06 octobre 2014

Soudan du Sud : la reprise imminente des combats augmente les risques de famine

Les organisations humanitaires craignent que les récentes améliorations soient réduites à néant, alors que le nombre de personnes souffrant de malnutrition sévère augmentera d'un million au cours du premier trimestre 2015.

Plusieurs organisations humanitaires lancent aujourd'hui un cri d'alarme.

Si, comme on peut s'y attendre, le conflit qui dure depuis neuf mois s'aggrave, l'état de famine pourrait être déclaré au début de l'année prochaine dans plusieurs régions du Soudan du Sud, pays déjà touché par la plus grave crise alimentaire au monde.

Les organisations craignent que les efforts déployés cette année pour prévenir une détérioration de la crise ne soient réduits à néant, les factions rassemblant actuellement leurs troupes pour reprendre les combats une fois la saison des pluies terminée ce mois-ci.

La faim devrait dangereusement s'aggraver. Selon les prévisions, le nombre de personnes touchées augmentera d'un million entre janvier et mars de l'année prochaine.

Dans le rapport « From Crisis to Catastrophe » (De la crise à la catastrophe), publié aujourd'hui, les organisations humanitaires appellent les États voisins et l'ensemble de la communauté internationale à redoubler les efforts au niveau diplomatique, et notamment à imposer un embargo sur les armes, afin de véritablement faire pression sur les parties au conflit pour que celles-ci mettent fin aux combats. Selon elles, la frilosité de la communauté internationale dans les négociations de paix n'a pas permis d'assurer un cessez-le-feu significatif.

Il est nécessaire non seulement d'accroître la quantité de l'aide, mais aussi d'améliorer sa qualité.

« Si la famine gagne le Soudan du Sud, ce sera par la force des fusils », déclare Tariq Reibl, responsable du programme d'Oxfam au Soudan du Sud. « C'est une crise d'origine humaine ; elle n'est pas causée par les aléas climatiques. L'aide humanitaire est certes essentielle, mais elle ne peut pas régler un problème politique. La communauté internationale est bien plus efficace quand il s'agit de sauver des vies que d'aider à résoudre les problèmes politiques qui mettent des vies en danger. Neuf mois d'une approche frileuse des négociations de paix n'ont mené à rien. Si la communauté internationale souhaite vraiment éviter la famine, elle doit prendre des mesures diplomatiques fortes pour amener les deux parties à mettre fin aux combats. »

Les organisations humanitaires constatent qu'un effort humanitaire conséquent, conjugué à l'arrêt des combats pendant la saison des pluies et à la capacité de la population sud-soudanaise à surmonter les épreuves a permis d'éviter la famine pour le moment. Elles avertissent cependant qu'une fois la saison des pluies terminée, les combats vont probablement reprendre, avec pour conséquence le recul des progrès accomplis ces derniers mois et le basculement de régions entières dans la famine d'ici au mois de mars 2015.

Depuis le début du conflit actuel au Soudan du Sud, en décembre 2013, le pays est au bord de la catastrophe.

Cependant, l'aide internationale, largement financée par les États-Unis, le Royaume-Uni et l'Union européenne, qui représentent 60 % des dons, a sauvé des milliers de vies. La Mission des Nations unies au Soudan du Sud a ouvert ses bases à environ 100 000 civils, les protégeant ainsi des violences ethniques, et les négociations de paix menées par les voisins du Soudan du Sud ont failli aboutir à un accord.

Dressant un bilan de l'année 2014, Aimee Ansari, directrice de CARE au Soudan du Sud, souligne :

« Le Soudan du Sud a échappé de justesse à la famine cette année. C'est en partie dû à l'aide humanitaire, mais aussi dans une large mesure à la force, à la résilience et à la générosité de la population sud-soudanaise.
Mais celle-ci est à présent au bout du rouleau. On ne peut vendre tout son bétail qu'une fois. Manger les graines initialement prévues pour les prochaines cultures permet d'échapper aux affres de la faim pour le moment, mais cette réponse aux besoins impérieux du présent hypothèque l'avenir. Les Sud-Soudanais ont fait leur possible pour survivre cette année ; mais c'est au prix d'une plus grande vulnérabilité l'an prochain. Il faut mettre un terme aux combats pour qu'ils puissent recommencer une vie normale ».

Nombre des 1,4 million de personnes déplacées se trouvent confrontées à un avenir incertain. Les combats ont perturbé les marchés et fait grimper les prix alimentaires. L'accès aux rivières est désormais interdit aux pêcheurs. Les vols ou la nécessité de vendre, même au rabais, ont dépouillé les éleveurs de leur bétail. Pour beaucoup, la reprise attendue des combats une fois la saison des pluies terminée, en octobre, sera le comble.

La nécessité de fonds supplémentaires

Les organisations humanitaires appellent les pays donateurs à participer pleinement aux appels de fonds des Nations unies pour financer les opérations humanitaires au Soudan du Sud et la réponse à la crise des réfugiés dans les pays voisins. Elles soulignent également la nécessité d'améliorer la qualité de l'aide. Celle-ci doit être acheminée là où se trouvent les personnes dans le besoin, et non là où l'accès est plus facile. L'aide doit également renforcer les moyens mis en œuvre par la population pour faire face à la crise et lui permettre de mieux se préparer à d'éventuelles crises à l'avenir.

Les organisations humanitaires invitent en outre le gouvernement sud-soudanais, l'opposition et les autres groupes armés à cesser immédiatement les combats et à œuvrer à un accord de paix durable. Toutes les forces armées doivent arrêter leurs attaques contre la population civile, ne plus utiliser d'enfants soldats et permettre au personnel humanitaire d'accéder en toute sécurité aux personnes qui ont besoin d'aide.

CARE au Soudan du Sud

Présente depuis 1993 dans cette région, l'ONG CARE au Soudan du Sud mène des programmes dans les Etats de Jonglei, du Nil supérieur et Unité.

CARE soutient près de 50 centres de santé. CARE assiste également les déplacés et les communautés hôtes par des distributions et des programmes de santé et d'assainissement.
Nos équipes mènent aussi des programmes de renforcement de la sécurité alimentaire dans les régions de Twic East, Duk et Uror.

CARE agit également pour prévenir les violences basées sur le genre et offre aux femmes et aux jeunes filles des services de santé sexuelle et reproductive.

Contact presse

Rozenn Tanguy, CARE France : tanguy@carefrance.org / 01 53 19 87 61
Sally Cooper, CARE : scooper@ss.care.org / +211 955 199 374