22 octobre 2014

Le Conseil européen doit prendre ses responsabilités pour le climat

Les directeurs européens de l'ONG CARE demandent aux chefs d'Etat et de gouvernement de l'Union européenne d'adopter un cadre « ambitieux et contraignant » pour l'énergie et le climat lors du prochain Conseil européen des 23 et 24 octobre. Alors que la France accueillera en 2015 la 21e conférence mondiale sur les changements climatiques, l'Europe doit adresser un signal fort sur la question des énergies renouvelables et de la réduction des gaz à effet de serre.

Lettre ouverte aux chefs d'Etats de l'Union européenne

Par les directeurs européens de l'ONG CARE

Mesdames et Messieurs les chefs d'Etat et de gouvernement de l'Union européenne,

Nous vous demandons d'adopter un Cadre pour l'énergie et le climat qui soit ambitieux et contraignant, lors de la prochaine réunion du Conseil européen les 23 et 24 octobre. Il est absolument primordial que l'Europe s'engage sur la voie d'un objectif de 100 % d'énergies renouvelables et d'une disparition progressive de ses émissions de gaz à effet de serre d'ici 2050.

Non seulement, le dernier rapport du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC) a de nouveau insisté sur les risques immenses de l'inaction face au changement climatique, mais l'attention du monde entier est désormais tournée vers l'Europe. En 2015, la France accueillera la COP21 dont les résultats seront décisifs pour rester sous le seuil de 1,5°C de réchauffement. C'est pourquoi, nous vous demandons d'assurer un fort leadership européen sur cette problématique et ce dès aujourd'hui. Les positionnements de l'Union européenne deviendront une référence pour les autres pays et pourront contribuer à élever le niveau d'ambition à l'échelle internationale.

En particulier, nous vous demandons de :

  • Vous assurer que la progression de l'objectif européen vers une réduction des émissions de gaz à effet de serre de plus de 40 % d'ici 2030 reste une option ouverte. L'UE peut et doit fixer son objectif à au moins 55 % de réduction.
  • Adopter un objectif européen contraignant de 40 % d'énergies renouvelables (soit au-delà des 27 % actuellement en discussion) et de 45 % en terme d'efficacité énergétique (au-delà des 30 % avancés jusqu'à présent).

La société civile s'est déjà fortement mobilisée pour exiger une action politique efficace contre le changement climatique. Malgré l'absence de nouveaux engagements significatifs lors du Sommet des Nations Unies sur le Climat du 23 septembre, ce dernier a insufflé une dynamique internationale sans précédent lors de laquelle plus d'un demi-million de citoyens se sont rassemblés.

Récemment de grandes entreprises (ACTIAM, ASN Bank, Eneco Group, Heijmans, IKEA Group, Interface, Philips, SPAR Austria Group, Swarovski, Unilever, Zwitserleven) ont également pris position en faveur d'un cadre européen ambitieux et appelé à atteindre les trois objectifs que nous défendons. Des analyses comme celles avancées dans le New Climate Economy Report ont par ailleurs démontré qu'action climatique et développement économique peuvent aller de pair et se renforcer mutuellement, tout en bénéficiant aux populations les plus pauvres.

Le changement climatique est le principal défi de notre époque. C'est également la menace la plus sérieuse sur nos actions de lutte contre la pauvreté, de développement durable et de défense des droits humains. Car même, si les populations les plus pauvres contribuent peu à la production des émissions de gaz à effet de serre responsables du changement climatique, ce sont elles qui en subissent le plus les conséquences. Des milliers de personnes ont récemment été touchées par des catastrophes naturelles telles que des inondations en Inde, au Népal et au Pakistan ou des sécheresses en Éthiopie et au Sri Lanka. Le changement climatique est une grande injustice sociale et la France, pays des droits de l'Homme, se doit d'avoir une position forte sur cet enjeu.

L'UE doit contribuer de manière équitable au financement international de la lutte contre le changement climatique afin d'aider les pays en développement à évoluer vers un modèle bas carbone et résilient au changement climatique. Nous appelons donc la France et les autres gouvernements européens à faire part dès la COP de décembre 2014 de propositions visant à augmenter de manière significative la contribution financière de l'UE.

Les prochains mois seront déterminants. D'ici mars 2015, chaque pays et groupe de négociations devra annoncer sa contribution dans la lutte contre le changement climatique (Intended Nationally Determined Contributions). L'ensemble de ces engagements sera ensuite analysé individuellement et collectivement pour savoir si cela permettra de rester sous la barre des 1,5°C de réchauffement et si la répartition de l'effort a été faite de manière équitable. La réunion de cette semaine est donc l'occasion pour l'UE de donner un signal fort au reste du monde et de mettre en avant les ambitions européennes dans la lutte contre le changement.

Le 24 octobre, il vous reviendra de démontrer que vous êtes désormais prêts à prendre vos responsabilités et à défendre réellement les droits des plus vulnérables.

Les directeurs européens de l'ONG CARE:
Andrea Wagner-Hager, Autriche
Jan Kejzlar, République tchèque
Niels Tofte, Danemark
Philippe Lévêque, France
Karl-Otto Zentel, Allemagne-Luxembourg
Frederic Haupert, Luxembourg
Perry Heijne, Pays-Bas
Laurie Lee, Royaume-Uni

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