26 juin 2017

À travers mes yeux de réfugiée : « On voit des enfants courir avec des chaussures abimées ou pieds nus. »

Emene, 22 ans, Afghane, fait partie des milliers de réfugiés bloqués en Grèce. Alors qu'elle vivait en Iran, elle et l'homme qu'elle aimait ont décidé de fuir pour se marier et trouver du travail. En photos, découvrez son quotidien et celui des enfants des camps. 

« En tant qu’Afghans, nous ne pouvons pas bénéficier du programme européen de relocalisation.  »

© 2017 / CARE

Je suis née en Afghanistan. Avant d’arriver en Grèce, j’étais réfugiée en Iran où je travaillais comme couturière. Là-bas, les réfugiés afghans font face à de nombreuses restrictions. Je n’avais même pas le droit de me marier avec l’homme que j’aimais. Alors nous avons décidé de fuir. C’était en 2015. Nous sommes restés en Turquie pendant deux mois et nous nous sommes mariés. Puis, nous avons voulu venir en Europe pour avoir une vie meilleure. Et désormais, je peux aller l’école. Mon mari travaille comme tailleur quand il le peut. J’aimerais trouver un emploi de couturière mais c’est très compliqué, essentiellement parce que je ne parle pas grec.

En tant qu’Afghans, nous ne pouvons pas bénéficier du programme européen de relocalisation. Lorsque les frontières de la route des Balkans se sont fermées en mars 2016, la seule option qui nous restait était de demander l’asile en Grèce. J’ai vécu plusieurs mois dans le camp de réfugié d’Elliniko qu’on voit sur ces photos. Ce fut l’une des choses les plus difficiles que j’ai vécues. 

« J’ignorais ce qui allait se passer. Ça me rendait folle. »

© 2017 / CARE

Parfois, j’étais très stressée. J’ignorais ce qui allait se passer. Ça me rendait folle. Je ne savais pas s’ils allaient accepter ma demande d’asile ou combien de temps nous allions vivre dans ces conditions. Si maintenant, de magnifiques fleurs poussent entre les tentes, nous avons eu très froid et d’autres fois nous avons souffert de la chaleur.

En même temps, vivre dans le camp, c’est comme vivre dans un petit village. Je m’y sentais en sécurité. Et puis, j’ai échappé à la guerre. Alors je me disais que, oui, je pouvais survivre au reste. 

« Ils tentent de rester des enfants. »

© 2017 / CARE

Mais je suis triste pour les enfants qui vivent toujours dans le camps. Ils jouent avec tout ce qu’ils peuvent trouver. Des cailloux remplacent les ballons. Ils utilisent les grandes collines du camp comme terrain de jeux pour des glissades. On les voit courir partout avec leurs chaussures abimées ou pieds nus. Ils tentent de rester des enfants. Partout où c’est possible, ils attachent des vêtements entre des piliers pour en faire des balançoires. 

« Je souhaite qu’eux et leurs parents aient une vie meilleure. »

© 2017 / CARE

Je suis également triste pour leurs parents qui se sentent déprimés parce qu’ils ont abandonné leurs rêves. Je suis triste pour toutes ces mères qui doivent attendre plus de deux heures pour avoir de l’eau chaude pour leurs enfants, afin qu’ils puissent se doucher ou pour laver les vêtements de leurs bébés. Je ne blâme pas les parents qui laissent leurs enfants courir pieds nus. Ou ceux qui les laissent s’amuser avec des objets qui peuvent être dangereux. Ils sont juste épuisés.

J'espère juste que mon ancien petit voisin de deux ans, et tous les autres enfants, pourront bientôt quitter le camp. Je souhaite qu’eux et leurs parents aient une vie meilleure. Une vie sûre, pleine de joie. Celle pour laquelle ils se battent.  

Cette histoire fait partie d’une série de témoignages photographiques intitulée « À travers mes yeux de réfugiée », initiée par l’ONG CARE, en collaboration avec le centre social Melissa et avec le soutien de la Commission européenne. Trois femmes et jeunes filles réfugiées décrivent leur vie quotidienne en Grèce. 

CARE apporte une aide d'urgence aux réfugiés bloqués en Grèce. Le centre Melissa soutient l'intégration des réfugiées en Grèce.