L’épargne, un moyen de réduire la vulnérabilité des plus pauvres ?

Philippe Lévêque, directeur général de CARE France, revient d'une mission au Bénin et a rencontré des bénéficiaires membres d'Associations d'épargne villageoise. L'occasion pour lui de revenir sur le rôle essentiel de l'accès aux services financiers dans la lutte contre la pauvreté.

« Le monde se remet doucement d'une crise économique et financière causée par l'accès facilité au crédit et le nombre excessif de prêts. Pourquoi les prêts accordés aux plus démunis de ce monde seraient-ils exempts de problèmes ? Les micro-dettes peuvent en effet avoir des répercussions néfastes sur les populations pauvres.

Le microcrédit est reconnu, à juste titre, comme un moyen de réduire la pauvreté dans le monde : il y a de nombreuses raisons de se réjouir des prêts bien plus intéressants que ceux proposés auparavant par les usuriers accordés à des millions de personnes. Beaucoup de femmes et d'hommes défavorisés ont pu démarrer des petites entreprises prospères et sortir de la pauvreté.

Récemment plusieurs études ont montré certains de ces emprunteurs défavorisés qui se retrouvaient piégés dans des spirales sans fin, criblés de dettes envers les institutions de micro-finance.

Depuis 20 ans CARE a développé une stratégie différente et complémentaire pour répondre aux besoins financiers des plus démunis : la promotion d'associations locales et indépendantes d'épargne et de crédit, gérées par les populations les plus pauvres, pour les  populations les plus pauvres. CARE considère que la micro épargne est un outil efficace dans la lutte durable contre la pauvreté.

Depuis 1991, CARE a formé plus de 3 millions de femmes et d'hommes défavorisés sur la manière de gérer l'épargne et le crédit au sein des associations Villageoise d'épargne et de crédit (connues sous l'acronyme AVEC en français). Ces milliers de groupes sont complètements indépendants des banques commerciales, sur les plans financier et institutionnel. Les emprunts sont uniquement fondés sur les économies des membres du groupe, sans apport d'argent extérieur.

Cela peut sembler étonnant que les personnes en situation d'extrême pauvreté puissent être capables d'épargner, mais le fait est que même les plus démunis economisent pour des évènements futurs prévus ou non prévus; la demande en termes d'assurance et de moyens sécurisés pour épargner est forte.

J'ai vu comment ces groupes d'épargne villageoise prospèrent et comment leurs membres améliorent leurs conditions de vie et celles de leur famille tout en gardant la tête haute. Je peux vous le certifier, ça marche. »

Et les résultats ?

Le fait d'être membre d'une association villageoise d'épargne et d'emprunt a un effet positif sur les revenus des familles pauvres, sur le taux de fréquentation de l'école par leurs enfants et sur l'autonomisation des femmes. L'expérience de CARE a montré que la micro-finance gérée par la communauté sous forme d'épargne peut jouer un rôle important dans la lutte contre la pauvreté, en réduisant la vulnérabilité aux risques de la vie.

De même, les membres de ces associations acquièrent une compréhension des principes de base en gestion, et éducation financière. Familiarisés avec les notions de prêt, de créance et de remboursement, d'intérêt, ils seront mieux équipés pour aborder le micro-crédit le cas échéant.

CARE a lancé un grand programme Access Africa qui a pour ambition de donner accès à l'épargne à 30 millions de femmes en Afrique. Nous avons besoin de partenaires pour atteindre cet objectif. N'hésitez pas à nous contacter.

Fabienne Pouyadou 01 53 19 89 95 pouyadou@carefrance.org