04 juillet 2017

À travers mes yeux de réfugiée : « Je souhaite qu'un jour nous soyons tous sains et saufs, entourés des personnes que nous aimons. »

Leila, 22 ans, est réfugiée afghane en Grèce. En photos, elle partage avec nous les difficultés de son quotidien mais aussi ses rêves et ses espoirs. 

« On nous avait dit qu'en Allemagne, les réfugiés étaient libres. »

L'association humanitaire CARE aide les réfugiés en Grèce
© 2017 / CARE

Quand la guerre a commencé en Afghanistan, dans mon pays, les filles ne pouvaient plus aller à l'école. Nous étions obligées de rester à la maison toute la journée. Alors ma famille a décidé de fuir en Iran. Mais là-bas, les réfugiés afghans ne sont pas bien accueillis. Nous n’avions pas de statut légal et vivions dans la peur d'être expulsés. 

Nous avons décidé de continuer notre voyage et d’aller en Allemagne. On nous avait dit qu'en Allemagne, les réfugiés étaient libres, qu’ils pouvaient étudier et travailler, qu'ils n’avaient pas les mêmes problèmes que ceux arrivés en Iran. Mais, à cause de la fermeture des frontières européennes, nous avons été piégés en Grèce.

Aujourd’hui, nous vivons dans le camp d’Elliniko qui accueille une centaine de réfugiés de toutes nationalités. On m’a dit que c’était un ancien complexe olympique. Il y a d’anciens stades de baseball ou de hockey un peu partout. Maintenant, ils sont recouverts de rangées de tentes. Cet endroit est devenu ma maison. 

« Ce n’est pas évident de partager un si petit espace avec autant de personnes. »

L'association CARE apporte une aide d'urgence aux réfugiés en Grèce
© 2017 / CARE

Ma famille, constituée de cinq personnes, vit dans l’une de ces tentes. Ce n’est pas évident de partager un si petit espace avec autant de personnes. Vous n’avez aucun moment pour vous. Vous n’êtes jamais seule. Beaucoup de réfugiés sont frustrés par cette situation, parce que les conditions de vie sont difficiles et qu’ils ne savent pas ce que sera leur avenir. Alors, parfois, des bagarres éclatent. Aujourd’hui, ce camp est en train d’être évacué. Nous serons peut-être envoyés dans un autre camp.

Mais j’espère que ma famille aura le droit de rejoindre ma petite sœur de 16 ans qui vit en Allemagne. Elle aussi vit dans un camp mais elle va à l’école et apprend plein de nouvelles choses. Si nous avons de la chance, nous aurons droit de bénéficier de la procédure de réunification familiale et nous pourrons nous retrouver enfin. 

« Les enfants s’amusent avec tout ce qu’ils trouvent : des boîtes de conserves vides, des cailloux.... »

© 2017 / CARE

Même si notre situation actuelle n’est pas facile, ce n’est pas si grave pour moi. Je suis adulte alors je comprends notre situation et je sais pourquoi nous en sommes là. Mais je m'inquiète pour les enfants. 

Ils n'ont pas de jouets ou de terrains de jeux. Ils s’amusent avec tout ce qu’ils trouvent : des boîtes de conserves vides, des cailloux... Parfois, quand il fait trop chaud, il est impossible de rester à l’intérieur de la tente alors les enfants vont jouer au bord de la mer.

« J’apprécie cette liberté ! »

CARE, association humanitaire, soutient les réfugiés afghans en Grèce
© 2017 / CARE

De mon côté, j’aime faire de longues promenades en dehors du camp. En Afghanistan et en Iran, je ne pouvais pas aller où je voulais et je devais toujours être accompagnée par un homme. J’apprécie cette liberté ! 

Au début, je ne me sentais pas très à l'aise. J’avais l’impression que les gens me dévisageaient. Quand je m'asseyais sur un banc, il arrivait que la personne à côté de moi parte. Mais, au fil des jours, les choses ont commencé à changer. J’ai réalisé que c’était moi qui ne me sentais mal à l'aise et non les Grecs que je rencontrais.

Très souvent, je fais de longues promenades près de la mer et dans le centre-ville. Je me sens alors mieux. J'adore le fait qu’il y ait des fleurs partout. Je me rends compte à quel point la vie qui m’entoure est belle. Comme ce couple que j’ai rencontré près de l'Acropole : ils sont en sécurité et s’aiment. Je souhaite qu'un jour nous soyons tous comme eux : sains et saufs, entourés des personnes que nous aimons.

Cette histoire fait partie d’une série de témoignages photographiques intitulée « À travers mes yeux de réfugiée », initiée par l’ONG CARE, en collaboration avec le centre social Melissa et avec le soutien de la Commission européenne. Trois femmes et jeunes filles réfugiées décrivent leur vie quotidienne en Grèce. 

CARE apporte une aide d'urgence aux réfugiés bloqués en Grèce. Le centre Melissa soutient l'intégration des réfugiées en Grèce.