26 juillet 2017

Ouganda. La violence poursuit les Sud-soudanaises jusque dans les camps de réfugiés

900 000 réfugiés originaires du Soudan du Sud sont actuellement en Ouganda, dont 86 % sont des femmes et des enfants particulièrement menacés par les violences physiques et sexuelles, y compris dans les camps de réfugiés. Jane, 17 ans, arrivée au camp d’Imvepi il y a deux mois, témoigne.

Jane a l’air plus âgée qu’elle n’est. Chaque mot prononcé par cette jeune fille de 17 ans est précédé d’un regard plein de honte dirigé vers le sol. Arrivée avec ses trois sœurs, elle fait partie des nombreux mineurs isolés présents dans le camp d’Imvepi. Jane vit ici depuis deux mois. Elle a fui les forces armées qui ont tué son père et son frère au Soudan du Sud. Il lui a fallu cinq jours pour venir de Yei, sa ville d’origine. Juste avant d’être assassinés, ses parents se sachant en danger avaient éloigné leurs enfants. Quelques jours plus tard, Jane a reçu un appel téléphonique la prévenant que sa plus grande crainte s’était réalisée.

Même dans le camp de réfugiés, Jane n’est pas en sécurité

Malgré sa présence à Imvepi, elle n’est toujours pas en sécurité. Il y a quelques jours, Jane et ses sœurs ont été attaquées au milieu de la nuit, dans le camp, par un groupe d’environ quinze hommes. « Ils ont hurlé qu’ils voulaient nous tuer. Et il nous ont touchées... » ajoute-t-elle. C’était la troisième fois qu’elles étaient attaquées depuis leur arrivée au camp.

Quand elles ont parlé de ce qui s’est passé dans le camp, on leur a exprimé peu d’empathie : « On nous a dit que nous aurions dû les laisser nous tuer ». Jane avait 11 ans quand, en 2011, le Soudan du Sud a déclaré son indépendance. Six ans plus tard, le pays est ravagé par les conflits, la famine et les déplacements de masse. Environ 4 millions de personnes ont été contraintes de fuir ; elles sont nombreuses à avoir emmené avec elles, au-delà des frontières, et jusque dans les camps de réfugiés, les tensions nées chez elles.

Actuellement, le camp d’Imvepi accueille plus de 110 000 réfugiés, presque trois fois le nombre d’habitants du sous-comté d’Udupi. Parmi les 1,2 million de réfugiés en Ouganda, 900 000 viennent du Sud Soudan et 86 % sont des femmes et des enfants menacés de violences physiques et sexuelles, rapportant des récits terrifiants de leur parcours d’exil.

Le camp de réfugiés d'Imvepi © Peter Caton/CARE USA

Prévenir les violences sexuelles : CARE sensibilise les mineurs

Une fois arrivés dans les camps de réfugiés en Ouganda, les enfants mineurs isolés sont immédiatement identifiés et, dans les deux à trois jours qui suivent, confiés à une famille d’accueil. Pourtant, ils sont nombreux à décider de partir seuls et à se retrouver à nouveau menacés par les violences sexuelles. Trop souvent, ils finissent par se prostituer - vendant leur corps pour 2000 shillings ougandais, soit 1 USD. 

CARE organise des séances de sensibilisation sur la santé sexuelle et reproductive pour les mineurs non accompagnés afin de les alerter sur les risques et de prévenir les menaces de violences sexuelles. 

« Nous n’avons pas les capacités d’aider les victimes de violences sexuelles à dépasser leur traumatisme mais, par ailleurs, ne pas être en mesure de répondre à leurs besoins les plus basiques les pousse à se prostituer pour survivre », explique Delphine Pinault, directrice de CARE Ouganda.

Les mineurs isolés sont nombreux à arriver dans le camp d'Imvepi. © Peter Caton/CARE USA

Des conditions de vie très dures

La vie de Jane a changé de façon dramatique depuis son départ de la maison. En tant qu’aînée, elle doit s’occuper de ses jeunes sœurs. Il est fréquent que leur réserve de nourriture soit épuisée avant même d’avoir reçu la ration suivante. Ce mois-ci, elles n’ont déjà plus de savon et presque plus de vêtements sauf ceux qu’elles portaient quand elles ont fui. 

Aujourd’hui, Jane se réveille pour prier, prépare le petit-déjeuner pour ses sœurs, puis se rend à la réception du camp pour aider les nouveaux arrivants originaires du Soudan du Sud. Elle n’est pas retournée à l’école : elle aimerait mais sa peur d’être attaquée sur le chemin pour s’y rendre est trop forte. Finalement, elle veut devenir comptable ou enseignante et se rapprocher d’une ville où elle se sentirait en sécurité.

CARE agit pour améliorer la sécurité dans les camps de réfugiés

Les équipes de CARE ont construit un abri pour Jane et ses sœurs, près du poste de police du camp afin de les prémunir d’une nouvelle attaque. Avec leur gardien, Albert, elle se sent plus en sécurité et a trouvé quelqu’un qui peut lui donner des conseils, de l’espoir et des perspectives pour un avenir meilleur.

Cependant, le faible niveau de sécurité dans les camps est un problème pour les femmes et les enfants, particulièrement menacés par les violences sexuelles. Actuellement, le camp entier est supervisé par seulement cinq officiers de police aidés par cinq unités de prévention du crime et d’intervention sur le terrain. Pour renforcer la sécurité, CARE a entraîné 58 volontaires et 30 chefs de protection des réfugiés pour prévenir efficacement les violences physiques et sexuelles dans le camp. En plus, cinq centres ont été créés, où les femmes et les jeunes filles peuvent venir chercher de l’aide et où les victimes de violences sexuelles peuvent trouver un soutien psychologique. À ce jour, plus de 42 000 réfugiés ont pu avoir recours aux services de santé reproductive et de prévention de la violence mais ils sont encore très nombreux à avoir besoin d’aide pour surmonter leurs terribles expériences.

« Si seulement la paix au Soudan du Sud pouvait durer plus de 10 ans, j’aurai suffisamment confiance en mon pays pour y revenir », dit Jane. 

Mais le 6e anniversaire de l’indépendance du Soudan du Sud est passé et rien pour raviver son espoir de rentrer un jour dans son pays...

* Les noms ont été modifiés pour des raisons de sécurité.