12 février 2013

Jordanie : CARE demande un soutien plus important pour les réfugiés syriens vivant dans les villes

En janvier dernier, la Jordanie a connu une des vagues d'arrivée de réfugiés syriens les plus importantes depuis le début du conflit deux ans auparavant. Face à l'augmentation des besoins humanitaires, CARE tire la sonnette d'alarme.

Chevy Morris

250 000 réfugiés syriens vivent aujourd'hui en Jordanie

De nombreux Syriens ont fui leur pays en janvier dernier. La Jordanie a enregistré un nombre record d'arrivées avec 4 000 Syriens ayant franchi la frontière en une seule journée.

Alors que de nombreux Syriens ont trouvé refuge dans des camps temporaires, d'autres se sont installés dans les banlieues pauvres d'Amman, de Mafraq ou d'autres villes où ils ont rejoint des parents ou des amis.

« Dans ces villes, les réfugiés dépensent tout leur argent pour payer leur loyer ou s'acheter les biens indispensables à leur quotidien. Sans source de revenu et toujours avec l'espoir de retourner rapidement chez eux, ils sont pris au piège de la pauvreté. Ils doivent faire face à des souvenirs traumatisants et vivent avec la peur de ce que sera leur avenir », explique Kevin Fitzcharles, directeur de CARE Jordanie.

CARE concentre son action auprès des réfugiés vivant dans les villes jordaniennes dans des appartements surpeuplés

Les promesses d'aides humanitaires faites la semaine dernière par 60 pays lors de la Conférence des donateurs au Koweït s'élèvent à 1,5 milliard de dollars. Ce montant correspond à la demande formulée par Ban Ki-moon, le secrétaire général de l'ONU, dont l'organisation parrainait cette conférence. C'est un engagement important pour la Syrie et dans les pays voisins.

« C'est important que les promesses d'aide et les projets humanitaires prennent en compte les besoins des Syriens qui vivent dans les camps ainsi que ceux des réfugiés livrés à eux-mêmes dans les villes jordaniennes », souligne Kevin Fitzcharles.

« Les réfugiés qui se sont installés dans les villes ont besoin d'argent pour assurer leur quotidien. Ils doivent notamment acheter du fuel et d'autres biens pour se protéger du froid. Beaucoup ont également besoin d'une assistance psychologique. »

Apaiser les tensions possibles entre réfugiés syriens et populations jordaniennes

Les arrivées massives de réfugiés syriens ont également un fort impact sur les communautés défavorisées en Jordanie.

« Dans certaines villes comme Mafraq qui se situe près de la frontière syrienne, les loyers ont augmenté du fait des arrivées de réfugiés. Cela signifie que les familles jordaniennes défavorisées ne peuvent plus trouver de logement », poursuit Kevin Fitzcharles.


Les municipalités jordaniennes sont dépassées car leurs services sociaux sont sollicités au-delà de leur capacité effective de réponse.

« Il est extrêmement important d'aider les réfugiés syriens et de favoriser leur intégration afin d'éviter qu'ils soient isolés et d'apaiser des tensions potentielles entre les communautés. Après avoir travaillé pendant huit ans auprès des réfugiés irakiens en Jordanie, CARE a conscience qu'il s'agit d'un aspect fondamental de l'assistance aux réfugiés, pourtant souvent négligé », conclut Kevin Fitzcharles.

L'action de CARE

CARE Jordanie a fournit une aide d'urgence à plus de 20 000 réfugiés syriens soit près de 4 000 familles en distribuant de l'argent pour les dépenses de premières nécessité (entre 100 et 200$), de la nourriture et des vêtements d'hiver. Plus de 2 200 chauffages ont été distribués afin que les familles réfugiées puissent affronter cet hiver rigoureux.

L'an dernier, CARE a également ouvert un centre dans la partie est d'Amman afin de renseigner les réfugiés sur l'accès aux services de santé et aux autres services sociaux. Les volontaires de ce centre qui sont eux-mêmes des réfugiés aident à organiser et à préparer les distributions.

CARE et ses partenaires locaux assistent aussi les communautés d'accueil en leur apportant des biens d'urgence comme de la nourriture, des couvertures, des matelas et des habits pour l'hiver.

« Je suis Syrien, réfugié en Jordanie et volontaire pour CARE »

L'histoire de Khalil, 37 ans

« Je m'appelle Khalil, j'ai 37 ans. Je suis originaire de la ville d'Homs en Syrie, où j'étais avocat. Quand les bombardements ont commencé dans mon quartier, j'ai fui avec ma femme et mes deux enfants. Je n'y ai pas réfléchi à deux fois, je souhaitais uniquement trouver un endroit sûr où aller. Aujourd'hui, mon bureau est détruit. J'ai tout perdu et je n'ai plus aucun revenu.

Nous nous sommes d'abord réfugiés à Damas, la capitale de la Syrie. Mais quand les combats y ont également éclaté, nous avons fui pour Amman en Jordanie. Nous avons passé la frontière dans un véhicule de location.

Mon fils, âgé de huit ans, a été traumatisé par ces événements. Il ne voulait ni boire ni manger. Nous devions le forcer à se nourrir. Il n'arrivait pas à dormir et faisait des cauchemars toutes les nuits. Il me disait : "Papa, nous allons bientôt être tués". Il commence à aller mieux et retourne à l'école. J'ai entendu parler du centre dirigé par CARE et d'autres réfugiés. Je m'y suis enregistré et j'ai reçu de l'argent et des biens de première nécessité. Quand j'ai su que CARE recrutait des volontaires, j'ai immédiatement rempli un formulaire de demande. Depuis trois mois, je viens tous les jours de 8h du matin à 16h pour aider aux distributions. Je participe ainsi à l'effort d'urgence et CARE me paie 13 dinars jordaniens (13 €) par jour. Ce soutien financier est évidemment important, mais ça me permet surtout de me sentir utile. Ca ne m'empêche pas de rêver de retourner en Syrie et retrouver mon ancien emploi. »

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CARE : Laury-Anne Bellessa
01 53 19 89 92