01 août 2016

El Niño : le phénomène climatique affecte les femmes et les enfants de plein fouet

L’Afrique australe subit la pire sécheresse de ces 35 dernières années : le phénomène climatique El Niño, exacerbé par le changement climatique, frappe violemment les populations les plus vulnérables. Au Mozambique, les femmes et les enfants subissent de plein fouet la situation.

L'association internationale CARE aide les populations affectées par El Nino
© 2016 Johanna Mitscherlich / CARE

Au Mozambique, près de 2 millions de personnes se battent pour survivre

Au Mozambique, le manque sévère de nourriture fait payer un lourd tribut à la population, en particulier aux femmes et aux enfants : environ 100 000 enfants souffrent de malnutrition aiguë. La vie de beaucoup d’entre eux est menacée dans les prochains mois.

« Tout le monde est affecté par la sécheresse mais la situation est particulièrement difficile pour les femmes et les filles. De nombreuses mères font passer leurs besoins en dernier. Elles mangent moins pour que leurs enfants aient plus. Certaines femmes en viennent à se prostituer pour survivre », explique Grace, spécialiste sur les questions de genre au sein de l’équipe CARE.

« De nombreuses filles et femmes se lèvent à 4h du matin et marchent des heures à la recherche d’eau, de nourriture ou de bois de chauffe qu'elles espèrent vendre. La plupart du temps, cela ne leur rapporte pas plus de 50 cents par jour sans compter qu’à l’aube, elles sont plus vulnérables aux viols et autres formes d’attaques », poursuit Grace.

Même avant cette sécheresse, la vie était particulièrement dure pour les femmes et les filles.

Dans l’un des pays les plus pauvres du monde, la moitié des filles quittent l’école en CM2. Environ une femme sur sept meurt pendant sa grossesse ou en raison de complications à l’accouchement. Selon le ministre de l’Intérieur, plus de 50% des femmes souffrent de violences physiques, sexuelles ou psychologiques.

« Depuis des années, nous travaillons en étroite collaboration avec les communautés et les femmes pour les informer de leurs droits. Les changements profonds prennent du temps, et la sécheresse rend notre travail plus complexe. Mais je garde espoir quand je vois que les hommes et les femmes viennent de plus en plus souvent ensemble aux foires alimentaires pour décider, de concert, de ce dont ils ont besoin. Nous travaillons autant que possible pour que la sécheresse et l’insécurité alimentaire ne détruisent pas les avancées importantes en termes d’égalité de genre et pour nous permettre de continuer à améliorer les vies des filles et des femmes » explique Grace.

Davida a raté plusieurs jours d’école pour rechercher de la nourriture

L'association CARE aide les populations victimes d'El Nino
© 2016 Johanna Mitscherlich / CARE

« Parfois, ma sœur Nerma pleure car elle a très faim », explique Davida, 10 ans. 

Davida et ses deux sœurs, Nerma, 3 ans, et Gilda, 4 ans, vivent avec leur grand-mère. Davida aime aller à l’école : les mathématiques sont sa matière favorite. Mais au cours des derniers mois, elle a manqué l’école plusieurs jours pour aider sa grand-mère à trouver de l’eau et de la nourriture. 

« Je prends un bidon avec moi à l’école et sur le chemin du retour, je le remplis et rapporte le plus d’eau possible. Ma grand-mère me donne un petit chariot car le bidon est trop lourd pour moi. »

Environ 50% des élèves des zones les plus affectées par le phénomène climatique El Niño, dans les provinces de Gaza et d’Inhambane, ont déjà manqué l’école à cause de la sécheresse. Certains doivent travailler, rechercher de la nourriture ou sont simplement trop faibles pour assister aux cours.

« Certains enfants sont trop faibles pour jouer. »

Magdalena est bénévole : elle prend soin de 50 enfants dans une cour installée par CARE.
© 2016 Johanna Mitscherlich / CARE


 « Les enfants sont ceux qui souffrent le plus de la sécheresse actuelle. Certains d’entre eux n’ont même plus la force de jouer. Ils arrivent le matin sans avoir pris de petit-déjeuner et doivent parfois quitter la maison sans eau ni nourriture pour la journée entière », explique Magadalena, l’une des 300 bénévoles qui travaillent avec CARE au Mozambique. 

Chaque jour, Magadalena et d’autres bénévoles prennent soin d’environ 50 enfants âgés de 1 à 5 ans, dans une aire de jeux installée par CARE.

« Nous conseillons aux parents de cueillir certains fruits et feuilles sauvages qui sont riches au niveau nutritif. Mais la sécheresse est tellement dure que parfois nous n’en trouvons plus. De plus en plus d’enfants tombent malades et nous découvrons de nouveaux cas de malnutrition chaque semaine. Les voir pleurer, sachant que je peux faire si peu, me brise le cœur. Le moindre que nous puissions faire est de les aider à oublier leur chagrin pour quelques instants et de laisser à leurs parents plus de temps pour trouver de l’eau et de la nourriture. »

CARE aide 500 000 personnes au Mozambique. Vous pouvez nous aider à poursuivre notre action.

CARE travaille au Mozambique depuis 1984. L’autonomisation des femmes et des filles est un axe majeur de notre travail. CARE cherche à répondre aux besoins des femmes et des filles pendant la sécheresse actuelle et les autres catastrophes, car leur niveau de vulnérabilité augmente chaque jour à mesure que la sécheresse et l’insécurité alimentaire persistent.

Afin de lutter contre l’insécurité alimentaire, CARE apporte une aide alimentaire dans 7 provinces à 500 000 personnes. 

Afin d’accompagner les communautés à s’adapter au changement climatique, CARE promeut l’agriculture intelligente face au climat, notamment l’utilisation de graines résistances à la sécheresse et de méthodes aidant à augmenter la productivité, auprès de 4 000 familles dans les zones affectées par la sécheresse.