04 septembre 2015

Migrants : «Nous sommes exaspérés par l'inertie de nos décideurs politiques»

Face à l'ampleur de la crise et au drame humain, les principales associations caritatives françaises demandent aux pouvoirs publics de se mobiliser pour accueillir davantage de réfugiés.

La photo d'un enfant syrien mort noyé et retrouvé sur une plage turque mercredi 2 septembre a fait le tour du monde. Suffira-t-elle à réveiller nos représentants politiques et à impulser une stratégie commune pour faciliter l'accueil des réfugiés en Europe ? Nous, associations françaises, sommes épouvantées par l'ampleur de la catastrophe humanitaire qui se déroule en Europe et exaspérées par l'inertie de nos décideurs politiques.

Nous pourrions nous étendre sur l'importance des besoins humanitaires face à l'arrivée de plus de 350 000 personnes en Europe fuyant les conflits ou l'oppression depuis le début de l'année 2015. Mais cela fait plusieurs années maintenant que nous alertons les décideurs à coups de courriers privés, appels dans les médias, réunions avec les ministères et de consultations internationales. Assez de mots, ce que nous voulons maintenant ce sont des actes !

Que nous faudra-t-il entreprendre pour être enfin entendus des pouvoirs publics et de la société ? Devrons-nous descendre dans la rue pour qu'enfin notre gouvernement prenne le problème à bras-le-corps et adopte des solutions durables et dignes des valeurs de la République ?

Le manque de volonté politique tue des hommes, des femmes et des enfants. Les faits sont là : plus de 2 600 personnes sont mortes noyées en Méditerranée depuis janvier 2015 en essayant de rejoindre l'Europe selon l'Office international des migrations.

La solidarité imprègne les discours officiels mais tarde à se concrétiser clairement dans nos politiques publiques. Face à la montée des extrêmes dans notre pays, ne perdons pas le combat des valeurs. Il est temps de mettre en œuvre cette solidarité en accueillant davantage de réfugiés sur notre territoire, à l'image de pays comme l'Allemagne ou la Suède.

Comment se peut-il que la France soit l'un des pays d'Europe qui accueille le moins de demandeurs d'asile alors que nous sommes la 6epuissance économique mondiale ? Face à ce drame humain, nous devons tous prendre nos responsabilités. La France doit se mobiliser rapidement pour accueillir ces personnes en quête de protection.

Signataires

  • Stéphanie Rivoal, présidente d'Action contre la faim
  • Marie-Pierre Caley, directrice générale d'Acted
  • Geneviève Garrigos, présidente d'Amnesty International
  • Claire Hédon, présidente d'ATD Quart Monde
  • Philippe Lévêque, directeur général de CARE France
  • Guy Aurenche, président de CCFD-Terre Solidaire
  • Philippe Jahshan, président de Coordination SUD
  • Bernard Salamand, président de la Crid
  • Thierry Kuhn, président d'Emmaüs France
  • Emmanuel Poilane, directeur de la fondation Danielle-Mitterrand-France-Libertés
  • Khady Sakho Niang, présidente du Forim
  • Manuel Patrouillard, directeur général fédéral de Handicap International
  • Rinà Rajaonary, présidente de Jeunesse ouvrière chrétienne
  • Geneviève Jacques, présidente de la Cimade
  • Françoise Sivignon, présidente de Médecins du monde
  • Véronique Fayet, présidente du Secours catholique Caritas-France
  • Rachid Lahlou, président-fondateur du Secours islamique-France
  • Patrick Verbruggen, directeur de Triangle génération humanitaire

Cette tribune a été publiée dans Libération