04 octobre 2001

Le drame Afghan : scénario ou responsabilité collective ?

La pièce est écrite, les acteurs sont en coulisses mais le scénario est déjà connu de tous. Le public est nombreux : plusieurs milliards, convoqués d’office. Les horreurs injustifiables du 11 septembre ont peu à peu préparé le lever de rideau, seuls les menus détails demeurent incertains.

Les gens « autorisés » en conviennent : la riposte contre le terrorisme international va provoquer, par son ampleur, des dégâts humanitaires « catastrophiques », « inévitables », « incontournables », « inéluctables » et ceux-là s’organisent déjà pour considérer ces événements comme acquis.

Des millions d’Afghans sont « programmés » pour se réfugier dans le pays le plus proche de leurs habitations. Les agences onusiennes l’affirment : un million de réfugiés supplémentaires seront bientôt au Pakistan, 500 000 en Iran. L’emplacement de ces nouveaux camps est déjà prévu, les plans en sont faits, le matériel sur le point d’être commandé aux fournisseurs qui prospectent activement le « marché ». Il ne manque plus que les quelques millions d’acteurs Afghans pour occuper le devant de la scène des media. Ceux-là sont attendus, le monde ne semble pas leur avoir réservé d’autre destin ni d’autre décor.

Et la suite est également écrite : graves épidémies de choléra dans certains camps, violentes réactions des populations pakistanaises submergées par le flot des réfugiés, appel au secours des organisations humanitaires pour répondre au désastre qui se déroule en « live », images répétées aux journaux de vingt heures et consternation de la communauté internationale face à cette tragédie « sans précédent ».

Non ! Les pages écrites ne sont que du papier !!! La communauté internationale a le pouvoir et le devoir impératif de rejeter ce scénario planifié. Il est de sa responsabilité pleine et entière d’éviter la catastrophe. L’on ne peut à la fois se résigner, voire préparer les conditions d’une onde de choc terrifiante et tenter dans le même temps d’en atténuer les effets. Est-il besoin de rappeler que l’histoire récente du Kosovo, du Rwanda…est riche d’enseignements : les effets des destructions et des déstabilisations ne peuvent ensuite être pleinement compensés par aucune action diplomatique, militaire ou humanitaire. Les premiers surpassent les secondes dans un tourbillon aléatoire de drames humains.

Il est du ressort de la communauté internationale d’agir maintenant, pour éviter, à tout prix, des déplacements de populations transfrontaliers dans la région. Ceci suppose non seulement l’absence de riposte non discernée mais également la cessation rapide de toute menace envers les populations civiles.

L’aide humanitaire de grande ampleur doit reprendre d’urgence pour permettre un acheminement rapide des denrées de première nécessité vers des populations affamées en Afghanistan, dans les villes et villages même d’origine des populations, et non pas aux frontières, destinations dangereuses d’un exode dévastateur.

Notre responsabilité serait immense de signifier aux populations afghanes que l’idée de justice que nous faisons face au terrorisme nécessite de payer un prix élevé en laissant à d’autres le soin de régler la note : les civils ont d’ores et déjà payé la facture des conflits, de la répression, de la famine.

Paris, le 4 octobre 2001, Damien Desjonquères (Directeur des programmes Care France)

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