19 octobre 2018

Venezuela. « C’est l’effondrement d’un pays. »

Le Venezuela traverse une terrible crise humanitaire. Des enfants meurent chaque jour de malnutrition. Des millions de Vénézuéliens ont déjà quitté le pays et sont la cible de réseaux de trafiquants. CARE apporte une aide d’urgence au Venezuela et dans les pays voisins. Alexandra Moncada, directrice de notre bureau en Equateur, nous explique la situation.

L'ONG CARE vient en aide aux réfugiés venezueliens
© CARE / Paddy Dowling

72% des enfants sont en situation de malnutrition.

Ce qui se passe au Venezuela, c’est l’effondrement de tout un pays. Des enfants meurent chaque jour de malnutrition Les témoignages que nous recueillons sont alarmants : la plupart des personnes ne mangent qu’un seul repas par jour depuis deux ou trois années. Le prix de la nourriture a augmenté de 2616% et les supermarchés sont désespérément vides.

72% des enfants sont en situation de malnutrition. Une professeure nous a confié que la moitié de ses élèves sont morts à cause du manque de nourriture, sur une classe de 60 enfants.

Des milliers de Vénézuéliens traversent la frontière avec la Colombie chaque jour pour chercher de quoi se nourrir dans les poubelles. 

Il est quasiment impossible de se faire soigner

Ce manque de nourriture a de lourdes conséquences sur la santé. Affaiblis, les gens sont plus vulnérables aux maladies, un simple rhume peut causer la mort. On assiste également à une épidémie de rougeole, alors que la maladie avait disparu.

Il n’y a plus de médicaments, plus de médecins car la plupart ont fui le pays. Il est quasiment impossible de se faire soigner au Venezuela. La mortalité maternelle a augmenté de façon très préoccupante, les femmes enceintes sont obligées de traverser la frontière pour accoucher dans de bonnes conditions. 

Les réfugiés sont la cible des réseaux de trafics

Ces conditions extrêmes poussent chaque jour davantage de Vénézuéliens à quitter le pays. Ils vendent tous leurs biens. Certaines femmes vont jusqu’à vendre leurs cheveux, qui serviront à fabriquer des perruques, afin de récolter un peu d’argent. Mais c’est bien souvent insuffisant ne serait-ce que pour payer le bus. La plupart font le voyage à pied, des milliers de kilomètres pour rejoindre la Colombie, l’Equateur ou le Pérou.

Face à cet afflux de 2,6 millions de personnes, les pays voisins ont durci les procédures aux frontières. Ils demandent désormais la présentation d’un passeport, or obtenir un passeport au Venezuela est quasi impossible. Et cela coute très cher.

La plupart des Vénézuéliens sont donc contraints de continuer leur voyage illégalement. Ils deviennent alors une cible pour les réseaux de trafics. Des femmes, des jeunes hommes et des enfants sont en proie aux violences et aux abus sexuels. Beaucoup sont pris au piège des réseaux de prostitution.

Cette crise n’est pas prête de s’arrêter. Nous craignons qu’elle empire dans les mois à venir. Il faut absolument que la communauté internationale et les bailleurs se mobilisent afin de nous permettre de répondre aux immenses besoins humanitaires des populations.

L'action de CARE

CARE, en partenariat avec des organisations locales, travaille en Equateur, en Colombie et au Venezuela. CARE apporte un soutien psychosocial et une assistance juridique aux femmes réfugiées et à leurs familles. Nos équipes distribuent également des kits d’urgences comprenant notamment des couvertures, du savon, des produits d’hygiène féminine et des produits pour bébé. Nous formons également les populations dans des domaines essentiels comme l’eau, l’assainissement et l’hygiène. Des espaces sûrs ont été mis en place pour les femmes et les filles victimes de violence et abus sexuels.