03 janvier 2016

COP21 : quel bilan pour les populations les plus vulnérables ?

Le 12 décembre 2015, 196 Parties (195 pays + l’Union Européenne) ont adopté le premier accord universel sur le changement climatique. Les Etats ont reconnu que ce phénomène est global et requiert un engagement et des actions de tous. Alors que le changement climatique menace les droits humains, quel est le bilan de la COP21 ? Voici l’analyse des équipes de CARE.

L'association CARE aide les populations vulnérables à s'adapter au changement climatique
CARE/ Josh Estey

Alors COP ou pas COP?

Si ce document constitue un point de départ indispensable, il ne suffira pas pour résoudre la crise climatique. En effet, les personnes les plus pauvres et les plus vulnérables dans le monde continueront de subir les impacts du changement climatique les plus sévères.

Les impacts du changement climatique sur les plus vulnérables

Nous ne sommes pas tous égaux face au changement climatique. Celui-ci affecte les populations les moins responsables des émissions de gaz à effet de serre. Catastrophes naturelles, faim, eau, inégalités : le changement climatique menace les droits humains fondamentaux, tels que l’accès à un habitat décent, à l’alimentation ou encore à l’eau potable.

Les cinq prochaines années sont cruciales pour accroitre l’ambition des Etats à lutter contre le changement climatiques et protéger les droits humains.

Il faut limiter le réchauffement climatique

L'accord mentionne une limitation du réchauffement climatique à moins de 2°C. Cela doit être une ligne rouge pour les Etats. Chaque dixième de degré de réchauffement a des impacts désastreux sur les populations.

"Les rendements de riz, nourriture de base dans de nombreux pays, vont diminuer de 8% dans le cadre d’un réchauffement d’1,5°C. Ces pertes doubleraient (16%) en cas d’un réchauffement de 2°C", explique Aurélie Ceinos, responsable Climat de CARE France. 

Quels sont les impacts du changement climatique sur les droits humains ?

L'association CARE lutte contre le changement climatique
CARE / Beatrice Spadacini

Climat et accès à l’eau

La variabilité accrue des précipitations, les sécheresses plus fréquentes et les infiltrations d’eau de mer dans les nappes phréatiques menacent l’accès et la qualité des eaux disponibles. Aujourd’hui, près de 750 millions de personnes n’ont pas accès à de l’eau potable dans le monde. D’ici à 2025, ce sont 1,8 milliard de personnes qui vivront dans des zones soumises à un stress hydrique principalement à cause du changement climatique et de l’augmentation de la population.

Que prévoit l'accord signé ?

Si l’accord de Paris ne mentionne pas le secteur de l’eau, CARE demande a minima à ce que le secteur de l’eau soit priorisé dans les financements et les plans d’adaptation au changement climatique.

Climat et droit à l’alimentation

800 millions de personnes souffrent aujourd’hui de la faim. D’ici 2030, la demande alimentaire va augmenter de 50% alors que le réchauffement climatique menace l'accès aux ressources : 2/3 des terres arables en Afrique auront ainsi disparu d’ici 10 ans. Les rendements et la qualité nutritionnelle des cultures de blé, riz ou maïs vont diminuer et les prix augmenteront.

Que prévoit l'accord signé ?

Dans le préambule, l’accord reconnait l’importance de garantir la « sécurité alimentaire » mais continue de parler de « production alimentaire » dans son objectif. Or cette formulation pourrait servir les intérêts de ceux qui défendent une agriculture intensive (OGM, fertilisants) et qui ne souhaitent pas réduire les émissions du secteur agricole.

Climat  et justice sociale

Les dérèglements climatiques vont créer de nouvelles poches de pauvreté. Par exemple, les différences d’opportunités, d’accès et de contrôle des ressources entre les femmes et les hommes vont déterminer la vulnérabilité et les capacités d’adaptation de chacun. Les femmes ayant souvent un accès restreint à l’eau, la terre, l’éducation, les marchés économiques et l’information climatique sont plus vulnérables.

Que prévoit l'accord signé?

Le respect de l’égalité de genre et des droits humains apparait dans le préambule, ce qui est une première pour un traité environnemental. Cependant, en choisissant de ne pas inscrire ces éléments dans l’objectif de l’accord, les Etats ont rendu cette approche optionnelle et non pas systématique. Néanmoins, l’Accord de Paris peut constituer un tremplin en faveur des droits humains si tous les pays respectent leurs promesses.

Climat et habitat

La montée du niveau de la mer pourrait atteindre 82 cm d’ici 2100 en cas d’un réchauffement de 4°C. Le changement climatique accroit également l’intensité et la fréquence des catastrophes naturelles (inondations, cyclones). Ces événements extrêmes affectent 211 millions de personnes par an. La force destructrice du dernier cyclone au Vanuatu ou des inondations au Malawi démontre les effets dramatiques sur les populations, les logements et d’autres infrastructures essentielles.

Que prévoit l'accord signé ?

L'accord contient une promesse de mobiliser au moins 100 milliards de dollars par an jusqu'en 2025, tant pour la réduction des émissions que l’adaptation, en soutenant en priorité les pays pauvres et vulnérables. Cela reste bien en dessous des besoins et les financements pour l’après 2025 restent très flous.