19 novembre 2018

Près de 8 ans après le début du conflit syrien, le Liban est le pays qui accueille le plus de nombre le plus élevé de réfugié.es proportionnellement à sa population: une personne sur cinq est un réfugié syrien. Dans son nouveau rapport, CARE met en évidence les solutions à développer au Liban afin d’améliorer le développement économique et la stabilité sociale du pays, en impliquant réfugiés syriens et communautés-hôtes libanaises.

© Jacob Russell/CARE - Une famille syrienne réfugiée au Liban

Bâtir des ponts entre les communautés

Les communautés syrienne et libanaise cohabitent au quotidien – dans les commerces, sur les marchés, dans la rue – et pourtant, dans la majorité des cas, cela reste des interactions « en surface » qui renforcent les clichés et maintiennent un dangereux fossé. En revanche, quand les deux communautés ont l’opportunité d’apprendre à se connaître, de partager leurs préoccupations du quotidien et de trouver des solutions ensemble, les tensions s’apaisent et des relations plus durables se créent. Souligner ce qui les rassemble porte ses fruits, comme CARE a pu le constater dans le cadre de son projet avec des pères syriens, libanais et irakiens sur la paternité positive.

« C’était un endroit pour moi et les autres pour partager nos opinions et nos combats. Ecouter les témoignages d’autres pères m’a donné des pistes sur comment rebondir si je me retrouve dans la même situation. La vie est une grande leçon ! » Kamal, 40 ans, père libanais de deux filles et participant du projet.

A Tripoli dans le Nord du pays, l’approche « voisinage » a elle aussi contribué à un rapprochement des communautés. Le principe est simple : CARE et l’association partenaire Akkarouna se rendent dans un quartier et en collaboration avec les habitants qu’ils soient réfugiés ou libanais et effectuent un diagnostic conjoint des conditions de vie (état du logement, accès à l’eau potable et à des toilettes protégeant l’intimité, revenus et sécurité des personnes).

Les foyers syriens et libanais les plus vulnérables ont bénéficié de travaux de rénovation de leur logement, ont été raccordés aux services d’approvisionnement en eau potable mais aussi d’aménagement et de sécurisation d’espaces publics (aires de jeu, placettes avec des bancs, installation de poteaux luminaires alimentés par panneaux solaires). 4 ans après le lancement du projet, les membres des comités de protection communautaires- femmes et hommes, syriens et libanais, jeunes ou plus âgés- échangent et travaillent en bonne intelligence, et font valoir les droits des habitant.es du quartier. Certains d’entre eux ont même été élus à des fonctions municipales.

Miser sur les secteurs créateurs d’emplois et le micro-entrepreneuriat

La liste des obstacles auxquels sont confrontés les réfugiés syriens pour obtenir un travail salarié est longue : difficultés d’obtention d’un titre de séjour, identification d’un sponsor libanais qui soutienne leur demande, champ d’activité réduit à trois secteurs (la construction, l’agriculture et les services de nettoyage et de collecte de déchets). Au total, seul 0,5% des réfugiés en âge de travailler ont un permis de travail libanais. Mais en pratique, les réfugiés syriens sont actifs dans une plus grande variété de secteurs, pour améliorer leurs revenus et ceux de leurs familles.

Comment favoriser leur meilleure intégration sur le marché du travail libanais tout en limitant la compétition avec la population libanaise ? Pour CARE, il est essentiel de réaliser des études de marché pour identifier les secteurs avec le plus de potentiel de création d’emplois (transformation de produits agricoles, tourisme, les services à la personne, collecte et mise en valeur des déchets) et les besoins en compétence, comme cela a été fait dans le projet LEADERS. Cela permet de développer des offres de formation professionnelle adaptées mais il faut aller plus loin, par exemple en créant une ligne téléphonique d’assistance, comme cela a été fait par une association locale à Akkar, qui met en lien employeurs potentiels et personnes formées.

Favoriser l’auto-entreprenariat des réfugiés syriens offre des opportunités intéressantes à la fois en termes de développement économique mais aussi de lien social entre les communautés. Souvent, c’est la mise initiale d’investissement qui leur fait défaut et un coup de pouce peut faire la différence, comme l’a indiqué l’ONG locale Makhzoumi :

« Une ONG a accordé des subventions à des entrepreneurs avec pour condition qu’un libanais et un syrien feraient équipe pour développer un plan d’affaires. Ainsi, deux pêcheurs libanais et syrien ont reçu de l’argent pour acheter un bateau ensemble, et 5 ans après le début du projet, ils travaillent toujours ensemble. »

En savoir plus

- Le rapport (en anglais) avec la liste complète des recommandations est disponible sur le site de CARE France : Syrian Refugees in Lebanon, Eight Years on: What Works and Why that Matters for the Future”.

- Ce rapport est le fruit d’un travail conjoint entre le bureau-pays, CARE France et le bureau bruxellois du Secrétariat de CARE International, avec l’appui de l’équipe régionale de CARE travaillant sur la crise syrienne.

- Il résulte d’une mission de 10 jours réalisée en mai et juin 2018 dans les localités de Tripoli, Akkar et Beyrouth, complétée par une recherche documentaire. Les femmes et les hommes interviewées dans le cadre de cette recherche sont d’origine et de milieux très variés : personnes réfugiées syriennes, communautés-hôtes libanaises, maires, ONG locales et internationales, entreprises, bailleurs de fonds et agences onusiennes.