18 août 2016

Etre humanitaire dans un pays en guerre : nos équipes témoignent au Yémen et au Soudan du Sud

Violences, manque d’infrastructures, traumatismes : dans les régions en guerre, les humanitaires font face à de nombreux obstacles pour aider les communautés qui ont besoin d’une aide d’urgence. Malgré tous les dangers, nos équipes restent mobilisées et motivées. Découvrez les témoignages de nos collègues au Soudan du Sud et au Yémen. 

« On ne vous laissera pas tomber » : Fred McCray, directeur de CARE au Soudan du Sud

L'association CARE aide les populations au Soudan du Sud
Distribution d'une aide nutritionnelle aux populations affectées par les combats par nos équipes au Soudan du Sud. © Josh Estey/CARE

Cela fait 16 ans que je travaille dans l’humanitaire. Je n’ai jamais rien vu de comparable aux violences qui ont frappé Juba, la capitale du Soudan du Sud, le mois dernier. Cinq jours de sanglants combats ont fait des centaines de morts et provoqué le déplacement de milliers de personnes.

En tant que travailleurs humanitaires, nous nous préparons à de tels événements, surtout dans un pays comme le Soudan du Sud. Notre seule certitude ? Chaque jour est imprévisible. 

Pour travailler dans ce type de contexte, il faut être passionné, déterminé à résoudre de nombreux problèmes et vouloir aider les gens. Lorsque les violences ont éclaté à Juba, l’équipe basée dans l’Etat d’Unité continuait à fournir un traitement aux bébés sous-alimentés. Et malgré les combats qui persistent en Équatoria-Oriental, les équipes se remettent au travail. Ils connaissent l’ampleur des besoins humanitaires de ces communautés. Ils ne veulent pas les laisser tomber. 

« Au Soudan du Sud, les choses simples sont toujours compliquées à accomplir. »

L'association CARE aide les populations au Soudan du Sud
Depuis le début de la crise en 2013, CARE a porté assistance à plus de 300 000 personnes au Soudan du Sud.

Aujourd’hui, nous renforçons notre réponse d’urgence mais nous faisons face à de nombreux obstacles. Il y a un dicton au Soudan du Sud : « les choses simples sont toujours compliquées à accomplir ». Au-delà de l’imprévisibilité des violences, notre plus grand défi est le manque d’infrastructures. Il n’y a pas de réseau électrique, les routes sont inaccessibles pendant la saison des pluies et les approvisionnements sont limités. Il est devenu très difficile d’aider les personnes qui ont en le plus besoin. 

Le Soudan du Sud connaît une période de profonde instabilité. Cependant, malgré cela et malgré les souffrances, la population ne baisse jamais les bras. Ce sont des survivants qui nourrissent l’espoir de vivre dans un pays en paix. Pour respecter ces personnes et leur résilience, il faut maintenir cet espoir au milieu du chaos, avec les outils et les services dont nous savons que les Soudanais du Sud ont besoin. Et ce, même quand notre travail est compliqué. 

« Déjà un an de guerre, et c’est loin d’être fini » : Ram Das, membre de notre équipe d’urgence au Yémen

L'association CARE apporte une aide d'urgence au Yémen
Echange avec les communautés soutenues par CARE au Yémen. © Thana Faroq/CARE

Un matin, Lina, membre de notre bureau à Sana’a, est arrivée au bureau avec les yeux rouges, gonflés, et une terrible migraine. Elle n’avait pas fermé l’œil de la nuit, à cause des bombardements aériens. À chaque explosion, sa maison tremblait, les portes et les fenêtres s’ouvraient. C’était une nuit terrible, comme nous en vivons beaucoup ici. 

« La situation sur place est dangereuse et imprévisible. Mais nous devons continuer. »

Imaginez-vous vous rendre dans une station essence après une journée de travail et ne pas pouvoir rentrer avant le lendemain matin. C’est ce que vit régulièrement Essam, l’un de nos chefs d’équipe : « Une fois que l’on fait la queue, il n’y a plus d’issue, car des centaines de véhicules rejoignent la file d’attente. Qui plus est, c’est ma responsabilité. Je dois assurer que notre réponse d’urgence se poursuive. » Imaginez l’inquiétude de la famille d’Essam alors que les bombardements n’arrêtent pas et que les milices armées forcent le passage pour aller prendre de l’essence. 

Au sud du pays, Iftekar dirige notre bureau local. La situation sur place est dangereuse et imprévisible. La ville d’Aden a été la plus touchée par la guerre et de nombreux groupes armés essayent d’en prendre le contrôle. Iftekar a dû faire face à de nombreuses difficultés pour apporter une aide alimentaire d’urgence à des milliers de familles. 

L'association CARE aide les populations au Yémen
Depuis le début du conflit au Yémen, CARE a soutenu 647 819 personnes par le biais de distributions de nourriture, de programmes d'accès à l'eau et à l'assainissement et par un soutien financier.

Pour de nombreux collègues, c’est leur famille et leur dévouement qui leur donnent la force d’aller de l’avant.

CARE est l’une des principales ONG répondant à la crise au Yémen. Nos équipes sont courageuses. Après 365 jours de guerre, elles continuent à respecter leurs engagements pour alléger les souffrances des populations au détriment de leur propre confort et sécurité. 

Bushra est en charge de notre bureau au nord du pays. Elle a perdu deux membres de sa famille lors d’une frappe aérienne à Haradh. « Cette période a été la plus douloureuse de ma vie. Malgré cela, je savais que je devais continuer », raconte-t-elle. 15 membres de sa famille dépendent d’elle et de son salaire pour survivre. « Et le fait de soulager les souffrances des autres a pris le dessus sur mon propre chagrin. »