17 octobre 2014

Liban : « Se réveiller chaque jour en regrettant son pays », témoignage d'une réfugiée syrienne bénévole pour CARE

Lamis, 22 ans, est bénévole pour CARE au Liban. Elle nous parle de son pays d'origine, la Syrie, de ses rêves d'avenir sacrifiés et de la façon dont elle vient en aide aux autres réfugiés.

Je n'ai eu que quelques minutes pour quitter ma maison.

J'ai pris mes clés, comme mon grand-père en 1948 lorsqu'il a dû fuir sa maison en Palestine. Je me souviens m'être demandé : « Serais-je comme toi grand-père ? Ne reverrai-je jamais ma maison, comme tu n'as jamais revu la tienne ? »

C'est dur de se réveiller chaque jour en regrettant son pays. On ne peut pas expliquer pourquoi on se sent si fatigué et nostalgique. On reste là, sans voix. Comment trouver les mots pour expliquer ce que l'on ressent quand on doit quitter sa maison ?

J'avais l'habitude de prendre mon petit-déjeuner dans un endroit si tranquille que les seules choses qu'on pouvait entendre étaient une fontaine et les oiseaux, chantant à l'unisson avec Fairouz. J'ai également la nostalgie des soirées au mont Qassioun avec ses petites maisons et sa brise légère qui donne à l'âme une force nouvelle. Mes proches, mes amis et mes livres me manquent. Mais ce qui me manque le plus, c'est mon université.

À cause de la guerre, j'ai dû renoncer à mes rêves, à ma vie et à tout ce que j'aimais.

La guerre m'a plongée dans une torpeur et je me suis réveillée réfugiée au Liban, en réalisant que ma vie avait été bouleversée : ma maison n'est pas chez moi ; mon lit n'est pas le mien. J'ai l'impression d'avoir perdu des années de ma vie et de ne pas savoir quand ni comment recommencer à vivre. J'en souffre tellement que, parfois, je voudrais simplement retourner en Syrie, même si je sais que je n'y survivrai probablement pas.

Il y a deux mois, je suis devenue bénévole pour l'ONG CARE au Liban.

L'ONG CARE vient en aide aux réfugiés syriens au Liban

J'aide les équipes de CARE à évaluer les besoins des réfugiés dans la région du mont Liban afin de soutenir les familles les plus vulnérables.

Je voulais aider mon peuple, m'occuper et oublier la guerre.

J'ai vu des enfants qui doivent apprendre à vivre sans leur père, des personnes ayant perdu un bras ou une jambe. J'ai vu des familles vivant dans des bâtiments délabrés ou inachevés et ne sachant pas comment payer leur prochain repas. Je suis admirative de leur force, de leur capacité à surmonter cette situation.

Je me demande parfois si les rues et les maisons syriennes que je vois dans mes rêves existent encore ou s'il reste un sourire n'ayant pas été remplacé par une larme. Reste-t-il un coeur n'ayant pas été brisé ou un enfant n'ayant pas perdu ses parents ?

J'ai appris à considérer le peu qu'il me reste comme un trésor.

Grâce à mon expérience avec CARE, je suis fière d'être une femme palestino-syrienne capable d'aider son peuple quand il en a besoin. Syrie, je t'aime et je t'aimerais toujours, peu importe le temps que cela prendra pour rentrer.