05 juillet 2016

Fossé entre l’aide française et les besoins de ses pays prioritaires : le cas de la sous-nutrition

En contradiction avec la loi Canfin*, l’aide publique au développement française (APD) est en décalage profond avec les préoccupations de ses pays prioritaires. Si ceux-ci font de la lutte contre la sous-nutrition une priorité, c’est loin d’être le cas de la France, dont la part de l’APD consacrée à la nutrition ne dépasse pas 2,2% dans ces pays (dont 91% à des projets d’aide alimentaire d’urgence). C’est la conclusion alarmante du rapport de la coalition d’ONG Génération Nutrition « Huit pays en lutte contre la sous-nutrition : quel soutien de la France ? », qui sera remis aujourd’hui au Secrétaire d’Etat chargé du Développement et de la Francophonie André Vallini.

« La feuille de route française sur la nutrition dans les pays en développement est un bon plan d’action, mais elle doit être financée pour être suivie d’effets concrets» souligne Julie Duval, coordinatrice de la campagne. « La France ne peut plus se permettre d’ignorer les priorités des pays bénéficiaires de son aide. »

Parmi eux, le Burkina Faso, le Cameroun, le Laos, Madagascar, le Mali, le Niger, la République centrafricaine et le Tchad. Tous citent la nutrition comme un impératif de leurs stratégies de développement.

Exemples et chiffres du rapport:

Burkina Faso

« Le gouvernement accomplit de grands efforts pour financer ces programmes de nutrition, mais le pays a besoin d’un accompagnement de la part de la France et des autres partenaires de développement pour atteindre ses ambitions» rappelait le Dr Robert Kargougou, Secrétaire général du Ministère de la Santé burkinabé, le 9 juin dernier à l’Assemblée nationale française. 

Quasiment 1 enfant sur 3 souffre de sous-nutrition chronique et 1 sur 10 de sous-nutrition aigüe. Sur les 45 millions d’euros d’APD française que le pays a reçu, seulement 1,68 million concernait la nutrition.

Cameroun

Sur les 125 millions d’euros alloués par la France au pays en 2013, aucun ne concernait la lutte contre la sous-nutrition. La France est le 1er bailleur bilatéral du Cameroun, où 1 enfant sur 3 est atteint de sous-nutrition chronique.

Le Laos

Le Laos, qui déplore régulièrement le manque de priorisation nutritionnelle des bailleurs, n’a reçu aucun financement français pour la nutrition en 2013 (sur une enveloppe de 12,3 millions d’euros).

Le Niger

Le Niger a chiffré le coût de sa lutte contre la sous-nutrition à 19 millions d’euros pour 2013. 2ème bailleur bilatéral du pays, la France y a consacré seulement 1,9% de son APD, soit 940 000 €.

L’Afrique et l’Asie perdent en moyenne 11% de leur PIB par an à cause de la sous-nutrition. 1€ investi contre cette maladie en rapporte en moyenne 18. 0,47% de l’APD française totale y est allouée.

*Loi du 7 juillet 2014 d'orientation et de programmation relative à la politique de développement et de solidarité internationale

Le rapport « Huit pays en lutte contre la sous-nutrition : quel soutien de la France ? »

Pour lire le rapport

Génération Nutrition est une campagne internationale composée en France de : Action contre la Faim, Action Santé Mondiale, AMREF, CARE France, Coalition Eau et ONE.