24 juin 2016

Niger : les civils pris entre deux feux et laissés pour compte

Les victimes de la guerre ont un besoin urgent de protection et de l'aide humanitaire. Découvrez l'appel de 12 ONG internationales.

40 000 personnes déplacées par les récentes violences

Deux des plus grandes attaques dans l'histoire du conflit actuel au sud-est du Niger ont tué un nombre inconnu de civils et provoqué le déplacement de plus de 40 000 personnes entre le 19 mai et le 3 juin. Trois semaines plus tard, bien des familles continuent de vivre en plein air, sous les arbres, sans accès adéquat au minimum pour assurer leur survie. 

Les pluies ont commencé et les enfants sont particulièrement exposés au risque de maladie. Save the Children estime que 60% des personnes déplacées sont des enfants. Les familles ne sont toujours pas en sécurité et celles qui ont fui ont dû faire face à des attaques répétées le 16 juin. 280 000 personnes ont dû se déplacer au Niger contribuant aux 2,7 millions de personnes déplacées dans la région du bassin du lac Tchad.

Il faut une solution politique et renforcer l'aide humanitaire

Les engagements récemment pris par les dirigeants mondiaux lors du Sommet humanitaire mondial à Istanbul et du deuxième Sommet sur la sécurité régionale à Abuja pour améliorer l'aide humanitaire et la protection des civils doivent urgemment être transformés en actions réelles au Niger. Le monde est actuellement concentré sur une solution militaire à l'insurrection, alors que les besoins humanitaires et de protection de 9 millions de personnes dans la région du bassin du lac Tchad sont toujours oubliés.

12 organisations non gouvernementales internationales travaillant au Niger demandent aux États membres des Nations Unies quand ils se retrouveront cette semaine à New York au cours de la réunion de la Section Affaires Humanitaires de l'ECOSOC d’accroître les efforts diplomatiques et l'aide financière pour soutenir la réponse humanitaire au Niger.

La situation humanitaire dans la région de Diffa se détériore rapidement

La situation humanitaire dans la région de Diffa se détériore rapidement et la réponse actuelle est insuffisante. Le gouvernement du Niger et les acteurs humanitaires doivent être appuyés pour augmenter leur capacité de prévenir, préparer et répondre à une crise humanitaire croissante. Cela comprend l'amélioration de la coordination, la participation communautaire et la mise en place de stocks d'urgence, ainsi qu'un meilleur accès à l'information sur les besoins, des mesures spécifiques pour les enfants et les femmes et le financement d'urgence rapide. En outre, les mesures prises par le Gouvernement du Niger pour protéger les civils doivent inclure des mesures tangibles pour rétablir la confiance des populations locales. 

Alors que l'ampleur, l'urgence et la complexité augmentent, les fonds disponibles s’amenuisent.

« Ce ne sont pas les armes qui créent le plus grand taux de mortalité pendant la guerre : ce sont les impacts secondaires des conflits qui sont les plus dévastateurs pour les civils. La maladie, la faim et l'épuisement des mécanismes d'adaptation peuvent entraîner jusqu'à 90 pour cent de la mortalité liée au conflit. Diffa était déjà sujette à l'insécurité alimentaire, à la malnutrition et aux risques pour la santé maternelle et infantile. Il est d'autant plus crucial que la réponse humanitaire soit rapide, afin de réduire les risques de mortalité », a déclaré Mohammed Chikhaoui, Directeur Pays Oxfam au Niger.

La réponse humanitaire à Diffa est financée à seulement 28%

Les ONG soussignées lancent un appel urgent aux donateurs internationaux pour mobiliser des fonds qui soient rapidement disponibles et flexibles et qui répondent aux besoins de survie et de protection de centaines de milliers de personnes prise dans le conflit dans la région de Diffa au Niger, ainsi qu’au Tchad, Cameroun et Nigeria. 

Avant cette nouvelle urgence des dernières semaines, les besoins humanitaires à Diffa étaient financés à seulement 28%. Maintenant, les besoins sont encore plus grands. Dans l’ensemble du bassin du lac Tchad, la crise est gravement négligée avec seulement 16% des fonds nécessaires reçus pour assurer une réponse adéquate.

Traiter les causes et les conséquences de ce conflit exige des actions conjointes innovantes en collaboration avec les gouvernements concernés et la société civile locale pour lutter contre les inégalités, la marginalisation sociale et politique ainsi que la pauvreté.

Les ONG signataires

Action contre la faim, Acted, CARE, CISP, Coopi, Concern, Help, IRC, Oxfam, Mercy corps, Plan, Rescue, Save the children

contact médias

Nos équipes locales sont disponibles pour tout commentaire. 

Contactez Laury-Anne Bellessa, chargée des relations medias, bellessa@carefrance.org, 01 53 19 89 92/ 06 24 61 85 37

Notes

  • Le nombre réel de personnes déplacées par les attaques de Yébi et Bosso est inconnu, il pourrait être compris entre 40 000 et 75 000 personnes. Voir OCHA Niger: OCHA Niger: Diffa (Bosso-Yebi) Flash Update No. 2, 6 Juin 2016 et OCHA Niger: Diffa (Bosso-Yebi) Flash Update No.4, le 9 Juin 2016
  • Le nombre réel de civils tués dans les attaques de Yébi et Bosso n’est pas connu et, en raison des déplacements et de l'insécurité, ils sont susceptibles d'être sous-estimés. Les rapports officiels indiquent que 26 militaires et 55 membres de Boko Haram ont été tués dans la seule attaque contre Bosso.
  • La réponse humanitaire du bassin du lac Tchad est financée seulement à hauteur de 16 %. Voir OCHA Lake Chad Basin Crisis Update no.4: June 3, 2016’
  • 2,7 millions de personnes déplacées à travers le bassin du lac Tchad. Voir OCHA ‘Lake Chad Basin Crisis Update no.4: June 3, 2016’
  • 280 000 personnes déplacées par la crise Boko Haram dans la région de Diffa est le chiffre le plus récent tel que rapporté par le Gouvernement du Niger le 16 juin 2016.
  • 90% des décès liés à un conflit sont causés par les impacts secondaires de la violence armée, Howard Zinn, Moises Samam, Gino Strada. Just war, 2005, p. 38.