21 novembre 2014

Cameroun : aider les réfugiés centrafricains à surmonter les traumatismes des massacres.

132 000 Centrafricains ont trouvé refuge au Cameroun. La plupart ont fui dans la précipitation les combats et les massacres. Beaucoup souffrent de traumatismes liés aux violences dont ils ont été témoins. Nos équipes ont rencontré Jamila et son fils Paul, réfugiés dans le camp de Timangolo. Ils reçoivent une aide psychosociale de la part des équipes de CARE. Un récit de Pauline Hédé, du pôle urgences de CARE France.

L'ONG CARE vient en aide aux réfugiés centrafricains
2014 / CARE

Jamila a perdu deux de ses fils lors de massacres en Centrafrique

Jamila*, professeure, et son fils Paul de 16 ans ont dû fuir leur maison, abandonner leurs proches et tous leurs biens pour échapper à la mort.

Jamila venait à peine de perdre son mari lors d'affrontements lorsque sa maison a été attaquée. 

« Des hommes armés ont tiré sur mes trois fils et moi. Paul a vu son petit frère mourir dans ses bras. Son deuxième frère a également été tué. Les hommes armés s'apprêtaient à brûler notre maison quand nous nous sommes échappés sous les balles et les coups de machette », se souvient Jamila.

Paul, le fils de Jamila, a passé 12 heures, blessé, dans un trou profond

L'ONG CARE vient en aide aux réfugiés centrafricains
2014 / CARE

En me racontant son histoire, Jamila lance plusieurs regards à sa main gauche et ses trois doigts amputés. Jamila a été touchée d'une balle avant de passer la nuit dehors, cachée, à quelques kilomètres de sa maison. Lorsqu'elle fut retrouvée le lendemain, Jamila était inconsciente et fut emmenée à l'hôpital.

Paul, lui, a le regard tourné vers le sol. Il peine à formuler les quelques phrases qui expliquent les atrocités qu'il a subies. 

« Dans ma fuite, j'ai reçu des coups de machette à la tête, aux bras et aux mains. Je suis tombé dans un trou très profond. Les hommes qui nous attaquaient m'ont laissé pour s'attaquer à d'autres familles. Je ne pouvais pas bouger. J'avais peur et j'étais triste. Je ne savais pas ce qui se passait. Je suis resté dans ce trou pendant 12 heures », raconte Paul. 

Une équipe chargée de récupérer les corps l'y a trouvé, pétrifié et ensanglanté. Cette cache lui a sauvé la vie mais ne l'a pas protégé du traumatisme d'avoir vécu de telles atrocités. Il gardera l'image de ses frères sans vie, la douleur physique et les cicatrices. Mais plus que tout, c'est le désarroi et la colère qui l'accablent encore aujourd'hui.

Jamila et Paul ont voyagé plusieurs jours pour fuir les violences

Ni Jamila, ni Paul, n'évoquent la perte de leur ancienne vie et de leur famille restée en Centrafrique. Pourtant douloureuse, cette tristesse semble dominée par les horreurs auxquelles ils ont assisté.

Aujourd'hui, cela fait plusieurs mois que Paul et Jamila ont rejoint le camp de Timangolo. Ils ont pris part à un convoi humanitaire avant de terminer leur voyage en marchant plusieurs jours. 

CARE les aide désormais à surmonter leurs traumatismes

Ils sont désormais pris en charge par des psychologues de CARE, qui les aident à réapprendre à vivre et à gérer les scènes de violences qui les hantent nuit et jour.

Jamila exprime son soulagement d'avoir quelqu'un qui l'écoute, qui l'aide à surmonter le deuil de ses fils et à évacuer ce traumatisme qui la ronge. 

Ce qu'elle souhaiterait aujourd'hui ? Rejoindre son frère dans une ville à près de 3 heures de Timangolo, retrouver les demi-frères et sœurs de Paul, réfugiés dans d'autres sites au Cameroun, et pouvoir retrouver une vie de famille ainsi qu'une activité économique. Paul, quant à lui, souhaiterait juste retourner à l'école.

* Les noms ont été modifiés

L'action de CARE

Les équipes de CARE soutiennent les réfugiés installés dans 4 sites de l'Est du Cameroun. CARE mène des programmes d'accès à l'eau et d'assainissement ainsi que des activités de soutien psychosocial. CARE soutient également les populations camerounaises dont les ressources limitées sont confrontées à une pression supplémentaire.