26 décembre 2016

Près de 6 400 réfugiés et migrants sont bloqués en Serbie, suite à la fermeture des frontières des pays d’Europe centrale début 2016. Ils vivent dans des conditions très précaires dans l’attente d’informations pour poursuivre leur chemin. Sabine Wilke, membre de CARE de retour de mission, raconte leur désespoir. 

Ici, les températures peuvent descendre jusqu'à moins 20°C.

Des enfants réfugiés jouent dans la neige à Sjenica, une ville au sud-ouest de la Serbie. Durant l'hiver, les températures peuvent descendre jusqu'à moins 15-20°C. Un ancien hôtel - restaurant a été transformé en camp de réfugiés. Le site, prévu pour 200 personnes, est surpeuplé et acceuille 450 personnes. © 2016 / CARE

Des enfants jouent dans la neige. La scène pourrait être idyllique, mais ce n'est pas le cas. Le vent souffle et les températures sont glaciales : moins de 10°C. Or, quelques-uns ne sont vêtus que de pulls légers, d'autres toussent bruyamment. 

Certains ont un regard qui en dit long sur les horreurs dont ils ont été témoins. Ces enfants ont fui l'Irak, l'Afghanistan, la Syrie ou d'autres endroits où la guerre fait rage. 

D’anciens hôtels, usines ou stations-service ont été reconvertis en camps de réfugiés.

Susku, 28 ans, et sa fille de 3 ans ont fui les combats autour de Mossul, au nord de l'Irak. Cette famille de quatre personnes a emprunté 9 000€ pour faire ce dangereux voyage. « Ici, notre situation est vraiment dure. Nous ne pouvons pas dormir parce que les enfants pleurent pratiquement toute la nuit. Ils sont malades, ils toussent et éternuent constamment. La nourriture est mauvaise et nous n'avons pas la possibilité de faire nos propres repas. L'autre jour, j'ai attendu 24 heures pour pouvoir prendre une douche. Il n'y a pas assez d'eau chaude pour tout le monde. » La priorité pour Susku et son mari est que leurs enfants soient heureux et en sécurité. © 2016 / CARE

200 à 250 personnes arrivent chaque jour en Serbie. La plupart sont transférées dans des camps de réfugiés officiels : d’anciens hôtels reconvertis, d’anciennes usines ou des stations-service désertées. 

Je peux sentir leur désespoir quand je me rends dans ces bâtiments surpeuplés. 15 à 20 personnes vivent dans une même pièce - des couvertures pendent des lits superposés afin de recréer un peu d'intimité - et sont obligées de faire la queue pour aller aux toilettes.

Les procédures de demandes d'asile ou de regroupement familial sont lentes.

Mohamed et Kelsum ont fui la région du Kurdistan d'Irak il y a quatre mois. Ils ont deux enfants âgés de 3 et 6 ans. Pourquoi ont-ils fui ? « Il y avait trop de combats. » Ils vivent désormais dans un camp de réfugiés à Tutin, dans le sud de la Serbie. Ils partagent une chambre avec deux Afghans et deux familles irakiennes. © 2016 / CARE

Tous espèrent des informations sur ce qui les attend. Ils peuvent demander l'asile en Serbie ou faire une demande de regroupement familial si l'un de leurs proches vit déjà en Europe. Mais les procédures sont lentes et les informations difficiles à trouver. 

D’autres, désespérés par l’attente ou les conditions d’accueil, décident d’avoir recours à des passeurs afin de traverser la frontière. Mais les abus qui auraient lieu dans les centres de détention en effraient beaucoup et les dissuadent de tenter toute action qui pourrait les faire arrêter par la police.

CARE et son partenaire distribuent des vêtements d'hiver.

CARE et son partenaire local Impuls soutiennent les réfugiés dans les Balkans. Ici, une distribution de vêtements d'hiver, de produits d'hygiène et de biens de première nécessité.© 2016 / CARE

Ici, à Sjenica, CARE distribue des vêtements d'hiver. Les bénévoles aident chaque enfant à choisir la bonne paire de bottes, un bonnet et une paire de gants adaptée à leurs petites mains.

Les adultes reçoivent des couvertures, des produits d'hygiène et des draps : c’est peu. Ce n’est certainement pas ce à quoi ils s’attendaient quand ils ont tout risqué pour arriver jusqu’ici. Mais le linge et les vêtements distribués leur procureront un peu de chaleur pendant l’hiver.

Ces personnes ont fui la guerre et les persécutions pour sauver leur vie.

Une femme et son bébé lors d'une distribution de produits d'hiver organisée par CARE et son partenaire local Impuls. Cette femme vit dans un ancien hôtel - restaurant transformé en camp de réfugiés à Sjenica, dans le sud de la Serbie. Le site, prévu pour 200 personnes, acceuille 450 personnes. © 2016 / CARE

Attendre toute la journée, se réveiller dans le froid, sans savoir ce que l'avenir vous réserve : voici le quotidien de centaines de milliers de réfugiés. 

Ces personnes n’ont pas choisi de devenir dépendantes d’une aide extérieure. Elles ont fui la guerre et les persécutions pour sauver leur vie et offrir un avenir à leurs enfants. À leur place, la situation nous aurait sans doute poussés à rassembler courage et énergie pour en faire de même.

* Un texte de Sabine Wilke de retour d’une mission en Serbie. Sabine Wilke est membre de l’ONG CARE en Allemagne. 

L'action de CARE

CARE et ses partenaires locaux fournissent une aide humanitaire aux réfugiés et migrants dans les Balkans.

Depuis 2015, CARE et ses partenaires ont distribué 130 000 kits de nourriture, 4 200 kits d’hygiène et 38 000 kits d’urgence (comprenant des vêtements chauds, des couvertures, des chargeurs de téléphone). CARE a également construit 50 toilettes et douches dans les camps de réfugiés et a installé des machines à laver.

13 172 personnes, dont 8 000 enfants, ont participé à des activités de soutien et récréatives organisées par CARE et ses partenaires.