20 juin 2018

Des vies à l’opposé : grandir en Allemagne ou fuir la Syrie

Amal a 22 ans. Elle est syrienne et fait partie des 68 millions de personnes déplacées de force dans le monde. Mia, une jeune volontaire allemande pour CARE, a pu rencontrer Amal en Jordanie où cette dernière a trouvé refuge. Elles sont de la même génération, du même sexe mais leurs parcours sont totalement différents.

Un destin brisé par la guerre en Syrie

« Je n’aurais jamais pensé me marier à l’âge de 17ans », m’explique Amal, 22 ans. « S’il n’y avait pas eu la guerre, ma vie aurait surement été totalement différente », déclare-t-elle. 

L’histoire d’Amal m’a particulièrement marquée. Nous sommes de la même génération, du même sexe mais nos parcours sont totalement différents. La vie d’Amal a été bouleversée par la guerre en Syrie qui dure depuis maintenant plus de 7 ans et semble toujours sans issue. 

« Dans sa voix, pas de tristesse »

Amal vient de Deraa, dans le sud de la Syrie. Comme moi, elle a eu une enfance joyeuse et a grandi dans un quartier où tout le monde se connaissait. Elle adorait aller à l’école, était toujours la meilleure de sa classe et rêvait de devenir un jour infirmière. Elle avait 15 ans quand la guerre a débuté. Sa vie a basculé lors d’un attentat contre un bus rempli d’enfants. Ses parents décident alors, du jour au lendemain, qu’elle n’ira plus à l’école. C’était devenu trop dangereux. Pour cette adolescente un monde s’effondre. Il s’assombrit encore lorsque ses parents choisissent de la marier. 

« Je ne connaissais pas cet homme que j’allais épouser », m’explique Amal d’une voix calme devant mon regard perplexe. Aucun signe de tristesse dans sa voix. C’est presque comme si elle parlait de quelqu’un d’autre. 

En janvier 2013, Amal et sa famille doivent se résoudre à fuir en Jordanie. Amal est alors enceinte de 4 mois. Quand je la vois assise à mes côtés, si frêle et fragile, il m’est inconcevable de l’imaginer accoucher à peine âgée de 18 ans. Je repense à ma vie à la même époque. Embarrassée, je réalise que je célébrais mon anniversaire lors d’un échange scolaire. Amal traversait la frontière entre la Syrie et la Jordanie sous les bombes

Des vies à l’opposé

Le silence résonne. Nous sommes proches mais je ressens l’énorme fossé qui nous sépare. Tout ce qu’elle a traversé demeure inimaginable pour moi. Elle me montre des photos de sa maison en Syrie et d’un homme en uniforme : 

« C’est mon mari. Il est mort il y a 2 ans et demi dans une explosion en Syrie ». 

La porte s’ouvre et un petit garçon entre en courant. Le visage d’Amal s’illumine. Son fils a maintenant 4 ans et est plein d’énergie ! Je remarque tout de suite l’affection qu’elle lui porte. Mais, à l’aube de son cinquième anniversaire, il sait à peine parler. Malgré son exil, Amal rêve toujours de finir ses études. Mais le parcours est semé d’embûches. En essayant de s’inscrire à l’université, Amal a découvert le coût d’un diplôme : 12 000€. Une somme dont elle ne dispose pas. Elle travaille donc très dur afin d’obtenir une bourse.  

« Toutes les opportunités s’offrent à moi. Et pour Amal ? »

Je lui demande si elle compte un jour se remarier et quitter ses parents. Elle me répond directement : 

« J’ai déjà perdu assez de temps. Maintenant, je m’occupe d’abord de mon petit garçon et de moi. »

Nous avons presque le même âge, pourtant, nos vies sont opposées. Je n’ai aucune contrainte et toutes les possibilités s’offrent à moi. Je n’ai jamais vécu tout ce qu’Amal a pu voir et endurer. De retour en Allemagne dans ma routine quotidienne, le souvenir de notre rencontre s’effacera petit à petit. J’ai la chance de pouvoir faire abstraction de toutes les horreurs de ce monde. Amal, elle, y est confrontée tous les jours

Son histoire n’est pas un cas isolé. Plus de 650 000 Syriens et près de 2 millions de réfugiés irakiens vivent en Jordanie. Pourtant, ce pays, contrairement à d’autres, se donne les moyens de gérer un tel afflux de populations. En arabe, Amal est synonyme d’espoir. C’est surement ce qu’il reste de plus cher au plus de 68 millions de personnes déplacées de force à travers le monde.

L'action de CARE en faveur des populations syriennes

L’ONG CARE et ses partenaires ont fourni une aide humanitaire à plus de 3 millions de personnes en Syrie et dans les pays qui accueillent des réfugiés syriens.