25 janvier 2021

Sommet adaptation climat : promesses non tenues et surestimation des financements, déplore l’ONG CARE

L’ONG CARE déplore le manque d’engagements concrets et financiers de la part de près de 40 États et institutions financières, aujourd'hui, lors de la session d’ouverture du Sommet Adaptation Climat. D’autant plus qu’un nouveau rapport de l’ONG vient de révéler que de nombreux pays développés - dont la France - ont sciemment et largement surestimé leurs précédents financements en matière d’adaptation. Réaction de notre experte climat, Fanny Petitbon : 

Les pays riches ont triché dans leurs déclarations financières

Force est de constater que cette session d’ouverture est un rendez-vous manqué, alors même que c’était le moment clef de ce Sommet. Aucun nouvel engagement concret et ambitieux n’a été annoncé pour soutenir l’adaptation des pays les plus vulnérables. Pourtant, nous sommes loin du compte. 

Dans un rapport publié la semaine dernière, CARE a mis en évidence que, contrairement à leurs déclarations, les pays riches et institutions internationales n’ont en réalité fourni qu’un cinquième du montant promis d’ici à fin 2020. Depuis des années, les pays les plus riches trichent en surestimant sciemment et régulièrement leurs investissements en faveur de l’adaptation : 42% des financements déclarés entre 2013 et 2017 ne concernent en réalité pas des actions d’adaptation, voire ne devraient pas être reliés à la lutte contre le réchauffement climatique. CARE a ainsi analysé les financements alloués par les pays développés à 112 des plus gros projets d’adaptation mis en place en Asie et Afrique.  

Des rendez-vous annuels mais pas d'engagements financiers

Si CARE salue l’agenda de l’action pour l’adaptation lancé aujourd’hui - qui prévoit un point d’étape annuel sur les avancées réalisées en matière d’adaptation - l’absence de nouvelles contributions financières jette plus qu'un doute sur le véritable engagement des États et institutions financières. Nous déplorons notamment leur manque de soutien aux actions d’adaptation pilotées par les communautés locales des pays du Sud et à celles visant à lutter contre les inégalités de genre. 

Aucun écho n’a donc été réellement donné à l’appel du Secrétaire général des Nations unies d’accélérer et d’amplifier le soutien à l’adaptation. Antonio Guterres a pourtant rappelé que les besoins augmentent à toute vitesse et qu'il s’agit d’un impératif moral de justice climatique. Car il y a véritablement urgence : les pays les plus vulnérables subissent de plein fouet les impacts du dérèglement climatique. En ce moment même, le cyclone Eloise s'abat sur le Mozambique et le Zimbabwe. Et les camps de déplacés en Syrie ont été détruits par de fortes inondations.  

Une seule nouvelle: l'Adaptation Action Coalition lancée lors du Sommet par le Royaume-Uni, l'Egypte, le Bangladesh, le Malawi, les Pays-Bas, Sainte Lucie et les Nations unies s'engage à concrétiser sur le terrain des engagements politiques en soutien direct aux populations vulnérables. CARE salue cette initiative et espère qu'elle se traduira rapidement en investissements tangibles.

La France doit faire plus en matière d'adaptation

Alors que des communautés vulnérables sont en danger, les enjeux de financement ne peuvent pas être relégués au second plan. CARE exhorte les gouvernements à revoir à la hausse leurs contributions financières en faveur de l’adaptation en amont de la COP26. Il faut également garantir une comptabilisation honnête et transparente. 

La France doit montrer l’exemple. Emmanuel Macron s’est contenté aujourd’hui d’annoncer le maintien du statu quo par rapport à 2019 : 6 milliards d’euros pour le climat et 1/3 de financements pour l’adaptation. Or CARE et le Réseau Action Climat appellent le gouvernement français à faire plus pour atteindre 8 milliards d’euros par an d’ici à 2025, dont la moitié pour l’adaptation et 35 % sous forme de dons.  

Contact médias

Des porte-paroles sont disponibles pour des interviews. Contactez Camille Nozières : nozieres@carefrance.org / 07 86 00 42 75

Notes aux rédactions

Pour consulter le rapport de CARE cliquez ici

  • L'évaluation menée par CARE - en collaboration avec des organisations de la société civile au Ghana, en Ouganda, en Éthiopie, au Népal, au Vietnam et aux Philippines – a porté sur les plus gros projets d’adaptation réalisés entre 2013 et 2017. Soit sur 112 projets soutenus par 25 bailleurs de fonds (dont Danemark, Etats-Unis, France, Italie, Japon, Royaume-Uni, Union européenne, Banque mondiale, Fonds Vert pour le Climat) qui représentent 10% des projets de cette période. Si le niveau de surdéclaration (42%) identifié dans cette analyse se retrouve appliqué aux financements pour l'adaptation alloués par les pays développés à l’ensemble des pays en développement en 2018, les estimations de l'OCDE passeraient de 16,8 milliards de dollars à 9,7 milliards de dollars seulement. 
  • Publié le 14 janvier 2021, un rapport des Nations unies sur les financements pour l’adaptation soulignent que de plus en plus de pays (72%) font des efforts en matière de planification à l’échelle nationale pour aider leurs populations à s’adapter mais que les financements actuels à destination des pays vulnérables sont tout à fait insuffisants et ne permettent pas de véritablement et durablement réduire les risques climatiques. Cette situation est d’autant plus préoccupante que les besoins actuels d’adaptation des pays en développement sont estimés à 70 milliards de dollars US par an, et qu’ils pourraient atteindre jusqu’à 300 milliards par an et 500 milliards par an, respectivement d’ici 2030 et 2050.  
  • L’Accord de Paris était le premier à intégrer et reconnaitre l’importance des enjeux de droit et humains et de genre en exigeant que les mesures d'adaptation «suivent une approche impulsée par les pays, sensible au genre, participative et totalement transparente, en tenant compte des groupes vulnérables, des communautés et des écosystèmes». C’est pourquoi pour l’élaboration de ce rapport CARE a également analysé si les projets prenaient en compte l'égalité des sexes et la réduction de la pauvreté. Or, fait inquiétant, 47% des projets d'adaptation dans les six pays n'intègrent pas l'égalité des sexes.