27 novembre 2015

Changement climatique et COP21 : l’experte climat de CARE répond à vos questions

Du 30 novembre au 12 décembre, la communauté internationale se réunira à Paris pour adopter un accord historique sur le climat. Impacts du changement climatique ou encore enjeux de la COP21 : Aurélie Ceinos, experte climat chez CARE France, répond aux questions des internautes.

L'experte climat de l'association CARE France répond à vos questions sur le climat

Que va-t-il se passer durant la Conférence internationale pour le climat (COP21) ?

Les 196 parties (195 pays et l’Union Européenne) présentes doivent s’accorder sur un accord global de lutte contre le changement climatique traitant à la fois des réductions des émissions et de l’adaptation. Cet accord doit prendre la suite du protocole de Kyoto avec une portée plus large, incluant à la fois les pays développés et les pays en développement.

Une version préliminaire du texte est déjà disponible puisque plusieurs sessions de négociations techniques ont eu lieu cette année pour faire avancer les discussions.

Quels résultats attendre de cette conférence ?

Cette COP21 ne sera un succès que si l’accord signé a une valeur contraignante. C’est la garantie d’un engagement sérieux des Etats. Cela permettra aussi à la société civile d’assurer le suivi des politiques étatiques et de demander des comptes aux Etats qui font preuve de mauvaise volonté.

Concernant le corps du texte, plusieurs points clés sont essentiels pour limiter efficacement les impacts du changement climatique :

  • Limiter le réchauffement climatique à +1,5°C en réduisant de manière drastique les émissions liées aux énergies fossiles (0 émissions de CO2 à 2050) et en accélérant la transition vers les énergies renouvelables.
  • Renforcer les capacités d’adaptation des personnes les plus vulnérables et les plus marginalisées, tout en les aidant à faire face aux pertes et dommages irréversibles et inévitables.
  • Augmenter les financements destinés aux populations affectées par le changement climatique.
  • S’assurer que les actions de lutte contre le changement climatique respectent et promeuvent l’égalité de genre et les droits humains dont le droit à l’alimentation.

Cette COP est-elle plus importante que les précédentes ?

Il y a urgence à lutter contre le changement climatique. Si nous n’agissons pas maintenant et ne réduisons pas nos émissions de gaz à effet de serre, l’humanité ne pourra pas s’adapter. Un réchauffement de 1,5°C est la limite fixée par les scientifiques. Aujourd’hui, nous nous dirigeons vers un réchauffement de 3 à 4°C. C’est la survie de nos sociétés qui est en jeu.

Cette COP est aussi la première qui prévoit un accord mondial. Contrairement aux précédents accords, tous les pays doivent s’engager: les pays développés, émergents et en développement.

Si l’accord est signé, quand sera-t-il vraiment effectif ?

L’accord sera effectif seulement en 2020. Nous savons que nous ne pouvons pas attendre cette date pour agir.

CARE et les autres ONG engagées contre le changement climatique ont déjà interpellé les Etats pour qu’ils mènent des actions dès maintenant. Il faut mettre en place des objectifs de réduction de l’utilisation des énergies fossiles, d’augmentation des énergies renouvelables et d’amélioration de l’efficacité énergétique avant 2020.

Pourquoi parle-t-on d'urgence climatique ?

Les changements climatiques sont concrets : ils nous affectent déjà au Nord comme au Sud.

Parmi les dérèglements climatiques que l'on constate, on peut citer la hausse du niveau des mers, la variabilité des saisons et de la pluviométrie, l'augmentation de la fréquence et de l'intensité des événements climatiques extrêmes.

Il faut agir maintenant pour éviter un emballement climatique et éviter une catastrophe humanitaire de grande ampleur ! Les impacts sur les droits humains sont en effet dramatiques : faim, manque d'accès à l'eau, inégalités. 

Ce sont les populations les plus vulnérables et les moins responsables du changement climatique qui sont les plus affectées. On parle alors d'injustice climatique.

A quoi correspondent les contributions nationales (INDCs) soumises par chaque pays ?

Avant la tenue de la COP21, chaque pays était tenu d’annoncer un plan d’action pour les prochaines décennies afin de réduire ses émissions de gaz à effet de serre et de s’adapter. Les INDCs décrivent les grandes lignes de la stratégie des Etats.

A l’heure actuelle, 177 pays ont soumis leur contribution nationale. Ces pays représentent environ 90% des émissions mondiales de gaz à effet de serre, or si tous les efforts promis sont réalisés, nous nous plaçons sur une augmentation des températures d’environ 3°C d’ici 2100. Ces engagements ne sont pas suffisants !

Quel est le rôle des ONG comme CARE dans le cadre de la COP21 ?

CARE assiste à la COP afin de porter la voix des populations impactées par le changement climatique à travers le monde. Nous sommes les observateurs des négociations. Nous sommes là pour rappeler aux Etats l’enjeu de cet accord.

Pendant la COP21, CARE participera et organisera des conférences et débats autour du climat.

L'experte climat de l'association CARE France répond à vos questions sur le climat
Le changement climatique menace les moyens de subsistance des populations les plus vulnérables ©Brendan Bannon/CARE

Le changement climatique a-t-il un impact sur la pauvreté dans le monde ?

Oui car les catastrophes naturelles et les épisodes climatiques intenses (inondations, sécheresses), de plus en plus fréquents, menacent l’habitat et les moyens de subsistance des populations les plus exposées.

Le changement climatique risque d'anéantir les progrès des 50 dernières années d'aide au développement. Aujourd’hui, 836 millions de personnes vivent avec moins de 1,25 dollar par jour. On estime qu’à cause du changement climatique, entre 145 et 220 millions de personnes supplémentaires pourraient passer sous le seuil de pauvreté d’ici 2100.

Quelles sont les solutions pour lutter contre le changement climatique ?

Pour limiter les impacts du changement climatique, nous devons réduire nos émissions de gaz à effet de serre au niveau mondial. Il faut, par exemple, remplacer les énergies fossiles par des énergies renouvelables (solaire, éolien, géothermie…).

Nous savons que même avec une augmentation des températures limitée à 1,5°C, les populations les plus pauvres seront impactées. C’est pourquoi il est nécessaire de les aider à s’adapter. Au Bangladesh, par exemple, des éleveurs ont remplaçé leur élevage de poulets par des canards, qui sont mieux à même de survivre aux inondations de plus en plus fréquentes.

Il faut également que les Etats proposent des solutions pour traiter les pertes et dommages irréversibles subis par les populations (perte des récoltes, destruction des habitats etc).

Comment les citoyens peuvent se mobiliser ?

Il est essentiel que l'ensemble de la société s'engage en faveur du climat, des individus aux institutions en passant par les entreprises.

La mobilisation des citoyens durant la COP donnera un signal fort aux États. En France, de nombreuses Marches pour le climat ont été annulées pour des raisons de sécurité. Mais vous pouvez défiler virtuellement grâce à l'action #March4me.

Cela passe aussi par des actions quotidiennes responsables. Il existe des moyens simples de s'engager, tels qu'économiser l'eau et l'électricité, soutenir l'agriculture écologique.

Enfin, nous avons parlé des solutions. Nous devons faire attention aux fausses solutions. Celles qui sont proposées doivent être ambitieuses, respectueuses de l’environnement et inclusives. Elles doivent aussi prendre en compte les besoins des populations vulnérables et le respect des droits humains. Si un agenda des solutions est acté à Paris, il doit exclure les solutions ne respectant pas ces critères comme "l'alliance pour la climate-smart agriculture".

Pour aller plus loin :