Interview de Valérie De Robillard, de l'agence UTOPIES

La COP21 a-t-elle permis de remobiliser les entreprises et de renforcer leurs engagements ?

Les entreprises ont pris le parti de n'être pas seulement des spectatrices de la COP21 ! En effet, dès le printemps, il y a eu un premier rassemblement de dirigeants d'entreprises au sein du « Business and Climate Summit », principalement parce que les entreprises préfèrent prendre les devants que de se faire dicter leur conduite par les gouvernements !
Plus récemment, on a vu certaines grandes entreprises françaises et internationales formuler des engagements chiffrés, à l'instar de SUEZ dont le PDG a récemment indiqué que le groupe réduirait de 30% ses émissions à horizon 2030.

Nous pouvons, en effet, nous réjouir du momentum que créée la COP21 et de la mobilisation qu'on observe ; mais le rôle véritable des entreprises doit surtout se situer au niveau des leviers business qu'elles peuvent actionner. On a vu cette année des entreprises américaines comme General Motors, Google, Amazon, Apple signer des accords importants d'approvisionnement en énergies renouvelables, avec un effet d'entraînement majeur sur l'économie. C'est à travers leurs achats, la modification de leurs offres de produits et services, leurs campagnes de communication que les entreprises peuvent avoir un impact tangible !

Quelles contradictions et points de convergence des entreprises relevez-vous pour avancer vers des objectifs communs durables ?

Il me semble que les entreprises ont bien compris l'enjeu du réchauffement climatique. La notion de « coût de l'inaction » face aux changements climatiques s'est largement répandue dans le monde économique. Certaines entreprises voient même des opportunités de business dans les offres de produits et services que l'adaptation au changement climatique appellera nécessairement.

Du point de vue de la compréhension des enjeux et des impacts business, la convergence des entreprises me semble nette aujourd'hui (à quelques exceptions près, comme toujours mais cela reste très marginal). En revanche, je ne parlerais pas de contradictions mais de contextes très différents entre les secteurs d'activité.
En effet, la contribution des différents secteurs au réchauffement est très variable : en France, par exemple, les 4 premiers contributeurs sont les transports, le résidentiel tertiaire, l'industrie (alors même qu'une très large partie des biens de consommation sont produits hors de France pour être consommés en France), et l'agriculture. Vous imaginez combien les marges de manoeuvre sont variables et les solutions techniques plus ou moins accessibles !
L'industrie du bâtiment, sous la pression réglementaire certes, a déjà fait beaucoup en matière de performance énergétique des bâtiments ; il reste à résoudre les questions centrales de la sensibilisation et de l'implication des occupants en amont dans le neuf.
Le secteur agro-alimentaire prend la mesure de l'impact des régimes très carnés sur la planète. On entend dire que « la solution est dans l'assiette » et cela implique de repenser tout un secteur qui subit déjà des pressions fortes. Il n'y a pas de contradiction mais des trajectoires très différentes pour atteindre les objectifs de limitation du réchauffement climatique.

Quelle recette pour une mobilisation du secteur privé et une COP21 réussie ?

Si le secteur privé pouvait être le garant de la réussite de la COP21 cela serait merveilleux ! A défaut je pense qu'il s'agira pour le secteur privé de démontrer ses engagements et sa « bonne foi » à des gouvernements qui négocient avec le souci de protéger leurs économies nationales...