02 octobre 2014

Crise syrienne : « Les personnes qui se réfugient en Turquie sont désespérées ».

Terrifiés et épuisés, plus de 140 000 personnes ont fui les violences de la ville de Kobane en Syrie pour rejoindre la Turquie. CARE est sur place pour aider les réfugiés, alors que de plus en plus de gens arrivent chaque jour et ont besoin de soutien.
Découvrez les témoignages de réfugiés recueillis par nos équipes en Turquie.

Ismail Yousef Hessi, 70 ans, tient un sac en plastique contenant son traitement médical pour quelques jours

Ismail Yousef Hessi, 70 ans, a fui Kobane. Malade, il attend assis près d'un sac ne contenant que quelques jours de traitement. © Kathryn Ricards / CARE

Les larmes lui montent aux yeux et il détourne le regard, désespéré. Il vit désormais avec avec huit autres adultes et plusieurs enfants. Dans les jours suivants, 25 personnes supplémentaires viendront partager cet espace exigu. Mariam, 25 ans, aussi est malade, sa peau est jaunie et elle semble épuisée.

« Kobane a été bombardée, nous avons eu peur et nous avons dû partir. Nous manquions de temps et nous avons fui avec les seuls vêtements que nous portons. Mon oncle est malade donc on nous a laissés partir, mais nous avons de la famille qui dort à la frontière. Quand les bombardements sont terminés, les gens rentrent chez eux dans la journée pour aller chercher de la nourriture. 

Il ne reste à mon oncle que quelques jours de traitement et je suis malade également, j'ai une hépatite, mais puisque nous sommes partis sans nos papiers, nous ne pouvons pas obtenir de médicaments.
Autrefois, Kobane était pacifique et les habitants du reste de la Syrie, en guerre, y venaient pour être en sécurité. Mais désormais, nous aussi devons fuir.

Nous n'avons aucune idée de ce qu'il va se passer ensuite, nous espérons simplement que la situation va s'améliorer car, ici, nous n'avons pas de revenus. Nous voulons la paix car la situation est vraiment terrible pour nous ici. »

Suleyman Aiyab, 26 ans, est étudiant à Kobane et aide CARE à réaliser des évaluations des besoins des réfugiés.

« J'ai vu des gens dormir à la frontière et rentrer chez eux, à Kobane, le matin, s'ils le peuvent. La situation est critique : ils ont besoin de médicaments, ils n'ont pas d'eau, pas de nourriture, pas d'électricité. Même un mode de vie modeste est impossible à cause de cette guerre.

Ils dorment à des endroits où il peut y avoir des mines. Ce sont des mines anciennes, mais hier j'ai vu un jeune garçon marcher sur l'une d'entre elles et être grièvement blessé.

La situation psychologique est terrible pour les personnes vivant à la frontière, il faut faire quelque chose pour les aider. Je suis retourné à Kobane hier pour essayer d'être utile. Les personnes qui se réfugient en Turquie sont désespérées, elles vivent dans des parcs, boivent de l'eau sale, mais les habitants essaient de les aider en leur donnant de l'eau et des couvertures.

Ces personnes ont besoin de tout puisqu'elles n'arrivent qu'avec les vêtements qu'elles portent. Par exemple, une famille est arrivée avec seulement 200 livres syriennes (1 euro). Elles arrivent de Kobane en Syrie sans chaussures et dans la peur de mourir. Elles craignent aussi les maladies qui se propagent facilement puisqu'elles vivent et dorment entassées : si une personne tombe malade, tous tombent malades ».

Hasan Izada, 38 ans, est chauffeur et originaire de Kobane. Il est arrivé il y a quelques jours à Nizip avec huit autres familles.

Enfants ayant fui Kobane, réunis dans un entrepôt de Nizip faisant office de logement. © Kathryn Ricards / CARE

 Ils ont trouvé refuge dans trois pièces de béton brut qui semblent auparavant avoir servi d'entrepôt.

« Quand les combats se sont rapprochés de chez nous, nous nous sommes enfuis. Il y avait beaucoup de personnes blessées et de voitures brûlées dans la rue et nos maisons ont été détruites.

Nous avons tout laissé derrière nous et sommes partis avec mes enfants. Nous n'avons rien emporté hormis les vêtements que nous avions sur nous.

Le passage de la frontière a été difficile : nous avons dû attendre sept heures, il y avait tant de personnes qui attendaient pour se rendre en Turquie, mais tout le monde n'a pas pu passer. De plus, il y a des mines tout au long de la frontière. Elles sont anciennes, mais nous avons vu des personnes marcher dessus et perdre leurs jambes ou leurs bras. Même les voitures qui passaient dessus explosaient.

Nous connaissions quelqu'un à Nizip et il nous a proposé de venir chez lui. Mais nous ignorons ce qu'il va se passer ensuite ».

Quatre femmes et leurs enfants sont assis sur une couverture élimée dans une pièce de béton de trois mètres sur deux sans électricité ni porte, excepté un rideau en lambeaux.

Kamal, un mois et demi, est arrivé en Turquie tout juste après sa naissance. © Kathryn Ricards / CARE

Voilà leur nouvelle maison à Nizip. Kamal, un bébé d'à peine 40 jours est dans les bras de sa mère, Halima Ali, qui raconte leur histoire :

« Nous vivons tous ensemble dans cette pièce. Les enfants ont une maladie de la peau, mais nous ne pouvons pas leur obtenir de traitement. Nous n'avons pas de nourriture et nous devons acheter des aliments avariés au marché car c'est ce que nous pouvons trouver de moins cher. Nous emmenons donc les enfants dans la rue pour mendier.

Nous sommes arrivés de Damas dans un véhicule rempli d'animaux. Mon bébé n'avait alors que trois jours, c'est pourquoi il nous fallait un endroit sûr.  La plupart de nos maris sont restés en Syrie, mais nous sommes davantage en sécurité ici.

Nous avons laissé une vieille dame rester avec nous ; elle n'a nulle part où aller donc tous les jours elle va dans une maison différente ».

Suria Masa est entourée de ses petits enfants, à Nizip.

 « Après le massacre de Homs, nous avons dû partir. Notre maison a été détruite, donc nous avons marché et pris des voitures jusqu'à la frontière. Désormais, nous sommes treize à vivre dans trois pièces. Quand mes enfants arrivent à travailler, nous avons de la nourriture, sinon nous n'avons rien et mes petits-enfants ont faim. Tant qu'il n'y aura pas la paix en Syrie, nous ne pourrons pas rentrer. »

À la demande des personnes interviewées, les noms ont été changés.

L'action de CARE

CARE effectue actuellement des évaluations en coordination avec les autorités turques et d'autres organisations pour soutenir les réfugiés nouvellement arrivés. CARE distribue de la nourriture, des couvertures et des articles d'hygiène aux réfugiés qui en ont besoin.

CARE a soutenu plus d'un demi-million de réfugiés syriens en Jordanie, au Liban, en Egypte et en Syrie depuis le début de la crise.