu commencer à cultiver des légumes (oignons, tomates, aubergines) dans l'espoir d'avoir suffisamment à manger au cours des prochains mois et peut-être la possibilité de vendre le surplus sur le marché voisin.

Même si Mary et sa famille espèrent le retour de la paix au Soudan du Sud, leurs pensées se focalisent sur leurs besoins de base pour survivre.

"Notre espoir est tout simplement de survivre. Sans maison, sans nourriture, nous ne pouvons rien faire. Je veux juste survivre, avoir une maison et de la nourriture".

CARE au Soudan du Sud

On estime à 1,5 millions le nombre de Sud-Soudanais ayant fui leurs maisons depuis le début du conflit en décembre 2013. Plus de 480 000 d'entre eux ont fui vers l'Ethiopie voisine, le Kenya, le Soudan et l'Ouganda. Les déplacements massifs, l'insécurité et les conflits rendent ces populations vulnérables face à la famine qui affecte près de 4 millions de personnes.

CARE apporte un soutien médical et une aide sanitaire, mais distribue également de la nourriture aux enfants souffrant de malnutrition, des semences et d'autres biens de première nécessité aux familles dans les états d'Unité, du Haut-Nil et du Jonglei.