28 septembre 2015

Syrie - La France doit insuffler une nouvelle vision pour répondre à la crise

A travers une lettre ouverte au président de la République, CARE s'unit à d'autres associations et demande à la France de nouvelles mesures pour répondre aux besoins des millions de réfugiés.

Face à la situation en Syrie et à la crise des réfugiés, CARE écrit une lettre ouverte à François Hollande

Monsieur le Président,

Le 2 septembre, la photographie du petit Aylan Kurdi, un réfugié syrien de trois ans noyé en mer Méditerranée, a choqué et heurté les consciences à travers le monde. La mort d'Aylan a rappelé à tous les conséquences d'un conflit brutal et d'une crise des réfugiés qui ne fait que s'aggraver : Depuis le début du conflit, 7.6 millions de personnes ont été déplacées par les affrontements à l'intérieur de la Syrie et plus de 4 millions ont été jetées sur les routes de l'exode. Des dizaines de milliers d'entre elles, désespérées, risquent leur vie une nouvelle fois dans l'espoir d'atteindre l'Europe.

Nous, dirigeants d'organisations humanitaires et de défense des droits humains, travaillons avec et pour ceux qui ont fui la Syrie et ceux toujours pris au piège au coeur du conflit. Nous unissons nos voix pour demander à la France d'insuffler une vision nouvelle pour répondre aux besoins des millions de réfugiés, mais aussi pour faire face à la violence qui les oblige à fuir. La France doit saisir l'opportunité que représente l'ouverture de l'Assemblée Générale des Nations-Unies et développer une stratégie ambitieuse pour la Syrie avec ses plus proches alliés, dont le Royaume-Uni et les Etats-Unis, pour agir immédiatement dans les quatre domaines suivants.

  • Des mesures concrètes pour la protection des civils en Syrie 

Les bombardements aériens visant les zones civiles et leurs écoles, marchés et hôpitaux, sont la cause principale de destructions, de morts civiles et de déplacements des populations. La France a la responsabilité de prendre une mesure immédiate pour protéger les civils en présentant au plus vite son projet de résolution au Conseil de Sécurité portant sur l'établissement d'un mécanisme de surveillance et de condamnation des attaques contre les civils, notamment celles commises à l'aide de bombes-barils, de tirs de mortiers, ou de voitures piégées, et prévoyant la possibilité de sanctions ciblées pour leurs auteurs. La France et ses alliés américains et britanniques ne doivent pas céder face à la menace d'une obstruction ou d'un désaccord au sein du Conseil de Sécurité. Nous vous demandons de travailler avec les membres du Conseil et vos partenaires internationaux pour prendre ces mesures urgentes qui s'imposent afin d'aider à mettre un terme aux bombardements aériens des zones civiles.

  • Des voies sûres et légales pour l'accueil des réfugiés

Nous vous demandons de prendre les mesures nécessaires pour que la France, terre historique d'asile, permette à plus de réfugiés de Syrie de trouver refuge en France sans devoir se mettre en danger. Si la France a annoncé l'accueil de 24,000 demandeurs d'asile depuis les Etats-frontières de l'UE, ces personnes ont dû risquer leur vie pour pouvoir bénéficier de cette protection. Afin de prévenir les décès survenant le long de trajets périlleux, la France, de concert avec les pays européens, doit garantir davantage de voies sûres et légales de se rendre en Europe par le biais d'une augmentation considérable du nombre de places de réinstallation, d'admissions humanitaires, de visas humanitaires et de regroupements familiaux. Au moment où l'UE débat des mécanismes qui permettraient une répartition équitable des réfugiés, un tel engagement transformerait la vie de ceux qui ont déjà tant perdu au cours de cet effroyable conflit, et enverrait un message fort aux autres pays que la France se montre à la hauteur de cette crise.

  • Un plan régional de développement et de reconstruction pour la Syrie et ses voisins

Après la Seconde Guerre mondiale, la France et ses partenaires européens ont bénéficié du Plan Marshall visant à remettre sur pied un continent ayant connu des millions de victimes et de déplacés. La crise actuelle au Moyen-Orient, la plus grave depuis la Seconde Guerre mondiale, appelle une réponse de même ampleur. Nous saluons l'annonce aujourd'hui des 100 millions d'euros prévus par la France dans le cadre du plan d'aide européen comme une première étape nécessaire pour venir en aide aux pays de la région. Au-delà de cet effort européen, la France devrait travailler avec ses partenaires en amont du sommet du G20 pour élaborer et financer un plan comparable au plan Marshall pour la Syrie et ses voisins. Un tel plan de reconstruction et de développement permettrait de pallier le manque de financement des appels humanitaires des Nations Unies, de répondre aux besoins urgents des réfugiés, de renforcer leur résilience, mais aussi soutenir la reconstruction et le développement des pays de la région.

  • La priorité diplomatique de la France doit être la recherche d'une solution politique au conflit fondée sur les droits humains

La France a aidé à ouvrir de nouvelles voies et opportunités diplomatiques grâce à l'accord sur le nucléaire iranien. Il est désormais temps de pousser ces mêmes puissances à s'engager dans un processus visant à proposer une solution politique au conflit en Syrie fondée sur les droits humains. Les déploiements militaires russes dans l'ouest de la Syrie n'ont fait qu'accroître l'urgence de la situation. Relancer le processus politique en vue d'une transition négociée est le seul moyen de mettre fin aux massacres de civils et au chaos qui a permis au groupe Etat islamique de se développer. Seule la fin du conflit permettra aux Syriens de rentrer chez eux.

Le silence du petit Aylan a retenti tel un cri d'alarme adressé à la communauté internationale. Nous sommes à un moment historique n'exigeant rien de moins de la France qu'elle inspire ses alliés par sa vision ambitieuse et son action décisive. Nous nous tenons prêts à soutenir votre action.

Nous vous prions d'agréer, Monsieur le Président de la République, l'expression de notre plus haute considération.

Les ONG signataires

  • ACAT - Jean-Etienne de Linares, Délégué général
  • CARE France - Philippe Lévêque, Directeur général
  • Médecins du Monde - Françoise Sivignon, Présidente
  • Oxfam France - Claire Fehrenbach, Directrice générale
  • Secours Islamique France - Rachid Lahlou, Président

En savoir plus :